Le Monde à l'usage
Tour du monde sans avion d'une durée de 17 mois d'un journaliste (Luc Peillon) et d'un photographe (Boris Naudin) en 2004 et 2005. Travail au gré des opportunités dans les pays traversés. Lauréat du concours de carnets de voyage Uniterre, édition 2007. Contact: lucpeillon (aro) yahoo.fr


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16. Guatemala




Vendredi 5 août. Guatemala.

Nous roulons quatre kilomètres en no man's land avant d'atteindre le poste frontière de la Messilla. Le contraste avec le Mexique est saisissant. Nous retrouvons ici une ambiance déglinguée que nous n'avions plus croisée depuis le Cambodge. La route est encombrée, étroite, bordée de baraques dont l'une ou l'autre doit abriter les fonctionnaires des douanes. Nous procédons aux formalités de passage du véhicule, qui subit une fumigation des roues jusqu'au volant. Nous embarquons au passage Vanessa, Portugaise vivant au Chiapas et en voyage pour quelques jours au Guatemala. Il est encore tôt et nous disposons de la journée pour rejoindre le lac Atitlan, distant d'une centaine de kilomètres de la frontière.

Sur la route parfaitement asphaltée, nous nous laissons doubler par les bus guatémaltèques, anciens bus-écoles américains repeints de mille couleurs et fonçant sur la chaussée en pétaradant dans un nuage de fumée noire. La journée est belle et nous avalons les kilomètres sans conscience de la distance parcourue. En un clin d'œil, nous sommes déjà à l'embranchement en direction d'Atitlan. Le lac apparaît  aux derniers tournants, majestueux, protégé par des volcans endormis flottant sur l'eau. Nous abandonnons la voiture pour une lancha qui, en trente minutes de navigation, nous conduit à San Marco, hameau retranché derrière une intense végétation en bordure du lac. Nous nous faufilons  sur le sentier qui tourne à angles droits entre les propriétés, suivant notre guide Vanessa, habituée des lieux et de ses séances de méditation.

À peine installés, un haut-parleur vient briser le calme lacustre. Un « pasteur » s'égosille dans son micro, débitant sa prose délirante en la faveur exclusive de Jésus. Ici comme au Chiapas, les évangélistes ont fait main basse sur les fidèles du Vatican. Venus des États-Unis, les prêcheurs sillonnent le sous-continent en convertissant à tour de bibles les indigènes. Les chapelles fleurissent au bord des routes, qui promettent avec emphase le bonheur à qui vouera sa vie à Dieu. Plusieurs milliers de Méso-Américains rejoindraient ainsi quotidiennement les rangs des évangélistes. Et les églises catholiques se vident en même temps que se remplissent les temples des sectes protestantes.



Samedi 6 août. Antigua.

La Datsun souffre sur les pavés disjoints du centre ville. Nous garons notre bolide dans une des superbes rues de l'antique cité guatémaltèque et louons pour 35 quetzals une chambre au rez-de-chaussée de la posada Léon. Promise au statut de capitale s'il n'y avait eu tous ces tremblements de terre, Antigua fait aujourd'hui le bonheur des touristes. La ville regorge d'écoles d'espagnol et de gringos hispanophones. Nous passons ici deux jours paisibles à l'ombre des volcans, dont le plus élevé retient en permanence une masse de nuages à son sommet. Nous naviguons le soir entre les Cubas Libre à huit quetzals du bar « Escudilla », et au retour de notre deuxième virée, je m'assoupis sur la terrasse de l'hôtel. Il est peut-être 3 heures du matin lorsque la petite table en plastique tremble sous mes bras soutenant ma tête. Je décolle douloureusement mon crâne de ce mobilier magique. Mais la terrasse elle aussi fait des siennes. Je descends en courant les deux petits étages, dégrisé en quelques secondes par mon premier tremblement de terre.


Dimanche 7 août. Bananes.

Guatemala, porte d'entrée d'un sous-continent meurtri par les guerres civiles, terrain de jeu favori des États-Unis qui inaugurèrent dans cette région du monde la notion de « république bananière ». Les bananes du Guatemala, du Honduras ou du Salvador, exploitées par l' « United Fruit Co », compagnie américaine plus puissante à l'époque que les gouvernements locaux. Des bananes à l'hémoglobine, lorsque d'impertinents démocrates ou partisans d'une meilleure répartition eurent la prétention de gouverner pour le bien de leur population. Guatemala, pays de sang à peine séché, de milliers de morts à peine enfouis, victime comme ses frères d'Amérique centrale des interventions états-uniennes au cours du siècle passé. Le pays de la liberté au service des escadrons de la mort, des coups d'État et de la torture systématique, laisse derrière lui une région minée par la violence et les inégalités.


Lundi 8 août. Monterrico. 

Nous sommes peu rassurés sur la route qui descend dans le Sud. L'Anglaise embarquée sur le siège arrière pour cinq dollars ne perçoit rien de notre anxiété, mais le véhicule aux vitres fumées qui traîne juste devant nous n'augure rien de bon. La route est isolée et les attaques sont fréquentes. Nous gardons nos distances, roulons à quarante à l'heure, la machette planquée sous le siège avant-droit. Puis l'imposant 4x4 freine et s'arrête sur la chaussée. Trois gros types sont entassés sur les sièges avant. Le conducteur, d'un geste par la vitre, nous fait signe de le doubler. Nous ralentissons à peine, un oeil dans le rétroviseur pour guetter leurs réactions. D'autres véhicules nous rejoignent à cet instant et nous continuons soulagés. Nous faisons halte vingt kilomètres plus loin, dans un safari-auto où une lionne agitée et corpulente vient se frotter contre la carrosserie. Nous frémissons de peur, qu'à coup de patte puissante elle brise notre fragile vitre avant-gauche. Nous hésitons quelques secondes sur nos réserves d'essence. Puis la voiture inspectée par le félin, nous poursuivons entre les zèbres, rhinocéros, hippopotames et autres singes-araignées. Un perroquet salue notre départ vers la côte, où nous projetons de passer la nuit. Nous roulons encore deux heures avant d'atteindre Monterrico, village aux rues de sable, perdu entre la lagune et la mer, qui pour s'y rendre nous oblige à placer le véhicule sur une barque juste assez large pour l'accueillir. Un baptême de l'eau pour la Datsun, qui flotte avec nous sur les canaux naturels formés par la végétation, contente comme une citadine pour la première fois à la campagne. Baignade dans de puissantes vagues, récupération sur la plage de sable noir, observation des constellations à la nuit tombée, puis lourd sommeil bercé par l'océan déchaîné.


Violence. « La raison d'être d'un État est de protéger sa population, estime Acislco Valldares, procureur général, dans une interview à la Prensa Libre. Et cette raison-là, le Guatemala semble l'avoir perdue ». Les dix-neuf morts de la veille, assassinés aux quatre coins du pays, ne sont pas étrangers aux propos du représentant du ministère Public. Ils ne font d'ailleurs que précéder les trente-deux cadavres de la mutinerie qui suivra quinze jours plus tard. Des mareros (délinquants ultra violents), dans leur majorité, dont tout le monde se félicitera, en secret, de leur disparition. Il n'empêche, bientôt dix ans après les accords de paix mettant fin à trente-six ans de guerre civile, le Guatemala n'a rien à envier à ses petits voisins ultra violents d'Amérique centrale.

Publié le 23/12/2006 à 12:01, dans 97. Guatemala, Antigua Guatemala
Mots clefs : antigua
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