Le Monde à l'usage
Tour du monde sans avion d'une durée de 17 mois d'un journaliste (Luc Peillon) et d'un photographe (Boris Naudin) en 2004 et 2005. Travail au gré des opportunités dans les pays traversés. Lauréat du concours de carnets de voyage Uniterre, édition 2007. Contact: lucpeillon (aro) yahoo.fr


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995. Traversée Atlantique


4. En Iran


Mercredi 1e septembre. Vers l'Iran.

Boris n'a pas obtenu de visa. Nous devons nous séparer pendant un mois avant des retrouvailles quelque part au Turkménistan ou au Pakistan. Nous profitons de notre dernière soirée ensemble pour boire quelques bières avec trois de nos amis kurdes.

 

Ce matin, mercredi, le réveil est difficile. Et pourtant un long trajet m'attend. Je dois passer en Iran et tenter, dans la journée, d'atteindre Téhéran, à plus de sept cents kilomètres. Arriver avant le week-end iranien, qui débute jeudi midi, pour essayer, une dernière fois, de dénicher un visa pour Boris. Lui retournera attendre au Nord-Est de la Turquie, près d'un consulat iranien.

En moins de trois heures, un bus nous achemine au poste frontière à travers les montagnes. Le même que nous avions visité quelques jours auparavant. Les cinq derniers kilomètres se font en taxi, puis à pied. La frontière est maintenant devant nous, marquée par ce ruisseau que seul un petit pont permet de traverser. Les camions, eux, sont contraints de mouiller les roues jusqu'aux essieux. À trois cents mètres de là, deux portraits géants de Khomeini et Khamenei, perchés sur une arcade métallique, indiquent le poste iranien. J'embrasse une dernière fois Boris qui, avec d'autres personnes attendant de ce côté-ci du ruisseau, me regarde partir vers l'Iran.

J’avance doucement. Au premier pas que j'esquisse sur la passerelle en béton, un type me rattrape et m'agrippe par le bras. Son visage exprime la terreur et ses bras se croisent au niveau des poignets pour me signifier mon arrestation imminente si, par malheur, je tente de pénétrer en Iran. J'ambitionne de lui expliquer que je possède un visa, mais face à son incompréhension manifeste de l'anglais, j'abandonne rapidement le vieil homme à son empathique angoisse.

Au-delà du ruisseau, la route n'est plus qu'un chemin de terre que je remonte entre deux rangées d'énormes camions crachant leur fumée noire au niveau du visage. J’accélère, les yeux rivés au sol. Je me sens subitement très seul.



Les douaniers iraniens m'accueillent froidement. Surpris de ma présence à ce poste frontière perdu dans la montagne, ils refusent de me laisser passer sans un papier du gouvernement kurde de Souleimaniye. Hors de question, cependant, de faire demi-tour. Je reste près d'une heure devant les fonctionnaires, à négocier mon entrée sur le territoire iranien. Las, l'un d'eux finit par céder et m'indique, d'un geste exaspéré du bras, l'intérieur du pays.

Je poursuis mon chemin entre deux colonnes de carcasses de chars. Toutes les pièces – roues, chenilles, canons, tourelles – sont entassées sur plusieurs centaines de mètres le long de la route. Les restes des trois dernières guerres du Golfe, acheminés par camions et découpés sur place au chalumeau.

Entre ces morceaux de tanks, que j'imagine pour certains radioactifs, sur cette route de terre cabossée et sous un soleil de fonte, je me dirige vers ce qui ressemble à de l'asphalte. Les traditionnels chauffeurs de frontière se ruent sur moi et je cède à l'un d'eux, non sans avoir âprement négocié le prix de la course, faisant mine, jusqu'au bout, de partir seul avec mon gros sac sur la vingtaine de kilomètres qui me séparent de la première ville. Il est près de midi et encore plus de six cents kilomètres à parcourir. Mais je suis en Iran.

À Mariwan, un bus me charge pour Hamadan. C'est dans celui-ci que je me frotte pour la première fois au Ta'arof, une tradition iranienne qui rend les rapports humains interminables. L'homme devant moi tend son sac de figues à son voisin, qui refuse poliment. Le type insiste et essuie un deuxième refus. Ce n'est qu'à la quatrième tentative qu'il parvient à ses fins. Je m'interroge sur tant d'insistance, glissant un regard discret sur des fruits peut-être pourris. Mais la même scène se répète plusieurs fois avec les autres passagers, avant que le sac ne finisse sous mon nez. C'est alors que me reviennent les conseils de mon guide sur l'Iran : la politesse perse veut que l'on refuse trois fois quelque chose avant de l'accepter. C'est la tradition du Ta'arof. Bien qu'affamé, je décline une première fois la proposition de l'homme aux figues. Puis je compte intérieurement mes refus avant d'accepter à la quatrième offre. Je décide de tester l'inverse en sortant mes gâteaux kurdes. Mes voisins sont vraiment iraniens : je dois insister lourdement avant qu'ils n'acceptent, tout sourire, mes pâtisseries de Souleimaniye.

Trois bus et cinq heures plus tard, je suis toujours à plus de quatre cents kilomètres de la capitale. La nuit commence à tomber et je ne sais plus comment atteindre Téhéran avant le petit matin. Par chance, un jeune Iranien, parlant anglais et aussi pressé que moi, me propose de partager un taxi au prochain arrêt. J’accepte immédiatement sa proposition, sans me douter, à cet instant, de la terreur qui m’attend.


En pleine nuit, sur la petite nationale limitée à 50 Km/h, le type au volant ne descendra pas à moins de 110. Rarement une voiture ou un camion ne nous précédera, tant le chauffeur doublera, systématiquement et en toutes circonstances, le véhicule placé devant nous. Le minimum de temps lui suffit et c'est au dernier moment qu'il se rabat pour éviter les 38 tonnes plein phares qui foncent en notre direction. Avant de se coller, à toute vitesse, derrière le véhicule qui, à nouveau, nous fait barrage. Je suis blanc dans le noir, agrippé à la poignée, ne pouvant par instant retenir mon angoisse en soufflant fortement suite aux dépassements les plus risqués. Rien ne sert de lui demander de limiter son allure. L'homme n'en a cure et accélère au contraire aussitôt. Il fumera également près de deux paquets durant le trajet, lâchant à chaque fois le volant pour allumer sa blonde, le laissant échapper violemment pour tousser et cracher. J'en suis à regretter notre chauffard kurde qui avait pourtant manqué de peu notre transfert au paradis irakien. À 23 heures, nous sommes à Téhéran. Entiers.

Il est cependant trop tard pour courir les hôtels. Le jeune Iranien – qui a dormi durant tout le trajet à la place du mort – m’offre l'hospitalité. Après trois refus réglementaires, j'accepte volontiers.



Jeudi 2 septembre. Téhéranisé… 

Déception. Le ministère compétent pour faire venir Boris est fermé jusqu'à samedi. Il me faut attendre le week-end iranien. Je profite du temps libre pour m'acclimater à ce nouveau pays. Je commence par avancer ma montre d'une demi-heure : le décalage avec la France est désormais de deux heures trente. Je perds également six cents vingt-et-un ans et me retrouve en 1383, selon le calendrier musulman solaire.

 

Mes premiers pas dans la capitale se limitent à survivre à la circulation délirante. Les signalisations, et notamment les feux, ont une fonction essentiellement décorative. Il faut courir pour traverser la route, s'arrêter au milieu pour laisser passer les voitures, et repartir de plus belle jusqu'à la prochaine ligne blanche.

La ville me paraît également interminable. Un seul bloc d'immeubles nécessite dix à quinze minutes de marche. Sous un soleil étouffant et dans une atmosphère polluée. Deux points très proches sur la carte sont en réalité très éloignés. Les taxis, compliqués car de plusieurs natures, semblent me demander des sommes exorbitantes.



Jeudi 4 septembre. …Islamisé… 

Je cherche autour de moi les signes de l'Iran intégriste. Sur chaque tête féminine, un foulard. Mais sur une bonne partie d'entre elles, il se limite à couvrir l'arrière des cheveux. Les mêmes filles, généralement maquillées, portent un jean sous leur blouse réglementaire et des lunettes de soleil sur leur tchador écourté. La conduite leur est autorisée, et c'est avec la même agressivité que celle des hommes qu'elles manquent de m'écraser. Je suis également surpris par les couples se tenant la main, marchant comme des amoureux occidentaux. Mais plus loin, c'est bien sur deux files séparées qu'hommes et femmes attendent le bus. Et c'est bien à l'avant que les premières s'assoient, quand les seconds s'entassent au fond du véhicule. Oui, je suis bien en Iran.

Je prends garde de ne jamais siéger à côté d'une fille. J'évite de m'adresser au sexe faible pour un renseignement et oblige mon regard à se détourner des femmes.



…Déboussolé…

L'orientation dans cette ville est en passe de me rendre fou. Un même nom peut correspondre à plusieurs rues différentes et une même rue avoir plusieurs appellations. Sans compter que le gouvernement change régulièrement le nom des rues, dont l'orthographe peut varier entre le plan de la ville et ce qui est écrit sur les plaques. Les taxis eux-mêmes s'y perdent et quand c'est celui qui me transporte, je peux facilement passer plus d'une heure à la recherche d'une adresse. Il me faut également apprendre les chiffres en alphabet farsi, car si les noms des voies sont le plus souvent doublés en anglais, les numéros d'immeubles restent, pour l'instant, imperméables à mon cerveau latin.

L'argent est un autre souci de débutant. L'unité monétaire est le Rial. Dix mille rials valent un euro. Mais les Iraniens parlent le plus souvent, et sans le préciser, en tomans. Un toman est un rial auquel on enlève un zéro. Il faut donc, à chaque fois, se faire préciser si la personne parle en tomans ou en rials, puis rajouter dans le premier cas un zéro, avant de faire la conversion en euros. L'erreur peut être douloureuse puisqu'elle conduit à multiplier par dix les tarifs mal compris.



…Spleenisé… 

J'envisage sérieusement d'abandonner le reportage pour Libé. « Travailler en terre d'islam » me semblait pourtant un bon sujet de « cahier emploi ». Mais pour l'heure, les problèmes s'accumulent dans cette capitale inhospitalière d'un pays autoritaire. Le premier a trait au visa : j'ai déjà « consommé » quatre jours sur les quinze qui me sont impartis, sans avoir commencé la moindre interview. J'ai déposé une demande de prolongation au bureau de la presse étrangère, mais sans réponse pour l'instant. J'en ai profité pour solliciter le rapatriement de Boris, dont l'absence comme photographe constitue mon deuxième souci. L'argent également va bientôt en devenir un autre : aucun moyen de retirer du liquide avec une carte étrangère dans cette ville où tout est cher, contrairement aux infos du Lonely-Planet, qu'il faudrait décidément brûler avec le dernier Guide du routard 4 étoiles. Je n'ai pas prévu assez de dollars et dois faire attention à toutes mes dépenses. La ville étant immense et les taxis onéreux, je suis contraint à marcher pendant des heures. Autant de temps perdu pour le reportage. J'ai aussi choisi de changer d'hôtel, mais le tenancier m'a menti sur la qualité et le coût de la chambre. De retour au précédent, le propriétaire vexé m'a opposé une fin de non-recevoir. Je me retrouve ainsi dans un bouge hors de prix, frigorifié par une climatisation incontrôlable, sur le point de contracter une pneumonie dans un pays où l'été ne connaît pourtant pas de température inférieure à trente-cinq degrés. Pour finir, la communauté française semble parano et peu encline à se livrer sur l'Iran par peur de représailles. Je passe régulièrement devant les posters alléchants d'Ispahan et de Shiraz. À moins d'un règlement soudain de tous mes problèmes, j’envisage sérieusement de plaquer Téhéran pour le centre du pays.



Dimanche 5 septembre. …Mais iranisé.

Il y a des jours où tout va mieux et celui-ci en est un. Enfin presque. Je me suis réconcilié avec mon précédent hôtelier qui m'a laissé réintégrer ma chambre. La fonctionnaire du bureau de la presse étrangère parle d'un visa dans une semaine pour Boris et les rendez-vous avec les Français commencent, doucement, à garnir mon agenda. L'Iran demande du temps à l'occidental pressé que je suis. Cinq jours constituent peut-être un minimum pour le bizutage persan.

J'ai même rencontré aujourd'hui un chauffeur agréable mais révolté. L'homme est épuisé, obligé de jongler quinze heures par jour entre deux boulots pour survivre. À l'imprimerie de 8 heures à 16 heures, et le reste du temps, jusqu'à minuit, dans son taxi déglingué. À l’instar du grand Satan, le pays de Khomeini a créé une société profondément inégalitaire. D’un côté ses working-poor, trimant du matin au soir, de l’autre une classe très riche, retranchée dans les beaux quartiers. La classe moyenne commence à se paupériser et les gens sont furieux contre le gouvernement. Mais nul ne bronche pour l'instant. « Pour soutenir qui ? », répondent mes interlocuteurs.

Le caractère prohibitionniste du régime lui aussi se délite. La parabole est interdite, mais plus de deux millions d'entre-elles alimentent les télés de Téhéran. Les cafés Internet ont fleuri dans la ville et les robes décolletées – à porter en privé – ornent les vitrines des boutiques en sous-sol. L'alcool coule à flots dans les soirées fortunées et les cravates se portent sans crainte dans le secteur privé.

L'Iran, pour le meilleur et pour le pire, se libéralise, tout en gardant, comme en Chine, un pouvoir central fort.



Lundi 6 septembre. Papier à l’eau.

Mon sujet initial s'évanouit doucement. Les Iraniens se fichent de la religion. Ils se moquent des mollahs, haïssent Khamenei, boivent en cachette et picorent pendant le ramadan. Les appels à la prière, contrairement à la Turquie, sont inaudibles, et les mosquées quasi désertes. Vingt ans de théocratie islamique ont dégoûté les Iraniens de la pratique religieuse. Un phénomène exacerbé dans le monde du travail où la place des femmes n'a rien à envier aux occidentales.

Bref, mon sujet tombe à l'eau.

J'envisage, par contre, de changer d'idée, et de proposer un papier sur « le rêve évanoui de Khomeini ». Je dois cependant rester très discret car ce n'est plus le thème vendu initialement aux autorités. Je suis par ailleurs en pleine négociation pour proroger mon visa et faire venir Boris. Et si les gardiens de la révolution apprennent que je projette d'écrire sur la moquerie dont ils sont l'objet, je risque les pires ennuis, dont le moindre serait de me faire expulser.

 
 

Mardi 7 septembre. Politesse. 

Le Ta'arof est vraiment une tradition surprenante. J'en rencontre maintenant qui refusent mes paiements. Ils n'envisagent pourtant pas un seul instant de me laisser partir sans payer et je dois insister pour régler la note. Au restaurant et même dans les taxis, un geste de la main repousse mes billets. Je dois dire Na deux ou trois fois, avant qu'ils n'acceptent finalement mon argent. Avec un grand sourire.



Mercredi 8 septembre. Sans-papier.

Mes progrès en pays persan sont fulgurants. J'ai réussi aujourd'hui à me déplacer en métro. Aucun plan du réseau n'existant en tant que tel, j'ai dû reconstituer, sur une carte de la ville, les lignes séparant les stations. Je suis même parvenu à monter dans un bus pour quelques kilomètres avant de finir mon trajet en taxi collectif. D'apparence anodine, ces deux derniers modes de transport sont les plus difficiles à emprunter. Plus rien n'est écrit. Tout se fait à l'oral, et même à la criée, durant les quelques secondes où le chauffeur ralentit.

Cette ville me plaît de plus en plus, à tel point que je commence à en oublier mon visa. Je suis pourtant en sursis dans ce pays et aucune nouvelle du ministère ne me laisse espérer, pour l'heure, une prolongation de mon droit au séjour. Et les nouveaux délais communiqués à Boris pour son éventuelle arrivée dépassent maintenant le terme de mon propre visa.

Je ne m'imagine pourtant pas traverser seul la frontière orientale, la plus dangereuse du pays, où les douaniers persans perdent en moyenne un des leurs tous les deux jours. De vraies batailles rangées opposeraient les trafiquants aux autorités iraniennes, qui font désormais appel à l'armée pour contrer les offensives des passeurs d'opium. Je me rassure en tentant d’imaginer ce que seront le Pakistan et surtout l'Afghanistan : deux territoires sûrement plus dangereux pour les deux occidentaux que nous sommes, qui plus est à la veille des élections afghanes et américaines.



Jeudi 9 septembre. Exil 

Toujours avec sa fille. Et avec son mari. Cette femme d'une cinquantaine d'années, un air à la Moreau, française mariée à un Iranien, me fait face depuis deux heures. Elle a vécu la révolution, ce moment « excitant, où finalement tout est possible », n'a pas pleuré le Shah, mais ne savait pas, à l'époque, ce qu'islamiste voulait dire. En 1979, aucun des évènements algériens, afghans ou pakistanais, n'avait encore montré au monde quelle utilisation perverse pouvait être faite de la misère et de la religion. Puis est venue l'heure du foulard, des pendaisons et des interdictions. La guerre avec l'Irak, où durant plusieurs mois, Téhéran recevait ses trois « suppositoires » par jour.

Ils se plaisent maintenant en Iran, fabriquent leur vin dans leur cuisine, bricolent leur parabole et rigolent du régime. « On est dedans et dehors à la fois, c'est plus facile pour nous ». Et pour rien au monde, ils ne retourneraient dans l'Occident stressé.



Vendredi 10 septembre. Essoufflé.

Je respire de plus en plus mal. La nuit a été éprouvante. Le syndrome bolivien du mal des montagnes me gagne. Téhéran n'est cependant pas La Paz et je soupçonne la pollution, complice de la cigarette, de me faire suffoquer. Paris n'avait pourtant rien d'une verte prairie et ma consommation de tabac n'a nullement augmenté. Que se passe-t-il ? Mon heure serait-elle arrivée en ces contrées lointaines ? Le temps est-il venu, pour mon vice tabagique, de me présenter l'addition ? Les climatisations furieuses du Moyen-Orient auraient-elles eu raison de mes poumons d’occasion ?

Je commence, par ailleurs, à me lasser des soirées seul à l'hôtel. Téhéran serait tellement plus accueillante si les rares cafés qui s'y trouvent, même sans alcool, ne fermaient pas leurs portes aux fatidiques 23 heures islamiques. Je suis là depuis dix jours et je crains que les deux Balzac opportunément dénichés dans un kiosque de la ville ne me permettent de tenir jusqu'à l'arrivée de plus en plus tardive de Boris. Je me console en imaginant sa propre attente dans un coin perdu du Nord-Est de la Turquie où, d'après ses mails, la vacuité absolue du lieu, tant en terme touristique que de plaisirs nocturnes, le dispute à la laideur d'un environnement anxiogène.



Samedi 11 septembre. A la Mosquée.

Je me suis rendu, hier, à la grande prière du vendredi. À ma grande surprise, les barbus m'ont accueilli sans entraves dans le carré réservé à la presse. Dès midi trente, plusieurs dizaines de milliers de fidèles se pressaient sous le grand préau de l'université. J'en comptais 20 000 dans l'enceinte de la Faculté et quelques milliers d'autres à l'extérieur, suivant par haut-parleurs interposés la parole de l'imam. Loin, cependant, des deux millions vantés par le régime. Cette démonstration de force perdait d'autant plus de crédibilité que des dizaines de cars, stationnés en bordure de l'université, laissaient penser qu'une grande partie des dévots avaient été acheminés de l'extérieur de la ville. Un sentiment confirmé, par la suite, par plusieurs de mes interlocuteurs, qui m'informèrent également du nombre bien plus important de fidèles aux premières heures de la révolution. Enfin, le rapprochement du nombre de présents aux douze millions d'habitants que compte Téhéran finit de me convaincre du caractère très relatif de la ferveur islamique des habitants de l’ « axe du mal ».

Le rassemblement restait néanmoins impressionnant, et les vindictes à l'attention, semble-t-il, des États-Unis, laissaient peu de doutes sur le caractère belliqueux des revendications. Je ne pus, cependant, apprécier autrement que par le regard cette prière hebdomadaire, tant le farsi m'est encore et toujours étranger.



Dimanche 12 septembre. Deux mois.

J'ai bien peur que mon Palm, me servant de machine à écrire, ait décidé d'arrêter son voyage en Iran. À peine deux mois d'utilisation et voilà qu'il « beugue » à répétition. J'ai dû courir hier tous les cafés Internet de la ville avant que l'un d'eux n'accepte de le réinitialiser. J'ai ainsi perdu quelques-uns de mes fichiers et les dernières heures de mon journal. Je ne sais que faire s'il décide de me quitter définitivement. Actionner la garantie d'Iran m'apparaît improbable, à moins d'envoyer par la Poste l'appareil récalcitrant, et d'attendre en retour un nouvel équipement. Même dans ces conditions, le remplacement est des plus incertains. Je ne peux, par ailleurs, en acheter un sur place, tant mes liquidités sont limitées. Il me faudrait alors attendre le Pakistan, soit encore deux semaines avant de ne pouvoir écrire.

 

12 juillet-12 septembre : deux mois exactement que j'ai quitté Paris. Cette période me paraît longue et courte à la fois. Longue car Istanbul est désormais loin dans mes souvenirs, remplacé par l'Irak et maintenant Téhéran. Mais courte au regard des mois à venir, à m'enfoncer plus profondément encore dans l'Orient. À m'éloigner de la France au fil des fuseaux horaires qui me prennent chaque quinzaine ou chaque mois une heure ou deux sur l'Europe.

La lassitude m'est pour l'heure totalement étrangère, mais j'appréhende le troisième mois, le plus délicat aux dires des voyageurs, tant la nostalgie du pays resurgit. La compagnie intermittente de Boris y est pour beaucoup, et la poursuite du travail écarte, pour l'instant, l'impression de vacances à perpétuité. C'est finalement un sentiment étrange qui m'habite, qui n'est ni l'insouciance du touriste en congés, ni l'angoisse du journaliste à la poursuite de l'info. Je suis sur la route. Simplement. Travaillant au gré des opportunités. Sans attaches avec la France, sans engagement dans le reste du monde. Je suis en suspension inquiète. En parallèle de la vie.

Que vais-je faire de ce voyage ? Que va-t-il m’apporter ? Toute action doit-elle être rentable ? A-t-on le droit de ne se souvenir de rien ? Même si, pour l'heure, c'est le contraire, j'anticipe une pensée qui pourrait être mienne. Ma tête est déjà pleine de moments intenses, de visages et de rencontres, de joies et de petits malheurs, de frayeurs et d'étonnements. Où vais-je mettre le reste qui m'attend ?

Le monde est beau pour l'instant.

 


Lundi 13 septembre. Férié. 


 

Je me lève tôt ce matin, plein d'entrain, décidé à rencontrer mille personnes qui m'en apprendraient sur l'Iran d'aujourd'hui. Mais sur le trottoir à la sortie de l'hôtel, mon élan enthousiaste s’écrase sur la devanture du kiosque à journaux. Fermé. Pas de Téhéran Times au petit-déjeuner. Puis c’est le café Nadéri qui m'oppose ses portes closes. Nous sommes lundi, troisième jour de la semaine. Qu'ont donc fait les Téhéranais hier soir pour se lever si tard ce matin ? Je décide d'attendre l'ouverture de tous ces ensommeillés au salon Internet. Mais là encore, rideau baissé. Je finis par dégoter un tchaï et un morceau de nan, que j'avale rapidement, tant la puanteur de ce seul lieu ouvert agresse ce qu’il me reste d’odorat. Je reprends le chemin de l'hôtel, dépité. Le réceptionniste m'apprend qu'aujourd'hui, c'était « mahaba », une fête religieuse dont je ne comprends pas la signification. Je monte dans ma chambre rejoindre le père Goriot.



Mardi 14 septembre. Doutes.

Boris a enfin obtenu son visa. Il devrait être à Téhéran d'ici deux jours. Je termine, pour ma part, les derniers entretiens sur le thème du « rêve évanoui de Khomeini ». Vingt-cinq ans après, que reste-t-il des idéaux d'une révolution qui voulait faire de l'Iran la première théocratie islamique du monde ? Peu de choses, si ce n'est une sinistre dictature, divisée en plusieurs pôles de décisions, émancipés les uns des autres, et donc incontrôlables. La charia n'est plus appliquée ou de manière exceptionnelle. Le pouvoir religieux est soupçonné de se remplir les poches par le biais de trafics en tout genre, et notamment d'alcool, délaissant une population de moins en moins pratiquante, paupérisée de jour en jour, et dont une partie avoue son regret de ne pas voir les Américains traverser la frontière. Bref, un Iran plutôt éloigné de nos représentations occidentales.

Mais ce sujet semble inintéressant pour Paris. Trop large pour la rubrique « grand angle » de Libération, qui décidément porte mal son nom, pas assez d'actualité pour le Nouvel-Obs, et trop chers les pigistes pour les quelques – rares – rédactions qui ont eu la politesse de nous répondre. Nous devrons discuter avec Boris de l'opportunité de passer en Afghanistan. Je ne suis plus disposé à prendre autant de risques si nulle publication ne nous accueille dans ses colonnes. Je le sais pourtant enthousiaste pour Kaboul et le Nord du pays. Et je crains de me laisser convaincre.



Mercredi 15 septembre. Kafka au pays des mollahs.

 

Je vais vivre aujourd'hui la pire journée de mon voyage. Enfin, jusqu'à présent.

Il est 8 heures et je m'en vais ce matin à la police des étrangers, muni d'une puissante lettre du ministère de la Communication, afin de faire prolonger mon visa.

Une simple formalité.

Je passe d'abord à la banque, régler mon dû sur le compte de la police, en échange d'un reçu à joindre à mon dossier. Devant la boulangerie, les baklavas me font de l'oeil, mais je préfère expédier au plus vite cette barbante obligation. C'est donc à jeun que je pénètre, à 8h30, dans les locaux de la rue Valiasar.

Sur le conseil avisé d'un vieil expatrié hollandais, habitué des lieux, je me faufile à travers la petite foule des réfugiés afghans. Après quelques subtils jeux de coudes, je parviens à glisser mon dossier entre les mains de la jeune employée. Celle-ci inspecte les documents, scrute mon passeport, et se met à faire la grimace. L'enfer va commencer.

Il manque un tampon sur le visa, celui qu'auraient dû appliquer les gardes frontières lors de mon arrivée. La jeune femme ne peut traiter mon dossier et je dois monter au troisième mettre à jour mon passeport. Dommage. Car la rapidité avec laquelle j'avais atteint le guichet m’aurait sûrement fait gagner une ou deux heures sur mes concurrents afghans. Tant pis, je file au pas de course rattraper cette petite erreur des douaniers iraniens.

Aux pieds des escaliers, je suis coupé dans mon élan par un planton nerveux qui me réexpédie d'autorité au service des guichets. Un peu surpris par ces informations contradictoires, je m'exécute sans broncher et viens me coller, à nouveau, à la petite queue de réfugiés. Peine perdue : c'est bien en altitude que mon dossier doit être traité et je réussis, cette fois-ci, à passer l'obstacle du jeune survolté.


À l'étage, après quelques minutes d'errance dans des couloirs à la peinture fatiguée, un type me prend en charge et nous entamons, ensemble, la tournée des bureaux. Je comprends, au nombre d'étoiles cousues sur les épaules de nos interlocuteurs, que nous montons progressivement dans la hiérarchie. Mais rien n'y fait, nul n'a la solution. Il me faut redescendre au guichet. La fille n'a pas changé, sa position non plus, et je suis renvoyé, une nouvelle fois, au troisième étage. Le doute sur la possibilité de voir mon problème résolu commence doucement à s'immiscer en moi. Guidé par un autre uniforme, nous refaisons, à l'identique, la tournée des bureaux. Avec, semble-t-il, des réponses invariables. L'aller-retour entre le rez-de-chaussée et le troisième se répétera une dernière fois, avant que je n'atterrisse entre les mains d'un type, toujours aussi incompétent, mais surtout plus menaçant à mon endroit. Une vraie tête de flicaille de dictature, les rides marquées par la menace, les traits tirés par la vocifération. Le ton se fait plus ferme et le garde-chiourme m'oblige à ouvrir mon sac qu'il fouille minutieusement. La caméra ne lui plaît pas et je dois l'allumer pour lui montrer les dernières prises de vues. Surpris par son comportement, je m'en tire provisoirement en brandissant la lettre du ministère. Ma matinée est foutue, et non content de ne pouvoir m'aider, cet homme, de surcroît, me cherche des noises.

Un autre flic vient me chercher et m'installe, face à lui, dans la pièce d'à côté. Il est 11 heures et la faim commence à me titiller. Mais je suis rassuré : quelqu'un, enfin, semble vouloir m'aider. Débute alors un long entretien, et la rédaction tout aussi fastidieuse – et à la main – de plusieurs pages de texte. Je m'étonne que l'absence d'un simple tampon puisse générer autant de bureaucratie, mais devant l'évidente limite de ma marge de manoeuvre, je m'écrase et réponds docilement. Une nouvelle heure s'écoule avant que le flic à la sale tête ne revienne me chercher. Direction : le tribunal. Mes yeux s'écarquillent, mais le type insiste. Une « simple formalité » qui nous oblige à traverser la capitale.

Il est près de 13 heures lorsque nous nous engouffrons dans les bouchons de Téhéran. La chaleur est caniculaire, l’atmosphère irrespirable. À l’approche de l'aéroport, je tente d'en savoir un peu plus sur la procédure qui m'attend. Le flic élude la question. Dans une heure, tout sera terminé, et je ne dois « surtout pas m'inquiéter ».

À notre arrivée au palais, je suis placé contre un mur, à côté de jeunes détenus, attachés les uns aux autres comme du bétail. Un soupçon m’envahit. Je sens progressivement la situation m'échapper. Puis un nouveau flic m'attrape fermement et me conduit dans le bâtiment. La cordialité s'estompe et mon statut se rapproche doucement des droits communs que je côtoyais quelques minutes plus tôt. Nous passons très rapidement dans deux bureaux, où chacun des titulaires, visiblement un juge et un greffier, appose sa signature sur mon dossier. Nous ressortons. Je suis soulagé. L'affaire paraît réglée.

Mon premier chauffeur a disparu et je reste seul avec ce flic. Après une heure d'attente, je suis poussé dans un fourgon où je retrouve les malfrats menottés. Je commence, de nouveau, à m'inquiéter. Le bus s’enfonce dans la capitale iranienne. Je suis maintenant persuadé d'avoir perdu le statut protecteur de journaliste occidental. Les flics ne me ménagent plus et ma réprobation n'y change rien. J'interroge le policier qui refuse de répondre. Puis cet enfoiré, brandissant les écrits du juge, finit par m'avouer que nous filons à la prison où je dois passer la nuit, avant mon expulsion demain matin. Je me sens devenir blême. Mon sang se glace. Je questionne l'un de mes codétenus qui confirme les propos du flic. Je suis vert de rage. Je demande à joindre d'urgence le ministère de la Communication ou l'ambassade de France. Mais soudain, le type ne sait plus parler anglais et me fait signe, violemment, de la fermer. Nous roulons près d'une heure dans la ville asphyxiée. Je n'ai rien mangé ni bu depuis ce matin. Mon esprit s'embrouille progressivement. Je ne parviens plus à réfléchir. Comment m'extraire de ce cauchemar ? Mon voyage ne peut s’achever de façon aussi piteuse. J'observe la tête de mes futurs voisins de cellule, avec qui je dois passer la nuit. Je regarde par la vitre les passants évoluer librement dans la rue. Je les envie. Même les plus laids, les plus vieux, les plus chauves. Je suis mal. Et ce salopard de flic qui se retourne pour me sourire. Abattu, désorienté, je suis perdu dans ce fourgon qui file dans Téhéran. J'ai peur.


Je reconnais soudain l'immeuble de la police. La camionnette se gare. Une pause avant la maison d'arrêt, pour finaliser les dossiers. Retour au troisième étage, désormais bien connu. Mais au moment où l'un des matons me pousse dans la cellule, je me dégage d'un coup d'épaule et me rue dans le bureau voisin. Celui qui m'avait interrogé ce matin me reconnaît et je le supplie de me laisser téléphoner. Le type hésite quelques instants, puis me tend l'appareil. Un appel seulement, mais pas l’ambassade. J’essaie le ministère. La sonnerie est longue et le flic fait mine de vouloir raccrocher quand la fille de l'accueil, enfin, daigne répondre. Je réussis à joindre mon contact à la presse étrangère qui promet, sans grand espoir, de tenter tout ce qu'elle peut. Le maton veut me remettre en cellule, d'où s’échappent maintenant les hurlements des détenus. Je supplie du regard l'un des policiers qui, d'un signe de la main, m'autorise à patienter dans le bureau avant mon transfert en prison. Je me sens perdu. Les larmes me montent aux yeux. Les flics rigolent entre eux. Je ne suis même pas sûr de pouvoir récupérer mon sac à l'hôtel. Puis le téléphone retentit. Le type qui répond semble se faire engueuler. Il raccroche, brandit ma carte de presse en direction de son collègue, qui lui-même baisse les yeux.

 

Il est 19 heures lorsque je quitte les bureaux de l’ « Alien’s Police ». J'atterris, hébété, sur le trottoir de la rue Valiasar. Je réalise, pour la première fois de ma vie, ce qu'être libre signifie. Mon cas n'est pas réglé pour autant et j'ai ordre de revenir demain matin à la première heure. Je cours acheter un paquet de blondes que je fume en entier dans la soirée.



jeudi 16 septembre. Retrouvailles. 

J'ai dû, ce matin, consacrer encore plus de trois heures à l'administration iranienne. Je suis repassé devant le juge et les flics m'ont rendu mon passeport. De retour à l'hôtel, Boris m'attendait à l'accueil. Nous nous retrouvons après 15 jours de séparation. Il est ravi d'avoir pu pénétrer en Iran, mais son visa ne lui accorde qu'une semaine. Lui aussi devra le prolonger. Je lui raconte ma mésaventure devant un tchaï du café Nadéri, avant d’évoquer rapidement le travail des prochains jours. Le Magazine nous prend un reportage sur l'Iran et nous n'avons plus de temps à perdre. Dans dix jours, nous devrons avoir quitté le pays, et je ne souhaite, pour rien au monde, avoir à faire, de nouveau, à la police des étrangers.



Mardi 21 septembre. Ispahan.

Vendue dans tous les guides comme la plus belle ville d'Iran, joyau du troisième empire perse, Ispahan regorge de magnifiques mosquées aux dômes couleur azur. Une teinte paraît-il apaisante, parfaitement indiquée pour la prière et le recueillement. Mais entre chacun de ces bijoux architecturaux, la commune n'a pas su créer de lien. Les arbres artificiels clignotants, tant prisés au Moyen-Orient, ont enlaidi la ville, et la circulation anarchique entretient une pollution et un stress permanents. Le plus déroutant dans cette cité hétéroclite reste les âmes qui la peuplent. Ses habitants ne sont pas seulement fiers, ils sont suffisants. Hautains et méprisants. Les regards dans les bus sont agressifs, les réponses aux questions lapidaires et erronées. Nous fuyons rapidement la ville pour le désert. Yasd, foyer du zoroastrisme, religion qui a dominé la Perse jusqu’à la conquête arabe, nous attend.

 
Vendredi 23 septembre. Yazd. 

Nous respirons enfin. Après Téhéran et Ispahan, cette charmante bourgade aux portes du désert est un havre de paix. Construite en forme de labyrinthe, dans lequel nous nous perdons joyeusement, elle fourmille de surprises urbaines et de cœurs chaleureux. Yazd nous offre le repos dont nous avions tant besoin, avant de nous frotter à la cohue du Pakistan et, aux dires de Boris, à l'intérêt immodéré de ses habitants pour tout ce qui ressemble, de près comme de loin, à un occidental. Les invites à boire le thé sont parait-il incessantes et nous devons, à chaque pas, décliner, dans l'ordre, notre nationalité, notre âge et notre situation maritale. Avec un conseil pour cette dernière rubrique : préciser, quelles que soient les circonstances, que nous sommes bien mariés, et que nos femmes, malheureusement, n'ont pu se joindre à nous. Restées en France, à la maison, retenues par les tâches quotidiennes du foyer : voilà qui devrait faire couleur locale. Pour ma part, ma moitié sera X, dont je préciserai avec bonheur tous les attributs qui justifient, à mes yeux, l'affection que je lui porte. Une femme réelle pour une histoire imaginaire, à moins que celle-ci ne vienne prochainement jusqu'en Chine infirmer mes mensonges. Pour mon plus grand bonheur.



Samedi 24 septembre. Presse dure.

L'Afghanistan continue de nous hanter. Dans quinze jours, le premier scrutin présidentiel depuis l'intervention américaine devrait y concentrer tous les objectifs de la planète. Mais les réponses des rédactions sont impitoyables : chacune y dépêche son correspondant régional, grand reporter ou envoyé spécial. Difficile de se faire une place. Les candidats se bousculent à l'échafaud.

Nous assurons cependant nos arrières, au cas où les dernières niches, tels le Berry Républicain ou le Courrier Picard, consentaient, dans un élan de générosité, à débourser quelques euros pour financer deux pauvres pigistes, prêts à braver les Talibans et les seigneurs de la guerre pour quelques feuillets exclusifs et mal payés. Nous avons donc pris contact avec Célia, jeune journaliste habituée du pays, et sommes convenus d'un rendez-vous dans quelques jours à Peshawar, au Pakistan, où nous partagerons ensemble un taxi et un garde armé pour nous rendre à Kaboul. Mais même la PQR semble peu encline à s'engager. Et je crains que nous ne filions dans l'Ouest chinois plus rapidement que prévu.



Lundi 26 septembre. Zahedan.

Nous sommes passés cet après-midi devant Bam, ville deux fois millénaire, détruite en mai dernier par un tremblement de terre, causant la perte de 45 000 de ses habitants. Sur plusieurs dizaines de kilomètres, les maisons éventrées ou tout à fait détruites bordent la route, dans un amas de briques et de charpentes en bois. Zahedan, deux cents kilomètres plus à l'est, ville frontalière et hostile, nous accueille froidement après une nuit de train et une journée de bus. Nous sommes épuisés. Boris est malade. Il souhaite faire des analyses de selles à Islamabad. Sans doute ses amibes contractées en Inde l'an passé se rappellent-elles à son souvenir. Nous poursuivrons demain par une quinzaine d'heures de bus jusqu'à Quetta, avant une grosse vingtaine le surlendemain pour rejoindre la capitale pakistanaise.


Publié le 11/01/2007 à 14:34, dans 4. En Iran, Téhéran
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