Le Monde à l'usage
Tour du monde sans avion d'une durée de 17 mois d'un journaliste (Luc Peillon) et d'un photographe (Boris Naudin) en 2004 et 2005. Travail au gré des opportunités dans les pays traversés. Lauréat du concours de carnets de voyage Uniterre, édition 2007. Contact: lucpeillon (aro) yahoo.fr


Menu

» Accueil
» Qui suis-je ?
» Mon itinéraire
» Livre d'or
» Album photos
» Archives
» Mes amis

Rubriques

* Avant de partir
* Infos Amériques
* Infos Asie
* infos Moyen Orient
* Infos traversée du Pacifique
* Itinéraire
* Liens
* Musiques
* Vidéos par pays
** carnet sonore Paris 10e
***********************
1. De Paris à Istanbul
2. En Turquie
3. En Irak
4. En Iran
5. Au Pakistan
6. En Chine
7. Hongkong
8. Vietnam
9. Cambodge
91. Thaïlande
92. Malaisie
93. Singapour
94. Traversée du Pacifique
95. Etats-Unis
96. Mexique
97. Guatemala
98. Salvador
99. Nicaragua Costa Rica
991. Panama
992. Colombie
993. Venezuela
994. Brésil
995. Traversée Atlantique


6b. Chine de l'Est



Mercredi 10 novembre. Vers Pékin.

 

Je quitte Boris qui part vers Shanghai. Je le retrouverai dans une semaine, le temps pour moi de visiter Pékin et d'y consulter un médecin français. Dans le train qui m'emmène vers la capitale, je comprends enfin la signification des deux traits tracés sur la paroi à l'entrée du wagon, respectivement à 1m10 et 1m40 du sol. Il s'agit des deux paliers, basés sur la taille, donnant droit à une réduction pour les enfants. Je me demande intérieurement si les nains chinois voyagent à demi-tarifs toute leur vie ou si une limite d'âge leur est imposée. Le traditionnel vendeur de chaussette est aussi là. Il refait le même numéro qui nous avait séduits, Boris et moi, quelques jours plus tôt. Sortant une chaussette qu'il tend au maximum, il la frotte énergiquement avec une brosse en fer. Le tissu ne cède pas. Mais pour l'avoir testée, il favorise les pires effluves de pieds.

Mon regard s’accroche ensuite à une boîte à poupée, transbahutée maladroitement par une jeune pin-up, et dont l'une des parois est constituée d'un plastique transparent. Ce qui ressemble à une peluche y est plié en quatre. Mais ma première impression est la bonne : c'est bien d'un petit chien vivant qu'il s'agit. J'interroge le Chinois avec lequel je conversais quelques minutes plus tôt. Le transport d'animaux est interdit dans les trains. Le seul moyen de passer outre, m'indique-t-il, est de procéder ainsi.

Je me couche après un mifa et un mapo tofu dégustés au wagon-restaurant. Je suis excité à l'idée d'être à Pékin demain. Je ne ferme pas l'œil de la nuit.

 

 

Jeudi 11 novembre. Pékin.

 

Je réalise enfin que la Chine compte plus d'un milliard d'habitants. N'ayant jusqu'alors parcouru que le désert, le pays le plus peuplé au monde me paraissait inhabité. Hier déjà, à la gare de Xian, le hall d'attente ressemblait à une manif parisienne du 1e mai 2002. L'arrivée, ce matin à Pékin, a des allures d'exode rwandais, aux pires heures du génocide. La foule qui descend de plusieurs escaliers différents se déverse dans un immense couloir. Je la suis sans réfléchir. Mon instinct me dit qu'elle se dirige vers la sortie. Dehors, un froid glacial m'accueille en même temps que les chauffeurs de taxi. Il n'est que 6 heures, mais déjà Pékin grouille de monde.

 

 

Vendredi 12 novembre. Quatre mois.

 

12 juillet - 12 novembre. Paris-Pékin. Quatorze mille kilomètres. Quatre mois exactement, et déjà des souvenirs plein la tête. Des paysages et des regards dans les yeux, des paroles en mémoires, des rencontres dans le coeur. Quelques frayeurs aussi, mais un grand bonheur. Je suis parvenu au bout de la terre où « l'on marche ». Plus à l'est, c'est la mer. Ma seule échappatoire est au sud. Depuis 120 jours, nous naviguons entre le 30e et le 40e parallèle. Je vais dorénavant emprunter les méridiens. Descendre entre le 100e et le 120e jusqu'en Australie. Je sais que trouver un bateau sera difficile, surtout contre les alizés. Mais à chaque continent sa peine. Et les kangourous sont encore loin.

 

Pour l'instant, je découvre Pékin. Cette ville compte plus de chantiers que toute l'Europe réunie. Le résultat, cependant, est affligeant. Les Chinois ne font pas dans la finesse. D'immenses immeubles, plutôt laids, rivalisent entre eux dans la démesure. C'est un spectacle en soi. Mais un spectacle froid. Amarrés le long de grandes artères, ces paquebots de béton rendent l’atmosphère glaciale. Mon hôtel, par bonheur, se situe dans un hutong, l'un des derniers quartiers populaires de Pékin. De petites rues abritent de minuscules échoppes. Je m'y sens chez moi. Les habitants, eux, plus pour très longtemps. Des grues cernent le quartier. La bétonneuse rugit au loin.

 

 

Samedi 13 novembre. Tubes.

 

Je file à l'ambassade, au service médical. Le toubib est une doctoresse charmante. « La Giardiase, me demande-t-elle. A quoi voyez-vous cela ? » Je reste quelques secondes interdit, gêné de devoir lui décrire la couleur, la forme et la texture de mes selles. Elle finit par me tendre deux minuscules tubes à essai, pas plus larges que mon petit doigt. Je me demande comment je vais bien pouvoir étronner dans un si petit espace. Elle me propose de me rendre aux toilettes pour procéder aux analyses dans la foulée. Impossible. Je me sens incapable de convoquer, sur le champ, mes hôtes de passage. Je lui promets de revenir lundi.

Le soir même, j'informe Boris de mes démarches médicales par email. Il me répond que les symptômes lui reviennent également. Mais lui livrer les résultats des analyses lui suffit. Pas question de payer deux fois.

 

 

Dimanche 14 novembre. Parité.

 

Après la femme pakistanaise introuvable, la Chinoise m'apparaît comme le symbole de l'égalité. Enfin presque. Car si, comme en France, tel n'est pas encore le cas au sein des lieux de pouvoir, le « deuxième sexe » est cependant visible dans tous les métiers dits physiques. Elle transpire sur les chantiers et les chemins de fer, se casse le dos au bord des routes, cire les chaussures et conduit les pousse-pousse. Elle exerce cent métiers inconcevables pour la travailleuse hexagonale. Est-ce l'égalité cependant que de suer comme les hommes ? Je me pose à peine la question, tant la femme retrouvée, même laborieuse, tranche avec les fantômes du Pakistan.

 

 

Lundi 15 novembre. Money.

 

« Tien an men » est une grande esplanade désolée que le souffle glacial de ce mois de novembre rend plus désolante encore. En lieu et place des fantômes de 89, des touristes par grappes entières suivent les petits drapeaux colorés de leur guide, dont le micro portatif collé aux lèvres retransmet d'un ton monocorde les attraits touristiques du site. Leur parle-t-il de ces étudiants morts par milliers il y a à peine quinze ans, occis pour un rêve démocratique bien peu partagé dans l'empire du milieu ? Car à « Tien an men », comme souvent dans ce pays, la préoccupation principale des Chinois est de faire de l'argent. « Money-money » est l'un des rares mots d'anglais connu de ce coté-ci de l'Himalaya. Il faut parfois payer avant de manger dans un restaurant, payer avant de dormir dans un hôtel, payer avant de consulter Internet, payer pour admirer un temple bouddhiste... Le culte de l'argent a remplacé celui de Confucius. Mais derrière ses buildings, le communisme chinois converti au capitalisme cache mal ses mendiants. Partout dans les rues commerçantes, dans les couloirs souterrains, ils déambulent, un gobelet Mac’Do à bout de bras, le visage implorant, les enfants en recours agrippant les vêtements. De grosses berlines les côtoient, d’où sortent de fringants hommes d'affaires, portables collés à l'oreille et attaché-case à la main. Mao a perdu, la Chine se déchire.

 

 

Mardi 16 novembre. Chéri.

 

J'ignore si tous ces occidentaux plutôt âgés sont mariés, mais leur compagnie chinoise n'a rien d'une guide touristique agréée. Dans ce bar de Pékin, comme dans tous les autres, les hommes sont blancs et les femmes asiatiques. Les mâles sont mûrs et les filles ont la vingtaine. Ces expatriés d'une semaine ou d'un an traînent leur ventre adipeux entre les tailles fines de jeunes pékinoises court-vêtues. Pas une fille ne semble sincère. Dans chaque pupille se reflète un billet. Dans chaque déhanchement se dessine un yuan. Le gros Blanc, lui, a l'air heureux. Il plaît dans son costard, fait mine de danser maladroitement. Chaque soir est une fête, où l'Occident vient roter sa libido dans ce bordel géant qu'est devenue la Chine.

 

 

Jeudi 18 novembre. Lego.

 

La Grande Muraille est une vraie sensation. Forte. Le mur qui court à perte de vue sur la crête des montagnes ne lasse pas le regard. Tel un serpent de pierre, il monte et descend les collines, vous transporte sur son dos à travers les vallons désolés. À distance régulière, des tourelles plantent dans la roche ce ruban infini, comme pour le retenir. Deux fois millénaire, la muraille est par endroits impraticable. Les briques tombées de chaque côté ressemblent à un jeu de construction éparpillé. Je regarde en direction de l'ennemi, tentant d'imaginer l'attente des Chinois sur ce mur qui n'a jamais réussi à contenir aucune invasion. Des centaines de milliers d'hommes, par contre, sont morts à l'ouvrage, sous les ordres d'empereurs autoritaires.

Le soleil s'affaisse doucement sur cette folie architecturale, lui conférant un aspect doré, au milieu d'une légère brume. Après quatre heures d'une marche délicieuse mais harassante, je rejoins le bus qui me ramène dans Pékin bétonné.

 

 

Samedi 20 novembre. Canard claqué.

 

Qian, jeune Chinoise de Shanghai, cadre commerciale dans une entreprise pharmaceutique, ignorait tout de l'histoire du Tibet, et surtout des exactions de l'armée contre les moines bouddhistes, il y a un demi-siècle. Wan, prof d'anglais ouvert sur le monde, ne sait rien des cent cinquante morts du Henan, lors d'un conflit inter-ethnique entre Han et Hui musulmans, il y a à peine trois semaines. La télévision officielle ouvre chaque jour son journal sur le dernier déplacement du Président, la presse écrite sélectionne ses évènements. En Chine libérale, l'information indépendante n'existe toujours pas.

 

 

Dimanche 21 novembre. Shanghai.

 

Je retrouve Boris sur le Bund, grand quai au centre de la ville, surplombé de vieux immeubles coloniaux, dont plusieurs empruntent à l'architecture new-yorkaise. Sur le fleuve, de gros cargos se faufilent entre les gratte-ciels, dans une promiscuité urbaine étonnante. Les touristes locaux nous arrêtent pour nous placer entre eux sur la photo souvenir. Nous filons rapidement dans l'appartement de Qian, jeune Chinoise croisée deux semaines plus tôt à Xiahe. La persévérance de Boris à son endroit me permet d'y loger quatre nuits. Boris, lui, un peu plus longtemps...

 

 

Mardi 23 novembre. Économie socialiste ?

 

Ils sont partout, un casque jaune penché sur le crâne, la peau tannée par le soleil et la démarche lourde du corps fatigué par l'effort. Ils déambulent parmi les citadines en plein shopping, poussent des charrettes de matériaux sur les trottoirs, zigzaguent au milieu des piétons. Dans les rues de Shanghai ressuscité, les ouvriers du bâtiment sont chez eux. Mais dans les rues seulement. Car le nouveau prolétariat chinois n'habitera pas demain le centre de Shanghai.

Engagée depuis vingt ans dans un processus d'ouverture économique, la Chine n'échappe pas moins que ses cousins de l'ex-bloc soviétique aux affres de la transition libérale. Le passage d'une économie planifiée à celle de marché, d'un pays fermé à l'ouverture sur l'extérieur, d'un monde rural à urbain, s'accompagne d'une prolétarisation croissante d'une grande partie de la population. « Un pays, deux systèmes », prétendent les dirigeants « communistes ». Mais surtout et bientôt, deux mondes qui se croisent tout en s'éloignant l'un de l'autre.

Débutée sur la côte Sud, dans les zones économiques spéciales (ZES), la politique d'ouverture a eu, sans conteste, de nombreux effets bénéfiques. L'un des plus marquants est d'avoir tiré plusieurs dizaines de millions de Chinois de la pauvreté. Par le transfert d'une partie de leur salaire vers les campagnes, les ruraux débarqués massivement dans les ZES ont permis à leur famille d'augmenter fortement leurs revenus. Cet exode rural,  qui conduit un paysan peu productif à un travail industriel rationalisé, est aussi à l'origine de la forte croissance que connaît le pays. Les Chinois de l'étranger, de leur coté, ont massivement rapatrié leurs avoirs dans les zones économiques spéciales. Au final, l'ensemble des capitaux venus de l'extérieur représentent aujourd'hui plus de deux points de croissance du PIB annuel, qui frôle régulièrement les 8 à 9 % depuis quinze ans. Les joint-ventures avec les entreprises occidentales se multiplient, les PME s'installent. La Chine rejoint le peloton de tête des pays industriels. Cela en fait il pour autant un pays développé ? Seul le critère de cohésion sociale, sur le long terme, permettra de le dire. Mais pour l'heure, le pays le plus peuplé de la planète n'en prend pas le chemin. Et le développement économique, aussi opulent et visible soit-il, cache mal la montée du malaise social.

 

Dans les anciennes entreprises d'État, les restructurations ont conduit plus de trente millions de salariés à la porte des usines ces six dernières années. Ceux qui furent réembauchés l'ont été à un salaire inférieur, pour une durée de travail bien supérieure. Et ce, après une période d'essai de six mois, payée à 50%, y compris pour des salariés avec trente ans d'ancienneté. Dans les entreprises à capitaux privés, les conditions de travail, notamment dans le bâtiment, sont régulièrement tirées vers le bas. « La tendance actuelle dans le Guangdong (Sud de la Chine), est de ne pas payer les deux premiers mois de salaire. Si l'ouvrier veut changer d'entreprise, il perd ainsi 60 jours », explique Lung Pak Nang, du « Hongkong Christian Industrial Committee » (HKCIC). A Shanghai, la rémunération est parfois aléatoire, tous les deux ou trois mois, ou même deux fois par an. En « échange » de ce travail quasi-gratuit, les ouvriers sont logés et nourris.

 

Difficile, cependant, pour ces millions de mingong (paysans-ouvriers) de revendiquer, tant la législation sur les passeports intérieurs a transformé nombre d'entre eux en clandestins dans leur propre pays. La surabondance de personnel non-qualifié ne joue pas non plus en leur faveur, la pression du chômage réel (30%) étant suffisante pour contenir difficilement les velléités de révolte. C'est également cette même population qui subit l'abandon par le gouvernement des services publics, la santé comme l'éducation étant, de fait, en voie de privatisation.

Le creusement des inégalités n'a pourtant rien d'inéluctable, même dans un pays en développement. Mais en Chine, « le pouvoir a maintenu, par le caractère très progressif des réformes, plusieurs strates de contrôles, qui sont autant d'occasions pour les responsables de se servir », explique un économiste français vivant depuis cinq ans en Chine. Le frein à l'exode rural a également maintenu des poches de pauvreté dans les campagnes, exacerbée par la libéralisation des prix, sans mécanisme de garantie ni de soutien. Et la tension sociale, à laquelle s'ajoutent des expropriations non ou mal indemnisées, provoque des minis révoltes, qui parfois finissent en bain de sang.

 

 

Vendredi 26 novembre. Vacances over.

 

Fini le tourisme. Nous tentons de nous motiver pour retravailler. Difficile, cependant, après un mois d'errance, de se remettre au boulot. Pour quelle rédaction ? Sur quel sujet ? Je commence par me doter d'un numéro de portable chinois. Je relance le consul de Shanghai pour une entrevue et réfléchis à des angles possibles sur ce pays impénétrable. Quelques jours d'interview à Hongkong devraient nous permettre d'y voir plus clair. Je prévois d'interroger le leader du China labour bulletin, seul organe syndical indépendant, basé dans l'ancienne colonie britannique.

Mais je sais les autorités chinoises paranos, et comme je ne détiens aucune autorisation officielle de travail, je reste le plus discret possible. Pas question de retourner par le premier vol sur Roissy, je préfère sacrifier un papier plutôt que mon voyage. La plume pourtant me démange et nous tenterons, comme nous pourrons, de revenir au métier.

 

 

Lundi 29 novembre. Frenchies.

 

L'enquête sur la Turquie est sortie aujourd'hui dans Libé. Boris a six photos publiées. J'envoie dans la foulée un sujet aux rédactions parisiennes. L'année de la France en Chine vient de débuter et il se trouve que depuis deux ans, les Français ne cessent d'affluer dans ce pays, notamment à Shanghai. Du chômeur parisien au jeune entrepreneur, plus de 15 000 de nos compatriotes sont venus tenter leur chance dans l'Empire du Milieu. Ils constituent la première communauté européenne à Shanghai. Qui sont ces frenchies ? Quel est leur projet ? J'attends sans grand espoir les réponses de Paris.

   


Mercredi 1e décembre. La femme du coiffeur.

 

Je file chez le coiffeur chinois en bas de l'hôtel. Un type m'installe sur un siège plutôt sommaire et interpelle une femme plantée dans un coin du salon. Les cheveux vigoureusement lavés, je m'attends à ce que la fille se saisisse d'une paire de ciseaux. Non. Elle glisse ses deux mains dans mon dos, écarte ses doigts et saisit ma peau qu'elle masse énergiquement. Je suis un peu surpris par cette entrée en matière. Elle attrape ensuite mon bras droit dont elle broie chacun des muscles. Chatouilleux comme je suis, je manque d'éclater de rire à plusieurs reprises. Puis, à mes mains, elle fait subir des pressions presque douloureuses. Mes doigts n'y échappent pas, qu'elle fait craquer l'un après l'autre, dans un bruit de feu de bois très sec.

Depuis plus d'un quart d'heure, je suis assis dans ce salon et pas un seul de mes cheveux n'a encore perdu un centimètre. L'autre bras et son extrémité massée à leur tour, elle revient un dernier coup me marteler le dos, avant de se défouler sur mes épaules. Elle me remet ensuite entre les mains de l'homme. Je tremble un instant. Suis-je bien dans un salon de coiffure ? Va-t-il, lui aussi, me démonter le corps ? Non, le type s'occupe de mes capillaires. La coupe, elle, prendra cinq bonnes minutes.

 

 

Samedi 4 décembre. Xiamen.

 

Enfin en T-shirt. Après vingt-sept heures de train, je rejoins la côte Sud où l’été joue les prolongations. Xiamen, ancien comptoir occidental, fait face à Taiwan. C'est aussi une zone économique spéciale (ZES) dont le développement a fait pousser les buildings comme des champignons. Mais le bord de mer est plutôt préservé et une merveilleuse petite île, où seul le piéton est toléré, termine la ville. De grandes villas coloniales s'y regardent entre les palmiers, qu'un doux vent marin agite dans un silence bienvenu.

Sur le continent, le marché respire la Chine authentique. Les vendeuses de poissons arborent des chapeaux coniques en paille, devant des étals d'animaux marins les plus étranges. Elles mâchent des pousses de bambou dont elles recrachent bruyamment les filaments. Les bouchers vendent toutes les parties des bêtes qu'ils proposent : les pattes avec leurs sabots, la tête sans la peau mais avec les yeux, la langue, les viscères, et d'autres organes que je peine à reconnaître. Des porteurs de marchandises, dont la barre sur l'épaule tient à chaque extrémité une charge, souffrent en silence.

Plus loin, je me perds dans des ruelles si étroites que les balcons des maisons se touchent. Je n'avais encore point vu cette Chine-là. Il me semble pourtant que ses jours sont comptés.


Publié le 8/01/2007 à 02:00, dans 6. En Chine, Shanghai
Mots clefs : XiamenPekin
Ajouter un commentaire

<- Page précédente | Page suivante ->