Le Monde à l'usage
Tour du monde sans avion d'une durée de 17 mois d'un journaliste (Luc Peillon) et d'un photographe (Boris Naudin) en 2004 et 2005. Travail au gré des opportunités dans les pays traversés. Lauréat du concours de carnets de voyage Uniterre, édition 2007. Contact: lucpeillon (aro) yahoo.fr


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7. Hongkong



Mardi 7 décembre. HongKong.


Je n'avais pas réalisé, en tendant mon passeport, que le douanier chinois qui me le rendait avec un grand sourire venait d'y apposer le tampon de sortie. Conséquence juridique immédiate : je venais de quitter la Chine, et devais, pour y retourner dans une semaine, me doter d'un nouveau visa. C'est seulement lorsque je retrouve Boris à la gare de Hongkong que celui-ci m'informe de ce petit détail à 15 dollars, trois jours d'attente, et une page de passeport. Comment pouvais-je imaginer que depuis 1997, date à laquelle les Britanniques avaient rendu cette colonie à la Chine, une frontière aussi stricte qu'entre deux pays les plus étrangers perdurait ?

Nous entrons dans Hongkong un peu excités. Atteindre cet endroit mythique, par la terre uniquement, et cinq mois après notre départ de France, constitue pour nous une étape symbolique importante. C'est aussi bientôt la fin de notre séjour en Chine, que nous achevons par un fleuron urbain qu'est cette cité-État. Une ville-pays, avec sa propre monnaie et ses institutions, et malheureusement sa frontière que nous n'avions perçue comme telle.

La tête hors du métro, nous sommes comme écrasés par une forêt d'enseignes, débutant de chaque coté de la rue et se rejoignant au centre de la chaussée. De hauts immeubles les surplombent, dont la façade, poussiéreuse et tachée par l'écoulement des climatisations, leur confère un aspect vieux et moderne à la fois. La ville semble immuable, figée depuis plusieurs décennies dans sa modernité surannée.

Dans le Sud de Kowloon, nous nous engouffrons dans la plus petite chambre d'hôtel que nous ayons eue jusqu'alors : six mètres carrés, dont un pour la salle d'eau. Impossible de déballer tout le contenu de nos sacs. Nous devons sortir, puis ranger, au fur et à mesure de leur utilisation, les affaires nécessaires. Du quatorzième étage, nous percevons aussi nettement le bruit de la circulation, supplanté la journée par le vacarme incessant du chantier voisin.



Vendredi 10 décembre. Suspect.

Boris n'a obtenu que quinze jours pour son second visa chinois. À la guichetière du consulat, qui l'interrogeait sur sa profession, il a assurément répondu « Professeur ». « En quelle matière ? », poursuivit l'employée zélée. Un moment d'égarement : « ...Photographie ». « De quoi ? », insista l'administrative. Et Boris, tentant de se rattraper : « Paysages... » Trop tard, la vigilance consulaire était éveillée. La méfiance gagnait la fonctionnaire. « Je ne sais pas si vous pourrez rentrer », a assené la jeune femme. À moi, l'étudiant éternel et imaginaire, ils ont accordé trente jours. Une semaine, cependant, aurait suffi pour achever notre voyage jusqu'au Vietnam. Mais pour Boris, qui ambitionnait de retourner prochainement en Chine, la suspicion des autorités sonnait comme une menace future d'interdiction du territoire.


Samedi 11 décembre. HK tour.

La cité léguée par les Anglais tranche avec le continent. Interdiction, ici, de cracher à terre, de jeter un papier ou un mégot de cigarette, de soulager son chien, de traverser en dehors des clous, d'abandonner son chewing-gum dans une poubelle sans l'avoir enveloppé, de manger ou boire dans le métro... sous peine de plusieurs milliers de dollars d'amende. Chaque jour, nous découvrons un nouvel acte prohibé, que nos mauvaises habitudes prises en Chine continentale manquent de nous faire commettre.

L'ingestion de mets des plus exotiques est par contre tout à fait légale, tels ces serpents ou lézards, exposés vivants à la vitrine de certains restaurants. Dans d'autres commerces, nous découvrons des foetus de rats, à s'appliquer sur le corps pour une peau tendre garantie. Des hippocampes desséchés côtoient des lézards aplatis. Des peaux étranges et bulbeuses bouillonnent dans des marmites peu engageantes. L'odeur seule nous empêche d'y laisser traîner plus longtemps notre curiosité.



Lundi 13 décembre. Has been. 

Ma perception de Hongkong comme cité déclinante est confirmée par mes interlocuteurs. Pékin y ménage les libertés tant qu'elle n'a pas récupéré Taïwan. Mais en dehors de sa place financière, ébranlée par la crise de 1997, le Sras et la grippe du poulet, la cité-État n'est rien. Et même sur ce terrain, Hongkong la chinoise est de plus en plus concurrencée par Shanghai la dynamique. Le malaise social y est grandissant, les manifestations régulières, le chef de l'exécutif honni, et les Chinois du continent peu pressés de venir s'y installer. Le chômage flirte avec les 8% et les écarts de rémunérations ne cessent de se creuser. Les prix sont deux fois plus élevés que sur le continent, pour des logements de lilliputien et une gastronomie médiocre. La Chine en plein boom capitaliste pourrait rendre HK sans véritable raison sociale.



Mercredi 15 décembre. Sino germinal.

Depuis trois jours que nous courons après lui, Han Dongfang, responsable de la seule structure syndicale chinoise indépendante, nous reçoit au siège de Radio free Asia. Retranché sur l'île de Hongkong, à l'abri des foudres pékinoises, le jeune leader du China labour bulletin valide mes premières informations sur la condition de travailleur dans l'empire du milieu : douze à quatorze heures par jour, sept jours sur sept, des salaires de 60 à 100 euros, irrégulièrement versés, et l'internement en camp de rééducation des meneurs de grèves sauvages... Autant de violations du volumineux Code du travail chinois, au bénéfice, le plus souvent, des multinationales occidentales.

Mais les conflits se multiplient. « Les gens ont moins peur, ils n'ont plus rien à perdre », nous rapporte Han Dongfang, qui envisage lui-même de rentrer à Pékin dans les cinq ans à venir. Nous quittons son sourire après deux heures d'entretien et replongeons dans la jungle des attachés-cases hongkongais. Ces financiers « démocrates », fiers de leur exception institutionnelle, mais premiers « délocalisateurs » et investisseurs en Chine continentale...



Jeudi 16 décembre. Macao.

Nous embarquons sur un « jetfoil » qui en une heure de traversée du delta de la rivière des Perles nous conduit à Macao, l'ancien comptoir portugais rendu à la Chine il y a cinq ans. Nouvelle frontière pour cette petite ville de 400 000 habitants, qui a su également conserver sa monnaie : la Pataca.

Mais de la lusophonie, il ne subsiste que les noms des rues, et les Chinois, désormais, représentent 95% des habitants. Restent quelques vieux immeubles, plusieurs jolies églises et une atmosphère méridionale un peu européenne.

Nous y perdons chaque soir nos cinq euros au casino.



Lundi 20 décembre. Vers le Vietnam. 

Retour en Chine continentale. Après une nuit sur l'île de Shamian, à Canton, où nous dormons à proximité de Notre-Dame de Lourdes, nous entamons vingt-quatre heures de voyage jusqu'à Hanoï. Le chemin de fer qui nous conduit au Vietnam longe dans ses derniers kilomètres des « pains de sucre », ces petites montagnes droites plantées dans le sol et dégoulinantes de verdure. Le spectacle est étonnant, et nous donne à voir un peu de ce Yunan chinois que nous ne pourrons admirer faute de temps : Stéphane atterrit le 23 à Hanoï et Nina le lendemain. Pour une semaine, nous serons quatre, puis trois pendant un mois.



Publié le 7/01/2007 à 12:51, dans 7. Hongkong,
Mots clefs : HongKong
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