Le Monde à l'usage
Tour du monde sans avion d'une durée de 17 mois d'un journaliste (Luc Peillon) et d'un photographe (Boris Naudin) en 2004 et 2005. Travail au gré des opportunités dans les pays traversés. Lauréat du concours de carnets de voyage Uniterre, édition 2007. Contact: lucpeillon (aro) yahoo.fr


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14. Etats-unis




Mercredi 4 mai. États-Unis.

Six heures du matin. La sonnerie du téléphone vient déchirer mon rêve à peine débuté. Au bout du fil, le 1e officier me demande de rappliquer en vitesse. Les douaniers américains sont là. Ils ont quelques questions à me poser. Je saute du lit, plonge dans mon jean, décolle une à une mes paupières et dévale les six étages jusqu'à la salle du pont principal.

Assis à la table des officiers, le capitaine attend comme un enfant sage. À sa droite, trois colosses bourrés de testostérone, des uniformes bleu marine XXL collés sur leurs muscles, relèvent la tête à mon arrivée. Je suis à peine réveillé et réalise que les prochaines minutes qui vont suivre n’auront rien d’un doux échange inter-culturel. Celui du milieu a déjà mon passeport en main, qu'il semble avoir retourné en tous sens, scrutant un à un les nombreux visas. Fermement invité à m'asseoir, je m'exécute en glissant une vague formule de politesse.

Le type reste silencieux, fixe mes pupilles, puis me demande de lui livrer, un à un, les différents pays traversés depuis mon départ. Je me lance, parle de la Turquie, manque d'avouer l'Irak, me ravise aussitôt au souvenir qu'aucun tampon n'en fait mention, puis plaide coupable pour le Pakistan et l'Iran. Qu'ai-je fait là-bas, qui ai-je rencontré, sur quoi ai-je travaillé ? Je bredouille et m'embrouille dans mon anglais matinal, parviens péniblement à me faire comprendre. Le douanier me repose une seconde fois les mêmes questions, pendant que les deux gorilles à ses côtés scrutent mes réactions. Je suis mal à l'aise, n'ai presque pas dormi cette nuit ni mangé ce matin. L'interrogatoire n'en finit plus. Je reprends la liste des contrées visitées, détaille à nouveau mon emploi du temps. Le capitaine est soucieux. Je dois paraître suspect. Je sens le reste de l'équipage dans mon dos, impatient d'entamer le déchargement. J'ai le sentiment de bloquer plusieurs centaines de containers. Je comprends soudain que mon mauvais anglais est un atout. L'homme en bleu marine est las de répéter ses questions. Je ne fais plus aucun effort, en rajoute un peu dans l'incompréhension de l'accent américain bodybuildé. Le choix est payant. Après un nouveau quart d'heure de dialogue de sourd, sa main empoigne le tampon libérateur : six mois de visa.

 

Je fais mes adieux au capitaine soulagé et au reste de l'équipage, à ces marins bourrus et attachants. Dehors le ciel est gris. Je descends la passerelle comme à l'aller, au milieu des grues et des containers, me retourne une dernière fois sur le navire, puis sors du port en direction de Los Angeles.



Good morning California.


La ville est immense, étendue sur des dizaines de kilomètres. Je trouve facilement l'arrêt du bus qui doit me conduire à mon hôtel en bord de mer, dans le quartier de Santa-Monica. J'attends à proximité d'un jeune noir inerte, la tête en avant, le menton collé sur le haut du torse, les pieds nus reposant sur des baskets sales. Il est 10 heures du matin. La station est déserte. Le bus arrive. Je monte à bord pour une heure de voyage au pays des gueules cassées.

C'est d'abord une noire sans âge, un sac de commissions au bout du bras qui, au premier arrêt, bloque l'entrée des passagers. Pliée en avant et soutenue par une canne, elle gravit péniblement les deux marches du véhicule, puis se traîne jusqu'au milieu du bus. Son rouge déborde de ses lèvres, coule sur le menton, ses lunettes font ressortir de gros yeux exorbités. Elle s'affale sur un siège, la tête pendante sur le côté et les paupières mi-closes. À l'arrêt suivant, une autre femme, blanche cette fois-ci, promène son gros ventre à découvert, le nombril percé d'un anneau métallique. Le visage boursouflé, le pantalon déchiré, elle titube en s'exclamant à l'adresse d'un fantôme. Puis monte un semi-clochard, un gobelet MacDo à la main, qui choisit le siège juste à ma gauche pour mieux me faire profiter de son haleine fétide. En quelques arrêts seulement, une dizaine de corps tordus et abîmés prennent possession du bus, générant ici ou là des mini scandales. Je reste dans mon coin, surpris et attentif.

Terminus – et délivrance – une heure plus tard à Santa Monica, quartier-village riche et agréable de Los Angeles. J'y fais mes premières armes avec l'accent américain et me frotte, le soir venu, au bistrot mitoyen à l'hôtel, aux premiers Californiens. Rob, vieux Turkmène immigré en Iran puis aux États-unis, n'attend pas dix minutes avant de me tendre sa carte de visite. Puis mon voisin de gauche, un jeune Américain de souche fasciné par mon voyage, m'offre ma seconde bière. Les habitants ici sont chaleureux, plein de curiosité. Ma nationalité à peine déclinée, je suis l'objet de toutes les attentions. Je suis agréablement surpris, les jours suivants et en tous endroit, par leur amabilité et leur gentillesse. Je m'attendais, au mieux, à une froide indifférence, au pire, à une franche agressivité. Il n'en est rien. Ces Américains de la côte Ouest sont tout sauf belliqueux, et bien qu'électeurs de Schwarzenegger – le nouveau gouverneur de Californie – ils font preuve d'une vraie francophilie. Je suis soulagé, et après quelques pas sur les célèbres dalles de Hollywood Boulevard, je pousse au nord jusqu'à « Frisco ».



Mercredi 6 mai. Urgences. 

La mer fait à nouveau son apparition quand, en fin d'après-midi, nous approchons de San Francisco. Une lumière blanche et rasante dessine des navires en ombres chinoises. La baie scintille. Je jette un oeil sur Oakland, le port maritime qui abrite les cargos. Le « Pujab » devrait s'y trouver, mais je ne reconnais que le « P&O Nedlloyd ». Nous nous engageons sur le pont suspendu qui relie la ville au reste du continent et j'ai soudain le sentiment que je vais aimer cet endroit. Je vais pourtant vivre, ce premier soir, une des expériences les plus douloureuses depuis l'Iran.

Les sept heures de bus depuis Los Angeles m'ont permis de faire connaissance avec quelques passagers. Nous décidons de poser nos sacs à l'hôtel et de nous retrouver pour un verre dans le quartier. Au pub voisin, ma pinte se vide au rythme des récits de voyage de mes compagnons. Soudain, la bière ne passe plus. La tête me tourne. Je sors prendre l'air. Dehors, l'équilibre est plus précaire encore. Je m'assieds à même le sol. Rien n'y fait. Mon crâne est un étau qui se referme progressivement. Je dois me relever, marcher. Je tente de remonter jusqu'à l'hôtel. Je fais quelques pas, appuyé contre les façades d'immeubles. Les passants me croient ivre. Ma tête est un chaudron. Ma vision se trouble. Je suis devant l'auberge, je pousse la porte, puis titube sur quelques mètres avant de m'effondrer devant la réception.

J'entends une voix qui semble parler de moi. « Il est allongé, il ne bouge pas. Il est tombé par terre. » Les minutes paraissent interminables. Je suis dans un état semi-conscient. Puis la voix reprend. « Encore au sol, livide. Ne bouge toujours pas. » J'ouvre légèrement les yeux, mais mon corps reste insensible. Impossible de me mouvoir. Je perçois le réceptionniste, penché au-dessus du comptoir, un téléphone dans la main gauche. Des bras enfin me soulèvent, me portent jusque sur le canapé voisin. Je reprends lentement conscience. Des hommes arrivent. Ce sont les pompiers.

Ils sont deux autour de moi à m'examiner. Je pense subitement à mon assurance. Combien cela va-t-il-me coûter ? Quelle est la franchise ? Je déclare me sentir mieux, m'excuse auprès des uniformes. « À l'hôpital ? », il n'en est pas question. Je vais me reposer et tout ira mieux. Mais l'urgentiste n'est pas de cet avis. Je ne comprends pas son obstination. Après quelques minutes d'hésitation, le pompier me confie son diagnostic : une jaunisse, donc une hépatite. Je n'oppose plus aucune résistance.

Le voyage est terminé.


Je pense, à nouveau, avoir perdu conscience durant le trajet. Des mains me saisissent et je suis déjà à l'hôpital. On me colle des électrodes, me perfuse le bras gauche, me pique le bras droit. Trois têtes et six yeux me regardent de très haut. On me glisse un bâtonnet dans la bouche, me le retire. J'ai très froid. Je grelotte, puis tremble de tout mon corps. Je sens des couvertures chauffées contre ma peau. Je suis épuisé. Je m'endors quelques instants, me réveille, puis me rendors. Je lutte contre le sommeil. J'entends derrière moi le « bip » incessant d'un appareil. Une femme arrive, prend une radio. Puis repart. Je suis désormais seul, sous perfusion, cerné par la technologie médicale. Je tente de réfléchir : je suis aux États-Unis, dans un hôpital, aux urgences, peut-être atteint d'une hépatite. Je passe de longues heures alité, observant le va-et-vient du personnel. Le box voisin, séparé du mien par un simple rideau, abrite une famille désargentée, visiblement penchée sur le cas d'un jeune enfant. Les parents se déchirent. Le père est hispanique, la femme noire. Bientôt des hurlements provoquent l'intervention du vigile. Je me rendors peu après.

J'apprends qu'il est bientôt 3 heures du matin lorsqu’une infirmière vient m'annoncer les résultats. Aucun virus, mais je suis totalement déshydraté. Encore un litre d'eau à m'injecter et je pourrai quitter l'établissement. À 4 heures, je sors du « Saint Francis memorial hospital ». Je suis dans la rue. Un peu hagard. Il fait doux. Je revis.

Bienvenue à San Francisco.



Mercredi 7 mai. Le printemps en pentes dures.

Bien qu'encore très faible, je ne résiste pas, ce matin, au désir de visiter la ville. Je me limite au quartier de l'hôtel, dont chaque rue est une pente, parfois si raide que les trottoirs s'effacent sous des escaliers. Les légendaires tramways à crémaillère glissent au centre de la chaussée, remplis de touristes amusés. Je monte jusqu'au sommet de la butte. L'atmosphère y est propre aux quartiers perchés des grandes villes, de Montmartre ou de la Croix-Rousse. De Valparaiso, je retrouve cette ambiance de la côte pacifique, lorsque la brume marine engloutit le bois des maisons, que le blanc du ciel se mêle à la pâleur du jour. En contrebas, des buildings longent la baie endormie, sagement rassemblés autour d’Union-square. La rumeur du quartier d'affaires remonte jusqu'à moi. Des sirènes de police résonnent un peu partout. Je redescends prudemment vers Sutter street. À cet instant précis, je décide de prolonger mon séjour dans cette ville.


Jeudi 8 mai. French connection. 

Jean-Philippe est barman. Au pub de la rue voisine. Travailler sans papiers ? Aucun problème. Des Mexicains aux Français, tout le monde, ici ou presque, est clandestin, me confie ce jeune Parisien entre deux cocktails. Sur Market street, entre la 18e et la 20e rue, entre 10 heures et midi, il faut flâner, se laisser aborder par quelque Mexicain, lui confier 100 dollars et une photo, puis revenir une heure plus tard. Une fausse carte d'identité, un numéro de Sécu choisi au hasard, le tout grossièrement imité, suffisent à l'employeur pour se couvrir juridiquement. Je prends note, rencontre d'autres Français dans la soirée. Puis, épuisé après deux panachés, encore fatigué par ma syncope de l'avant-veille, je file à l'hôtel poursuivre ma convalescence.



Mercredi 13 mai. Working poor.

Depuis une semaine à San Francisco et toujours au chômage. Mes recherches d'emploi sont molles : un CV à l'Alliance, un autre à la librairie européenne, un coup de fils au Journal français, publication francophone insipide. Je ne me résous toujours pas à démarcher les restaurants où, presque à coup sûr, je devrais trouver un emploi. Je finis par travailler pour l'hôtel en échange de la gratuité de la chambre. Chaque matin, j'astique les salles de bains et la cuisine, en compagnie de deux Allemands, d’une Québécoise et d’une Chinoise, le tout sous la direction de Lion, un Français d'origine haïtienne.

Ce dernier est une petite vedette en France où il a tenu quelque quatrièmes rôles au cinéma et occupé des strapontins sur des plateaux télé. Le soir venu, il règne sur le comptoir du Baobab, un café-resto antillais dans la 19e rue. Dans cet hôtel, et pour quelques jours encore, loge également Tania, une Allemande établie depuis un an à San Francisco. Serveuse à la « Pizzeria Pirate » du coin de la rue, elle fait partie, comme Lion, de cette communauté des « faux papiers » de la côte Ouest. Je réalise rapidement que les serveurs, et surtout les barmans, sont les rois de la ville, tant leurs émoluments sous forme de pourboire atteignent des sommes astronomiques. La société américaine a érigé le principe du mérite jusqu'à l'absurde, et Lion ne me cache pas qu'il gagne plus qu'un médecin. Tania, pour sa part, emménage bientôt dans un appartement à 700 dollars de loyer mensuel. Les pizzas « pirates », contrairement aux yeux de la serveuse, n'ont pourtant rien d'inoubliables.



Mardi 17 mai. Papier à l'eau. 

Je déniche le Libé de la veille et notre papier sur le Cambodge. Cécile, dans son mail sur les retours, me fait part des félicitations de la conférence de rédaction et de nombreux lecteurs. Un encouragement bienvenu, car le même jour, j'apprends que mon papier sur la traversée en cargo ne sera pas publié (1). Frédérique D., la responsable des pages « voyages », avec qui je n'ai encore jamais travaillé, juge mon style « trop simple ». Je fais une croix sur cette rubrique.

 

(1) Suite au changement de responsable de cette rubrique à Libération, l'article sera publié un an après mon retour en France, le 22 décembre 2006.



Jeudi 18 mai. Les roues de l'infortune.

Tania a emménagé hier à l'angle de Market street et de la 6e rue. L'appartement au loyer « bon marché » a une contrepartie : elle partage le quartier avec les homeless de la ville. Une concentration de gueules cassées qui confère aux environs une ambiance d'apocalypse.

Du matin au soir, des fauteuils roulants déglingués, que leur occupant déplace avec la plus grande peine, sillonnent les trottoirs et la chaussée. Un gobelet plastique pendouille à l'extrémité d'un bras épuisé lorsque, de la tête généralement oblique, jaillit un incompréhensible murmure au passage du chaland. Il faut donner une cigarette, une pièce, ou presser le pas en feignant l'incompréhension. Entre ces fauteuils de misère évoluent sur leurs deux jambes, mais avec hésitation, des hommes et des femmes, le plus souvent noirs, épris de folie ou de boisson. Quelques-uns chantent, d'autres hurlent. Beaucoup se taisent, les yeux vitreux et la bouche édentée. La bave au coin des lèvres.

Au milieu de cette faune se déhanchent une dizaine de prostituées, se faufilant avec leurs clients entre les corps amochés, se glissant dans une allée plus sombre encore que la couleur de leur peau. Des caddies bourlinguent çà et là, sans qu'il soit possible de deviner qui retient qui, du chariot en métal ou de son propriétaire.

Sur les derniers mètres de Taylor street sont érigés deux petits autels, vénérés par quelques compagnons du supposé défunt. Tué sur place, à l'endroit même où se consument quelques bougies éclairant le dernier blouson du trépassé. Occis par la police, le crack, d'autres misérables ? Des odeurs d'égouts rivalisent avec les effluves d'urine. La mort pue à chaque mètre de macadam.

Descendre chez Tania est une épreuve, un voyage au bout de l'inhumanité.



Jeudi 25 mai. Bush de là.

Tout aussi accueillants que ceux de Los Angeles, les habitants de San Francisco sont également farouchement anti-Bush. La ville regorge de journaux progressistes et pacifiques, à la ligne éditoriale incisive. Suite à une superbe enquête, l'un d'eux, The Guardian Bay, a révélé l'existence d'une base secrète de l'armée US, perdue dans le désert de l'Ouest américain. La pugnacité des reporters californiens tranche avec l'auto-censure française, illustrée le jour même par un article de Libé sur les violences au Togo. Hormis une vague allusion aux amitiés coupables de Chirac avec le clan de feu Eyadema, aucune information ne vient rappeler les turpitudes des services secrets français dans ce pays depuis l'assassinat d'Olympio. La presse hexagonale reste étrangement silencieuse sur les exactions de sa « grande muette ».

La ville est aussi pleine d'activistes et de militants anti-guerre. Au moment le plus tendu entre l'Hexagone et les États-Unis, les Californiens ont été nombreux à faire un crochet par le consulat de France pour soutenir notre pays. « Il faut travailler avec eux, me confie un diplomate en poste à San Francisco. Il y a beaucoup de gens ici très éloignés des clichés véhiculés en France. À nous de ne pas mettre tous les Américains dans le même panier ».



Vendredi 27 mai. Vers le sud. 


Les États-Unis ne cessent de me surprendre. Mais la petite horloge du voyage a déjà bien tourné en terre californienne. Trois semaines à San Francisco, Boris déjà à Mexico. Il me faut faire un choix. Celui du départ. Invariablement.

Je croise (trop) rapidement Corinne, ex-collègue et amie en vacances dans les environs, fais mes adieux à la « Pizerria pirate », monte dans un bus pour Los Angeles, puis file dès le lendemain pour la frontière mexicaine.



Publié le 29/12/2006 à 04:44, dans 95. Etats-Unis, Université de la Californie du Sud
Mots clefs : San franciscoLos Angeles
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