Le Monde à l'usage
Tour du monde sans avion d'une durée de 17 mois d'un journaliste (Luc Peillon) et d'un photographe (Boris Naudin) en 2004 et 2005. Travail au gré des opportunités dans les pays traversés. Lauréat du concours de carnets de voyage Uniterre, édition 2007. Contact: lucpeillon (aro) yahoo.fr


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15. Mexique




Samedi 28 mai. Lost in transition.

Tijuana. Arrière-cour industrielle des États-Unis, point de rencontre entre un Nord à la recherche d'économies et un Sud en quête de survie. Plus d'un million de Mexicains, et surtout de Mexicaines, se pressent dans les maquiladoras du Nord du pays, ces ateliers d'assemblage où les entreprises américaines sous-traitent le vil travail manuel.

Je traverse ici la frontière dans la plus grande confusion. Je suis déjà au Mexique lorsque je réalise que je n'ai pas remis ma carte de sortie aux douaniers US. « Ce n'est pas mon problème », me répond le chauffeur de bus qui ne s'est pas arrêté au poste frontière américain. C'en est un pour moi, et d'importance, puisque à défaut de remplir cette formalité, je peux me voir refuser, ultérieurement, l'accès au territoire américain. Je dois laisser partir le bus, revenir sur mes pas, dénicher un douanier californien pour lui remettre mon coupon. Une heure plus tard, je suis de retour au Mexique, mais réalise cette fois-ci que je n'ai pas rencontré de douaniers mexicains. Je dois retrouver le poste-frontière et faire tamponner mon passeport. Mais après une nouvelle demi-heure d'errance, je ne sais plus exactement dans quel pays je suis, ni dans quelle direction me tourner. Je finis par dégoter une cabane d'aluminium où deux moustachus adipeux et désinvoltes me font payer 20 dollars un coup de tampon fatigué. Je peux m'en retourner au Mexique. Légalement.

 

Je ne fais qu’arpenter les premières rues de la ville avant de monter dans un bus pour quinze heures de route jusqu'à Guyamas, bourgade coincée entre le Pacifique et le désert mexicain. Je m'accorde quelques jours avant de rejoindre Mexico, où Boris, que j'ai quitté il y a quelques mois au Cambodge, se trouve depuis plus de deux semaines. Après un mois au Japon, il s'est envolé mi-mai pour Los Angeles et a descendu en trois jours le désert mexicain jusqu'à la capitale.



Mardi 31 mai. Guadalajara.

Je retrouve enfin, à Guadalajara, le Mexique découvert il y a cinq ans lors d'un premier voyage. Depuis le passage de la frontière, je n'avais croisé que de rustres Mexicains à la mâchoire soudée. Ici brille désormais le sourire de ce peuple chaleureux, toujours prêt à investir quelques minutes auprès d'un étranger curieux ou désorienté. Je passe quelques jours de repos dans cette ville, partage d'agréables moments avec la jeune équipe de la pension, participe au vernissage d'un groupe d'artistes contemporains et me compromets le soir avec quelques Mexicains et Québécois dans les bars de la ville. Mais déjà la capitale m'appelle. Les retrouvailles avec Boris, un reportage pour le Magazine, des soirées caliente dans le Sud de la ville. Je fais mon sac et mes adieux à la petite bande francophile de l'auberge de jeunesse. Huit heures de bus me séparent de Mexico. J'arriverai en fin d'après-midi dans la plus grande ville du monde.



Vendredi 3 juin. Mexico. 


Les yeux en direction d'une improbable plaque de rue, le dos ruisselant de sueur, la gorge sèche et les épaules cisaillées par les lanières de mon sac, je marche au bord de la chaussée à la recherche de l'edificio 23. Un microbus m'a déposé à l'arrêt « Las bombas », et j'ai l'ennuyeux sentiment d'avoir épuisé toutes les indications de Boris concernant l'adresse de son ami censé m'héberger. J'en suis à envisager une retraite dans un hôtel du centre-ville quand soudain une main invisible saisit mon épaule. Je me retourne. C'est Boris. Nous nous retrouvons après quatre mois de séparation.


Deux cockers me font la fête lorsque je pénètre dans l'appartement d' « el Negro ». Ce seront, durant les trois prochaines nuits, mes compagnons de chambrée, avec qui je devrai partager le canapé du salon, sous le regard mortifié d'un Jésus accroché à sa croix et au mur. Boris loge quelques rues plus loin, chez Fido, un autre de ses amis rencontrés huit ans plus tôt, lors de son premier séjour de trois ans au Mexique.

Nous discutons, le soir même, de la suite du voyage et des projets à venir. Notre présence dans ce pays, un peu moins étranger que les précédents, est l'occasion pour Boris de démarcher des revues mexicaines pour ses photos. Nous prévoyons également un reportage pour le Magazine sur la situation sociale du Mexique, à un an des prochaines présidentielles. Manuel Lopez Obrador, candidat du PRD, a de fortes chances de devenir le premier président de gauche de l'histoire du pays, et de bouleverser un peu plus encore le paysage politique de l'Amérique Latine. Après Lagos au Chili, Chavez au Venezuela et Lula au Brésil, la victoire du maire de Mexico pourrait mettre à rude épreuve les nerfs du secrétariat d'État américain.

Quant à la suite du voyage, nous tombons rapidement d'accord : la Patagonie nous fait tous les deux rêver. Reste à savoir comment descendre les 15 000 kilomètres jusqu'à la Terre de Feu. En voiture, proposé-je.

Reste maintenant à trouver le véhicule.



Mercredi 8 juin. Cocotte-minute.

J'entame ma tournée d'entretiens par le traditionnel passage à l'ambassade de France. Comme à chaque fois depuis le début du voyage, je suis reçu par un personnel compétent, qualifié et disponible. Je repars avec quelques contacts, suffisamment pour initier le fil des rendez-vous.

Le Mexique m'apparaît rapidement comme un château de cartes économique érigé en terre sismique. Institutions bloquées, corruption généralisée, personnel politique étranger à toute culture du compromis et dont les représentants au sein d'un parlement sans majorité claire emploient leur unique mandat à « tirer » tout ce qu'ils peuvent de leur situation bénie. L'État vit du pétrole de la Pemex, la poule aux oeufs d'or noir, compagnie nationale aux finances ultra-sollicitées par un gouvernement incapable de recouvrer l'impôt. La population, de son côté, vit pour 40% en dessous du seuil de pauvreté et pour 16% dans le dénuement le plus total. Plusieurs millions de Mexicains ont émigré aux États-unis, d'où ils renvoient une large partie de leurs revenus – 16 milliards de dollars en 2004 – désincitant parfois des familles entières à rechercher du travail. D'autres, surtout des femmes, transpirent dans les maquiladoras, ces ateliers d'assemblage sans valeur ajoutée, très sensibles aux crises économiques et aujourd'hui concurrencés par des Chinois toujours moins chers. La première économie d'Amérique Latine reste accrochée aux États-Unis, comme un enfant incapable de s'émanciper, et dans un réflexe freudien ne cesse de refouler ce père indispensable. Les gringos sont honnis mais c'est chez eux que l'on va travailler. Les Américains sont méprisés, mais ce sont eux, encore, effrayés par la menace d'un Mexique en faillite, qui déversèrent des dollars par milliards sur le pays suite à la crise de 1994.

Les riches sont très riches, les pauvres très nombreux, les narcos très puissants et le crime très organisé. La cocotte-minute mexicaine se maintient à feu doux, gardant sous pression 60% de ses moins de trente ans, la plupart vivant chez leurs parents faute de revenus suffisants. « Si rien ne change au cours du prochain mandat, le risque d'une explosion sociale pourrait devenir réalité », prédisent plusieurs de mes interlocuteurs. Moi je ne vois pour l'heure que des regards abattus, des sourires polis de jeunes gens exaspérés. Mais une vraie frustration qui ne demande qu'à s'exprimer.


 
Lundi 13 juin. Distrito federal.

À perte de vue, la ville s'étire sous un brouillard de pollution. Mexico, trente millions d'habitants, première concentration urbaine de la planète. Trente millions de citadins qu'il faut loger, transporter, nourrir, vêtir et divertir. Trente millions de métissés, aux cheveux noirs ou châtains, aux yeux clairs ou foncés, à la démarche rythmée par les airs de cumbia qui partout dans la ville s'écrasent sur des tympans forcément consentants. C'est l'Amérique latine qui ouvre ici son cœur, son corazon omniprésent dans chacune de ses chansons. C'est la plainte du rire et des larmes, de la danse et de l'oubli. C'est la joie de vivre et de mourir.

Mexique dansant, Mexique violent, où chaque jour se lève sur sa longue nuit de meurtres, de petits dealers exécutés, de hauts responsables assassinés, de femmes battues à mort. Mexique comédien, où la police fait semblant d'enquêter, la justice de juger, la population de rire parce qu'il n'y a plus rien d'autre à faire. Mexique théâtral, aux coulisses saturées d'intrigants, de souffleurs embusqués pour acteurs corrompus. Mexique aux enfants oubliés, aux indigènes délaissés. Mexique vibrant, chaleureux, injuste.

 


Samedi 25 juin. Mexicomo.

Un petit chaperon rouge en bas résille traverse la place d'un pas hésitant. Deux ouvriers « Village people » discutent avec Batman nu sous sa peinture noire, un cow-boy aux seins visibles s'entretient avec un pilote de ligne au torse découvert. Un ange passe, sous le regard médusé d'un vrai flic grignotant ses chips.

Midi trente. Métro Insurgentes. La Gay-Pride mexicaine s'apprête à traverser la capitale. « Notre amour n'est pas illégal », indique la pancarte de tête tenue par deux filles aux cheveux courts, qui se jettent des regards de braise par-dessus l'écriteau. Plus loin, la « Santa Muerte » s'affiche le crâne recouvert d'un ruban arc-en-ciel, suivi par des chrétiens, des Aztèques, des sombreros, des purs moustachus au ventre avantageux, des anges roses en troupeau et deux sourds à l'accent gestuel gay prononcé. Quelques mètres derrière marche un homme parfaitement nu, une cagoule noire sur le visage et une inscription sur le torse : « Armée zapatiste, nous sommes avec toi ». Le défilé défile, des familles s'attardent en curieux sur le bas-côté. Une dizaine d'éboueurs, assis au sommet de leur camion, le corps coincé sur un tas d'ordures, scrutent la marche gay d'un air amusé. Les ouvriers du chantier voisin font de même, perchés sur leur tractopelle, les yeux ronds posés sur des travestis extravertis.

Comme à Paris, Berlin ou Lisbonne, les gays et lesbiennes revendiquent dans la joie et en musique. Mais au Mexique encore, on assassine les homosexuels.

 


Lundi 27 juin. Piétons. 

Nous avons terminé le reportage et envisageons un départ dans une semaine pour la côte pacifique. Nos ambitions d'automobilistes s'envolent au judicieux rappel, par un confrère et ami basé au Pérou, de l'existence de nombreux barrages des Farc sur les routes colombiennes, dont les activités bénévoles de sécurité routière ne se limitent pas au seul contrôle de la vitesse ou du taux d'alcoolémie des chauffeurs, qui plus est français, dans une voiture aux plaques mexicaines. Par ailleurs, la panaméricaine s'interrompant au droit de la frontière Panama-Colombie, nous devrons poursuivre quelques heures en bateau. Sûrement serons-nous amenés à payer le prix de la voiture pour son transport. Nous remettons notre projet d'indépendance motorisée à notre arrivée en Amérique du Sud.

 


Mardi 28 juin. Comédie dans les cordes.

Rien ne sied mieux au peuple mexicain que la lucha. La lutte, ce combat entre athlètes corpulents et masqués, criant sur le ring en feignant les coups. Ce soir, nous nous mêlons à la petite foule des familles moyennes assises sur les gradins d'un quartier malfamé. Il est 20 heures. L'entrée des athlètes déclenche l'hystérie du public. Les hommes jurent, les femmes rigolent, les gosses trépignent. Les gladiateurs sautent sur le ring, le corps gras et le visage recouvert d'un masque aux couleurs vives. Ils s'insultent, se frappent grossièrement à la tête ou dans le dos, tapent du pied sur le sol pour faire sonner les coups. Ils se lancent les uns sur les autres, se plaignent de l'adversaire, prennent à partie un public ravi de cette interactivité déguisée. Les gamins, en transe dans les tribunes, arborent le masque de leur vedette, hurlent à l'entrée triomphale de leur star sur la scène.

L'arbitre fait semblant d'arbitrer, le lutteur de lutter, le public de s'extasier. La lucha, c'est le Mexique dans toute sa sincérité.



Mercredi 29 juin. Tour à tour.

La tour de Pise peut aller se rhabiller. À Mexico, pas un clocher n'est droit. L'un penché dans un sens, l'autre à sa rencontre, qui semblent vouloir se rejoindre pour se toucher, regarder une tour voisine ou nous souhaiter la bienvenue. Le sol des bâtiments ondule et parfois tous ses murs avec lui. L'ex-église Térésa est une vraie pente, et lorsque nous nous y rendons pour des inaugurations, le vertige nous gagne après deux verres seulement. Mexico fut érigée sur un lac et son sous-sol s'en ressent, confortée dans son aversion pour la verticalité par les derniers tremblements de terre.

 

Nous logeons depuis bientôt un mois à l'hôtel Buenos Aires, dans le centre historique. Un grand immeuble entourant une longue cour intérieure bardée de fleurs et recouverte d’une verrière. Au rez-de-chaussée, dans l’entrée donnant sur la rue, s’est niché un vendeur de quesadillas. Il faut ainsi se faufiler entre ses clients et son installation chaque fois que nous entrons ou sortons de l‘hôtel. Nous y déjeunons régulièrement, assis sur un banc lui-même posé dans cet étroit couloir. Au rez-de-chaussée toujours, un ensemble de canapés dépareillés accueillent quelques clients, mais surtout et le plus souvent, quatre ou cinq policiers en uniformes, somnolant, le regard vaguement perdu sur un téléviseur.

 

Nous sommes également à dix minutes à pieds de la place Garibaldi, repère de mariachis, ces musiciens impeccablement vêtus de vestes noires moulantes et de chemises blanches froufroutant au col. Le soir venu, l'endroit abrite une joyeuse cacophonie de sérénades, jouées par ces musiciens populaires qui, les uns à côté des autres, se produisent devant les touristes pour 50 pesos la chanson. Les guitares, trompettes, violoncelles et voix humaines résonnent partout sur la place où vont et viennent, en tous sens, les musiciens et les visiteurs, dans un savoureux mélange de notes perdues et de sourires.



Jeudi 30 juin. Effet Téquila.

Ils tirent, ils poussent, se frayent un chemin dans la foule, le dos courbé par la charge, les yeux rivés sur le sol cahoteux. Le père en avant, la mère sur le côté, le fils derrière pour prévenir la chute, toute la famille entoure la petite carriole de marchandises qui sursaute sur les pavés du centre historique. Mexico, fin d'après-midi. Comme des milliers d'autres, une équipe d'ambulants vient de plier bagage. La journée de travail est terminée, il faut remiser le trésor jusqu'à demain. Demain encore il faudra crier, attirer le chaland, fuir la police, installer et défaire la marchandise pour quelques pesos mexicains. On les appelle les informels, ces millions de familles qui ont basculé dans le travail au noir au cours des années 80, symbole d'un pays au développement vicié par les programmes des agences internationales.

Car le Mexique a servi de cobaye au FMI. Pris en étau entre la chute du prix du pétrole et la hausse du billet vert, le pays frôle la banqueroute en 1982. Les experts du Fonds débarquent. Ils ont la solution, qui inspirera les futurs et redoutés « plans d'ajustements structurels » : privatisations, baisse des dépenses sociales, réduction de la sphère d'intervention étatique. À peine douze ans plus tard, le bon élève du néo-libéralisme naissant rechute de plus belle, et nécessite une nouvelle intervention du FMI et des États-Unis, en même temps que l'Alena crée une zone de libre-échange en Amérique du Nord. L'actuel président Vicente Fox, ancien responsable de Coca-cola au Mexique, finit aujourd'hui de « vendre le pays aux Américains », les chiffres macro-économiques sont bons, les prêteurs sont rassurés, et quarante millions de Mexicains survivent sous le seuil de pauvreté.



Lundi 4 juillet. Voiture.

Toujours à Mexico. Nous avons quitté l'hôtel pour l'appartement d'un ami de Boris. La grande nouvelle aujourd'hui, c'est que nous avons changé d'avis : nous allons devenir propriétaire d'une voiture. Après négociations, un grand père et son fils nous cèdent pour 7000 pesos (500 euros) un véhicule qui, d'extérieur, a tout d’une épave. Mais le moteur est bon et les freins seront réparés demain. Une autre soudure pour empêcher la roue avant gauche de nous quitter prématurément et nous en serons quittes pour 9000 pesos. La route devrait être sans embûches administratives jusqu'à Panama, pays où nous devrons embarquer le véhicule sur un cargo pour rejoindre la Colombie. Reste l'inconnu équatorien, qui exige un onéreux carnet de passage. Au pire devrons-nous vendre la voiture ou trouver refuge au Venezuela. Avec, cette fois, un autre défi : traverser l'Amazonie.


Mardi 5 juillet. Cash.
 

Nous avons étalé les billets sur la table du vieux. Le fils a recompté avec un sourire non contenu qui nous a peu rassurés. A-t-on fait une bonne affaire ? Trop tard. Nous signons les papiers sur un coin de table et filons chez le garagiste suivre l'avancée des travaux. Les freins sont réparés mais la soudure ne convient pas. Le carrossier a bâclé son travail, nous exigeons qu'il recommence. La discussion est un peu animée et je retiens Boris par la manche lorsque le soudeur enfin cède. Nous sommes bons pour revenir demain.



Mercredi 6 juillet. Mexicano.

Enfin au volant. Il est 16 heures et nous quittons le quartier du garagiste. Aucun des clignotants ne fonctionne, nous nous arrêtons chez un électricien auto. Pas de roue de secours dans le coffre, nous faisons halte chez un vendeur de pneumatiques. Las, nous renonçons face à l'atonie de la jauge d'essence. Mais soudain nous entendons mille bruits étranges. Boris croit reconnaître un problème de cardan, sans pouvoir cependant définir, ni sa place, ni sa fonction. Je soupçonne pour ma part un simple claquement de tôle, mais le tintamarre de la portière avant gauche déglinguée empêche mon ouïe d'isoler le bruit indiqué. Bientôt toute la voiture tremble et nous ne savons plus où donner de l'inquiétude. De retour à la Condesa, notre nouveau quartier d'habitation à Mexico, je glisse une main sous l'une des deux tiges fixant la roue avant droite. « Il y a du jeu dans la barre de direction », dis-je, en retirant mes doigts noirs de crasse de sous la tôle effritée. Nous nous regardons, hésitons quelques instants, puis remontons aussitôt dans la voiture. Direction : le garagiste.

 

Peine perdue, le centre d'alignation, seul compétent aux dires incontestables de notre artisan, est fermé. Nous reviendrons demain à la première heure.



Jeudi 7 juillet. Pesitos. 

Encore 1500 pesos pour la direction, le prix de la survie dans les tournants guatémaltèques. Le pot d'échappement à son tour nous inquiète, qui désormais ronfle comme un vieux Boeing. Mais celui-ci attendra.



Dimanche 10 juillet. Prêt.

Nous parcourons le marché Tuguin à la recherche d'un cric et de quelques outils. Le quartier est pauvre. La chaussée défoncée. Les lignes haute-tension grésillent au-dessus de nos têtes. Les marchands proposent à même le sol les articles les plus hétéroclites. Nous dénichons une paire de pince, une clé de 12 et de 14, un burin en métal et un vieux cric dont nous ignorons tout des réelles capacités d'élévation. Nous sommes désormais parés pour la route, que nous prendrons tôt demain matin, après un dernier détour par le bureau de la delegacion afin d'officialiser notre titre de propriété. Première étape prévue à Oaxaca, à huit heures de tournants de Mexico, avant de rejoindre Chacaoua, en bordure du Pacifique, pour quelques jours de vagues bien mérités.

 

Le reportage est terminé. Nous n'envisageons pas de travailler avant la Bolivie, pays secoué depuis plusieurs mois par une crise sociale qui a manqué de dégénérer en guerre civile ces dernières semaines. Le mouvement est mené par le leader des cultivateurs de coca, les cocaleros, qui a su se hisser au second tour du dernier scrutin présidentiel. Si l'opportunité nous est offerte de visiter ces paysans, nous ferons volontiers cette escale bucolique.



12 juillet. Un an. 

Un an aujourd'hui que nous sommes partis de France. Un an de traversée de l'Europe de l'Est, du Moyen-Orient, de l'Asie, de l'océan Pacifique et de l'Amérique du Nord. Près de 50 000 kilomètres depuis Paris et toujours sans avion. Une demi-douzaine de reportages vendus, des milliers de photos en stock pour Boris, cent cinquante pages de carnet de voyage de mon côté : nous remplissons plus ou moins nos objectifs professionnels.

Un an aujourd'hui et une petite nièce en plus. Inconnue. Un an et le sentiment que la France change en mon absence. Un an de routes, de chemins de fers et de voies maritimes. Un an de rencontres et de séparations, d'arrivées et de départs. Un an de plaines, de déserts, de forêts, de mers, de capitales et de villages, de trains poussifs et de bus fatigués, d'hôtels bon marché et de restaurants populaires.

Un an et le voyage s'installe. Le nomadisme prend racine. Bouger devient une nécessité autant qu'une habitude. Les kilomètres défilent, qui avalent les méridiens, s'égarent sous les parallèles et dévorent les fuseaux horaires. La Terre tourne et nous tournons avec elle. Nous irons dans ce pays que l'on appelle le nôtre. Bientôt, mais pas encore.



13 juillet. Mauvaise pioche.

D'ultimes problèmes administratifs nous ont empêchés de partir lundi. La voiture ayant interdiction de rouler le mardi, nous repoussons notre départ à jeudi. Nous apprenons, par ailleurs, que la traversée des frontières jusqu'à Panama ne sera pas aussi aisée que nous l'espérions. Le Costa-Rica aurait imposé depuis peu un contrôle technique des véhicules à ses frontières et le pays qui le précède sur notre route en interdit la vente sur son territoire. Nous risquons de ne pourvoir aller plus loin qu'au Nicaragua sans pour autant être autorisés à y céder la voiture. Un casse-tête nous attend en Amérique centrale qui nous fait presque regretter notre acquisition. « Go and see » est la formule sur laquelle nous tombons finalement d'accord.


Jeudi 14 juillet. 

Amortisseurs avant. Huit cents pesos. Départ repoussé à samedi. Journée blanche. Pour la troisième fois en quinze jours, je fais mes adieux à Maryell, petite souris mexicaine et francophile.



Samedi 16 juillet. Faux départ.

Arriverons-nous à quitter Mexico ? Lundi, nous devrions être partis, comme depuis deux lundis déjà. Mais nous ne sommes plus sûr de rien. Arriverons-nous seulement à Oaxaca ? Nous nous rassurons comme nous pouvons sur l'état de notre guigne. Car notre mésaventure mécanique, a contrario, met en relief l'absence d'autres soucis depuis notre départ. En un an, excepté le vol de mon téléphone portable et d'une centaine d'euros au Vietnam, et d'une somme équivalente pour Boris au Cambodge, nous n'avons subi aucun autre souci matériel. Nous avons parcouru les trois-quarts de la planète en sac à dos sans connaître d'agression, de perte ou de vol important. Certes, l'Amérique Centrale et du Sud nous attendent, qui peuvent nous réserver quelques désagréments. Mais jusqu'alors, nous avons croisé un monde peu hostile aux voyageurs.


Mardi 19 juillet. 

Demain est un bon jour pour quitter Mexico. La voiture semble d'accord et nous ne voulons pas lui laisser le temps de changer d'avis. Nous prendrons la route aux premières heures du jour. Plus de cinq cents kilomètres sur les routes mexicaines devraient constituer un bon test pour le véhicule.



Mercredi 20 juillet. Sur la route. 

C'est notre hôte qui nous réveille ce matin. Il est 10 heures et nous sommes toujours au lit. Nous sautons sur nos pieds en maudissant le portable resté silencieux, invitons Gabriel à un petit-déjeuner dans le quartier, puis filons sur le périphérique en direction de Oaxaca. Nous quittons enfin la capitale, après un mois et demi de vie chilanga.


Nous conduisons avec prudence sur la nationale qui rapidement serpente dans les montagnes. Nous sommes attentifs à chaque grincement de tôle, mais la voiture semble tenir. À 17 heures, cependant, nous réalisons que nous n’avons parcouru que la moitié du trajet. La pluie arrive, suivie de la nuit. Les essuie-glaces épuisés crissent avec peine sur le pare-brise taché, avant de s'arrêter tout à fait. Les phares éclairent parfaitement les étoiles qui n'en demandaient pas tant. Nous roulons à trente à l'heure, puis plus du tout. A la première station essence, nous sacrifions un essuie-glace pour soulager l'autre et réglons les lumières sur la chaussée.

Nous sommes à nouveau sur la route depuis une heure lorsque deux gros chiens nous escortent en aboyant. La main sur le klaxon pour les faire fuir ne produit qu'un faible bruit. L'avertisseur se meurt. Puis les phares déclinent à leur tour. La voiture ralentit. Quelques kilomètres plus loin, Boris profite des derniers souffles du moteur pour nous parquer sur le bas-côté, au centre d'un hameau providentiel. La clé tournée dans le démarreur ne produit qu'un vague « tac tac ». La fée électricité nous a abandonnés. Après quelques minutes d'impuissance penchée sur le moteur, nous rabattons les sièges avant. Nous dormirons ici, dans ce village inconnu, d'un sommeil plein d'incertitudes sur le lendemain.



Jeudi 21 juillet. Oaxaca. 

Je relève la tête au niveau de la vitre. Une église, quelques baraques, des taxis stationnés en bordure de la route. Boris se réveille, me regarde, puis d'un mouvement sans espoir actionne la clé sous le volant. Sans résultat. Nous nous extrayons courbaturés du véhicule. Dépités.

Un vieux chauffeur de taxi nous accoste, à qui nous faisons part de notre désarroi. L'homme glisse une tête sous le capot, touche quelques fils, puis nous grommelle de remettre le véhicule sur la route. À trois nous poussons la Datsun sur la chaussée, et la première enclenchée, je relève l'embrayage qui réveille le moteur dans un ronronnement salvateur. Nous nous répandons en muchas gracias sur le vieux, puis sautons dans la voiture. La route peut continuer, qui zigzague dans une brume envoûtante sur la crête des montagnes. En trois heures, nous rejoignons Oaxaca, où nous déposons nos affaires chez un hippie allemand censé nous héberger, puis filons au marché nous gaver de quesadillas au fromage et de sauterelles salées. Nous achetons également du Mescal, un alcool fort où baigne un ver régional, et une scie à métaux.



Vendredi 22 juillet. 4x4.

Après une douloureuse nuit sur la dalle en béton de notre hôte germanique, nous reprenons le chemin de la plage. Il est 9 heures et nous disposons de la journée pour parcourir les deux cent cinquante kilomètres de montagnes jusqu'à la côte Pacifique.

Dès les premiers tournants, la carrosserie frotte à nouveau sur la roue avant gauche en déchirant le pneu. Ce problème récurrent nous avait valu de nouveaux amortisseurs à Mexico. Insuffisant. Nous stoppons sur le bas-côté et scions l'aile sur plusieurs centimètres, ajoutant un peu plus à l'allure stop-car du véhicule. Nous poursuivons dans les montagnes verdoyantes au-dessus de Oaxaca, longeons quelques champs labourés par des charrues accrochés à des bœufs, évitons ânes et chiens errants au centre de la chaussée. La route n'est bientôt qu'une courbe épousant la paroi, parsemée de trous que nous esquivons à grands coups de volant. L'après-midi en est à son milieu quand au village de Quijaqa la voie marquée de jaune sur la carte se révèle être un chemin de terre. Nous hésitons, mais renoncer nous obligerait à deux heures de retour en arrière. Nous avançons à 20 km/h, tentant de soulager des amortisseurs déjà fortement sollicités. Après une heure de piste, parcourue sur trois ou quatre kilomètres, le sol humide se dérobe sous les pneumatiques. Le châssis est coincé. Les roues tournent dans le vide. Nous ne pouvons plus avancer, ni reculer. Nous sommes coincés pour de bon.

Par une chance toute mexicaine, un camion surélevé nous colle depuis quelques tournants. Il n'a pas le choix, il doit nous déloger, sous peine de ne pouvoir continuer sa route. Nous creusons la piste, y calons de grosses pierres, attachons l'arrière de la Datsun au camion tout-terrain qui en marche arrière et en quelques secondes délivre notre épave de son piège de boue. Nous reprenons le chemin dans l'autre sens jusqu'au village, puis la route jusqu'au croisement. Deux autres heures nous emmènent jusque sur la côte Pacifique. Mais il fait nuit. Nous ne pourrons atteindre Chacaoua ce soir. Nous garons la voiture épuisée sur une plage. Après de longues minutes et quelques gorgées de Mescal à observer la lune se refléter sur les vagues déchaînées de l'océan, je tends mon hamac entre deux cocotiers. Boris se cale dans la voiture.

 


Le voyage détruit, écrivait Nicolas Bouvier. Le corps tout d'abord, négligé, sous-alimenté, alcoolisé, fatigué, oublié. L'esprit, ensuite. Confus, troublé, à l'épreuve d'incessants changements, stimulé par la rencontre, déchiré par la séparation. Quel masochisme pousse donc le voyageur à parcourir le monde ? Se construire des souvenirs, du passé en concentré ? Une besace d'images où puiser à l'automne de sa vie ? Pour l'heure c'est l'été et le soleil de l'existence cogne durement.



Samedi 23 juillet. Paradis.

Nous longeons la côte depuis une heure lorsque apparaît la lagune de Chacaoua. « Réserve naturelle » s'étirant sur plusieurs kilomètres, rouverte sur la mer par un étroit goulot depuis le dernier ouragan, elle abrite toutes sortes d'oiseaux exotiques et de poissons frétillant à la surface de l'eau. Nous laissons la Datsun au parking de l'embarcadère et montons à bord d'une grosse barque à moteur pour trente minutes de traversée jusqu'au village : Chacaoua, isolé au milieu du sable, coupé du reste du continent.

 

Les hommes ici ont la peau noire. Descendants d'anciens esclaves réfugiés sur la côte Pacifique, ils étaient autrefois pêcheurs, aujourd'hui tenanciers de cabanons pour jeunes vacanciers mexicains. Ils jettent encore le filet dans l'après-midi, mais le cœur n'y est plus. Le tourisme est néanmoins modeste et les installations hôtelières des plus rudimentaires. Le village a été préservé, dont le mode de vie des habitants semble éternel. La lenteur préside à tous les mouvements, le calme à tous les échanges verbaux, avec une voix si faible et si souvent recouverte par le bruit des vagues que leurs auteurs semblent converser en se lisant mutuellement sur les lèvres. Les hommes vivent en harmonie avec les animaux, dont le comportement n'en est pas moins affecté par la douceur du Pacifique. Les chiens se vautrent sur le sable dans les positions les plus saugrenues, les chats se répandent sur le sol, les dindons se dandinent, les poules sont silencieuses, et les coqs plongés dans un étrange mutisme. Le soir venu, les crabes envahissent la plage en menaçant mollement de leurs pinces dressées au ciel quiconque s'approche d'un peu trop près. Seuls les pélicans ont assez d'énergie pour fendre l'océan d'un plongeon sec et précis en direction de leur proie. Mais pour le reste du règne animal, homme compris, la vie tourne au ralenti.

Mille habitants, sept voitures, quelques chemins de terre, un haut-parleur grésillant les messages personnels échouant sur l'unique téléphone: Chacaoua fait dans le minimalisme. Un bonheur pour les quelques touristes en quête de sérénité, un ennui mortel pour les jeunes du village. Une quinzaine d'entre eux ont encore fui cette année aux États-Unis, traversant la frontière clandestinement, délaissant la lagune paradisiaque et la profession de pêcheur. Ceux qui n'ont pu partir vendent de l'herbe aux chilengos, plutôt que de lancer la chaloupe à la mer, condamnant le village entouré de poissons à en importer. Les vieux se lamentent, les jeunes se taisent. Et tous les hamacs de l'île se balancent dans un même mouvement rythmé par le ressac de l'océan.



Mercredi 27 juillet. Mazunte. 

La barque nous dépose sur le continent après cinq jours passés à errer du hamac à la mer et inversement. Sur le parking, une mauvaise surprise nous attend : la vitre avant gauche de la Datsun a été brisée. Nous maudissons quelques instants les sauvageons locaux, puis repartons sur la route côtière, cheveux au vent. À la première pause-épicerie, la voiture refuse de repartir. Nous poussons le véhicule sans succès. Un détenteur de pinces traîne opportunément dans les environs, qui en rechargeant la batterie nous sauve provisoirement. Mais il est déjà tard et nous nous laissons choir après deux heures de route sur la plage de Mazunte où d'heureuses rencontres nous font danser jusque tard dans la nuit sur les rythmes de salsa et de cumbia.



Jeudi 28 juillet. San Mateo del Mar.

Nous reprenons la voiture tôt ce matin. La côte vue de la route surélevée est d’une parfaite trichromie : le bleu de la mer, le blanc du sable et le vert de la végétation. Aucune présence humaine sur ces plages qui, à perte de vue, bordent les derniers kilomètres de l'État de Oaxaca. Ce soir nous choisissons un village isolé entre la lagune et l'océan, accessible par un chemin de terre sans issue : San Mateo del Mar. L'accueil des autochtones est prudent. La mairie peut nous héberger, mais un flic doit venir nous interroger. Nous faussons compagnie au policier qui se fait attendre et optons pour une chambre chez l'habitant.

Frappé par un violent orage le soir, le village est la proie du vent le lendemain. Un souffle incessant s'engouffre dans les rues où, courbés vers le sol, les villageois vont et viennent dans un mutisme imposé. La lagune est de toute beauté, presque irréelle. Le vent déchaîné provoque une multitude de vaguelettes à la surface de l'eau, sur laquelle naviguent avec peine de frêles embarcations. Un radeau flanqué d'une voile de fortune longe la côte. Des pêcheurs sur le rivage replient leurs filets. Et ce vent, encore, d'une force inouïe, qui monopolise l'espace sonore, supplante les autres bruits, claque dans les oreilles et oblige les yeux à se plisser. Nous quittons en fin de matinée ce village du bout du monde pour Puerto Arista, dernière étape côtière avant de bifurquer sur le Chiapas.



Samedi 30 juillet. San Cristobal de las Casas.

« Tiene un vidrio para este coche, un Datsun de dos puertas ? ». Sur la route qui remonte dans les terres, nous visitons toutes les casses de voitures. Mais nul n'a la perle rare. La vitre avant gauche de Datsun, modèle 82, est introuvable. Nous tentons même d'acheter celle d'une épave stationnée dans un jardin, mais sa propriétaire refuse la petite fortune que nous lui proposons. Nous guettons tous les véhicules en bordure de la route, envisageons quelques instants un raid nocturne, puis remontons finalement vers San Cristobal de las Casas, le visage fouetté à chaque tournant par une pluie fine et fraîche.

Capitale historique du Chiapas, la ville a su restaurer, sans en briser le charme, ses maisons basses aux façades multicolores. Des bâtiments au ras du sol, couvés par un ciel si bas qu'il semble en interdire la construction de plus élevés. La région fut aussi le théâtre du soulèvement zapatiste qui, dix ans plus tôt, avait rassemblé les premiers altermondialistes des quatre coins de la planète. Une décennie plus tard, le problème reste entier, et les indigènes persistent dans leur monopole de la pauvreté. Une certaine autonomie de gestion est en place au niveau local, mais qui n'a pas empêché le sous-commandant Marcos de lancer il y a deux semaines une « alerte rouge ». Le gouvernement fédéral a envoyé quelques troupes. Les Zapatistes ont écrit dans les journaux. Statu quo.



Jeudi 4 août. Veillée d'armes. 


Nous dormons cette nuit à la frontière. Le Guatemala nous fait face mais hors de question de rouler de nuit. Les attaques diurnes sont déjà fréquentes. Se déplacer dans l'obscurité confinerait au suicide. Nous nous préparons à quitter le Mexique après plus de deux mois passés sur ses terres. Le Guatemala demain, premier pays d'une Amérique centrale que nous prévoyons de traverser en quelques semaines.

 



Publié le 28/12/2006 à 11:43, dans 96. Mexique, Mexico
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