Le Monde à l'usage
Tour du monde sans avion d'une durée de 17 mois d'un journaliste (Luc Peillon) et d'un photographe (Boris Naudin) en 2004 et 2005. Travail au gré des opportunités dans les pays traversés. Lauréat du concours de carnets de voyage Uniterre, édition 2007. Disponible en ebook sur Amazon: https://www.amazon.fr/dp/B077H6SWTD/ref=sr_1_324?s=books&ie=UTF8&qid=1510850870&sr=1-324&keywords=%22tour+du+monde%22 Contact: lucpeillon (aro) yahoo.fr


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15. Mexique




Samedi 28 mai. Lost in transition.

Tijuana. Arrière-cour industrielle des États-Unis, point de rencontre entre un Nord à la recherche d'économies et un Sud en quête de survie. Plus d'un million de Mexicains, et surtout de Mexicaines, se pressent dans les maquiladoras du Nord du pays, ces ateliers d'assemblage où les entreprises américaines sous-traitent le vil travail manuel.

Je traverse ici la frontière dans la plus grande confusion. Je suis déjà au Mexique lorsque je réalise que je n'ai pas remis ma carte de sortie aux douaniers US. « Ce n'est pas mon problème », me répond le chauffeur de bus qui ne s'est pas arrêté au poste frontière américain. C'en est un pour moi, et d'importance, puisque à défaut de remplir cette formalité, je peux me voir refuser, ultérieurement, l'accès au territoire américain. Je dois laisser partir le bus, revenir sur mes pas, dénicher un douanier californien pour lui remettre mon coupon. Une heure plus tard, je suis de retour au Mexique, mais réalise cette fois-ci que je n'ai pas rencontré de douaniers mexicains. Je dois retrouver le poste-frontière et faire tamponner mon passeport. Mais après une nouvelle demi-heure d'errance, je ne sais plus exactement dans quel pays je suis, ni dans quelle direction me tourner. Je finis par dégoter une cabane d'aluminium où deux moustachus adipeux et désinvoltes me font payer 20 dollars un coup de tampon fatigué. Je peux m'en retourner au Mexique. Légalement.

 

Je ne fais qu’arpenter les premières rues de la ville avant de monter dans un bus pour quinze heures de route jusqu'à Guyamas, bourgade coincée entre le Pacifique et le désert mexicain. Je m'accorde quelques jours avant de rejoindre Mexico, où Boris, que j'ai quitté il y a quelques mois au Cambodge, se trouve depuis plus de deux semaines. Après un mois au Japon, il s'est envolé mi-mai pour Los Angeles et a descendu en trois jours le désert mexicain jusqu'à la capitale.



Mardi 31 mai. Guadalajara.

Je retrouve enfin, à Guadalajara, le Mexique découvert il y a cinq ans lors d'un premier voyage. Depuis le passage de la frontière, je n'avais croisé que de rustres Mexicains à la mâchoire soudée. Ici brille désormais le sourire de ce peuple chaleureux, toujours prêt à investir quelques minutes auprès d'un étranger curieux ou désorienté. Je passe quelques jours de repos dans cette ville, partage d'agréables moments avec la jeune équipe de la pension, participe au vernissage d'un groupe d'artistes contemporains et me compromets le soir avec quelques Mexicains et Québécois dans les bars de la ville. Mais déjà la capitale m'appelle. Les retrouvailles avec Boris, un reportage pour le Magazine, des soirées caliente dans le Sud de la ville. Je fais mon sac et mes adieux à la petite bande francophile de l'auberge de jeunesse. Huit heures de bus me séparent de Mexico. J'arriverai en fin d'après-midi dans la plus grande ville du monde.



Vendredi 3 juin. Mexico. 


Les yeux en direction d'une improbable plaque de rue, le dos ruisselant de sueur, la gorge sèche et les épaules cisaillées par les lanières de mon sac, je marche au bord de la chaussée à la recherche de l'edificio 23. Un microbus m'a déposé à l'arrêt « Las bombas », et j'ai l'ennuyeux sentiment d'avoir épuisé toutes les indications de Boris concernant l'adresse de son ami censé m'héberger. J'en suis à envisager une retraite dans un hôtel du centre-ville quand soudain une main invisible saisit mon épaule. Je me retourne. C'est Boris. Nous nous retrouvons après quatre mois de séparation.


Deux cockers me font la fête lorsque je pénètre dans l'appartement d' « el Negro ». Ce seront, durant les trois prochaines nuits, mes compagnons de chambrée, avec qui je devrai partager le canapé du salon, sous le regard mortifié d'un Jésus accroché à sa croix et au mur. Boris loge quelques rues plus loin, chez Fido, un autre de ses amis rencontrés huit ans plus tôt, lors de son premier séjour de trois ans au Mexique.

Nous discutons, le soir même, de la suite du voyage et des projets à venir. Notre présence dans ce pays, un peu moins étranger que les précédents, est l'occasion pour Boris de démarcher des revues mexicaines pour ses photos. Nous prévoyons également un reportage pour le Magazine sur la situation sociale du Mexique, à un an des prochaines présidentielles. Manuel Lopez Obrador, candidat du PRD, a de fortes chances de devenir le premier président de gauche de l'histoire du pays, et de bouleverser un peu plus encore le paysage politique de l'Amérique Latine. Après Lagos au Chili, Chavez au Venezuela et Lula au Brésil, la victoire du maire de Mexico pourrait mettre à rude épreuve les nerfs du secrétariat d'État américain.

Quant à la suite du voyage, nous tombons rapidement d'accord : la Patagonie nous fait tous les deux rêver. Reste à savoir comment descendre les 15 000 kilomètres jusqu'à la Terre de Feu. En voiture, proposé-je.

Reste maintenant à trouver le véhicule.



Mercredi 8 juin. Cocotte-minute.

J'entame ma tournée d'entretiens par le traditionnel passage à l'ambassade de France. Comme à chaque fois depuis le début du voyage, je suis reçu par un personnel compétent, qualifié et disponible. Je repars avec quelques contacts, suffisamment pour initier le fil des rendez-vous.

Le Mexique m'apparaît rapidement comme un château de cartes économique érigé en terre sismique. Institutions bloquées, corruption généralisée, personnel politique étranger à toute culture du compromis et dont les représentants au sein d'un parlement sans majorité claire emploient leur unique mandat à « tirer » tout ce qu'ils peuvent de leur situation bénie. L'État vit du pétrole de la Pemex, la poule aux oeufs d'or noir, compagnie nationale aux finances ultra-sollicitées par un gouvernement incapable de recouvrer l'impôt. La population, de son côté, vit pour 40% en dessous du seuil de pauvreté et pour 16% dans le dénuement le plus total. Plusieurs millions de Mexicains ont émigré aux États-unis, d'où ils renvoient une large partie de leurs revenus – 16 milliards de dollars en 2004 – désincitant parfois des familles entières à rechercher du travail. D'autres, surtout des femmes, transpirent dans les maquiladoras, ces ateliers d'assemblage sans valeur ajoutée, très sensibles aux crises économiques et aujourd'hui concurrencés par des Chinois toujours moins chers. La première économie d'Amérique Latine reste accrochée aux États-Unis, comme un enfant incapable de s'émanciper, et dans un réflexe freudien ne cesse de refouler ce père indispensable. Les gringos sont honnis mais c'est chez eux que l'on va travailler. Les Américains sont méprisés, mais ce sont eux, encore, effrayés par la menace d'un Mexique en faillite, qui déversèrent des dollars par milliards sur le pays suite à la crise de 1994.

Les riches sont très riches, les pauvres très nombreux, les narcos très puissants et le crime très organisé. La cocotte-minute mexicaine se maintient à feu doux, gardant sous pression 60% de ses moins de trente ans, la plupart vivant chez leurs parents faute de revenus suffisants. « Si rien ne change au cours du prochain mandat, le risque d'une explosion sociale pourrait devenir réalité », prédisent plusieurs de mes interlocuteurs. Moi je ne vois pour l'heure que des regards abattus, des sourires polis de jeunes gens exaspérés. Mais une vraie frustration qui ne demande qu'à s'exprimer.


 
Lundi 13 juin. Distrito federal.

À perte de vue, la ville s'étire sous un brouillard de pollution. Mexico, trente millions d'habitants, première concentration urbaine de la planète. Trente millions de citadins qu'il faut loger, transporter, nourrir, vêtir et divertir. Trente millions de métissés, aux cheveux noirs ou châtains, aux yeux clairs ou foncés, à la démarche rythmée par les airs de cumbia qui partout dans la ville s'écrasent sur des tympans forcément consentants. C'est l'Amérique latine qui ouvre ici son cœur, son corazon omniprésent dans chacune de ses chansons. C'est la plainte du rire et des larmes, de la danse et de l'oubli. C'est la joie de vivre et de mourir.

Mexique dansant, Mexique violent, où chaque jour se lève sur sa longue nuit de meurtres, de petits dealers exécutés, de hauts responsables assassinés, de femmes battues à mort. Mexique comédien, où la police fait semblant d'enquêter, la justice de juger, la population de rire parce qu'il n'y a plus rien d'autre à faire. Mexique théâtral, aux coulisses saturées d'intrigants, de souffleurs embusqués pour acteurs corrompus. Mexique aux enfants oubliés, aux indigènes délaissés. Mexique vibrant, chaleureux, injuste.

 


Samedi 25 juin. Mexicomo.

Un petit chaperon rouge en bas résille traverse la place d'un pas hésitant. Deux ouvriers « Village people » discutent avec Batman nu sous sa peinture noire, un cow-boy aux seins visibles s'entretient avec un pilote de ligne au torse découvert. Un ange passe, sous le regard médusé d'un vrai flic grignotant ses chips.

Midi trente. Métro Insurgentes. La Gay-Pride mexicaine s'apprête à traverser la capitale. « Notre amour n'est pas illégal », indique la pancarte de tête tenue par deux filles aux cheveux courts, qui se jettent des regards de braise par-dessus l'écriteau. Plus loin, la « Santa Muerte » s'affiche le crâne recouvert d'un ruban arc-en-ciel, suivi par des chrétiens, des Aztèques, des sombreros, des purs moustachus au ventre avantageux, des anges roses en troupeau et deux sourds à l'accent gestuel gay prononcé. Quelques mètres derrière marche un homme parfaitement nu, une cagoule noire sur le visage et une inscription sur le torse : « Armée zapatiste, nous sommes avec toi ». Le défilé défile, des familles s'attardent en curieux sur le bas-côté. Une dizaine d'éboueurs, assis au sommet de leur camion, le corps coincé sur un tas d'ordures, scrutent la marche gay d'un air amusé. Les ouvriers du chantier voisin font de même, perchés sur leur tractopelle, les yeux ronds posés sur des travestis extravertis.

Comme à Paris, Berlin ou Lisbonne, les gays et lesbiennes revendiquent dans la joie et en musique. Mais au Mexique encore, on assassine les homosexuels.

 


Lundi 27 juin. Piétons. 

Nous avons terminé le reportage et envisageons un départ dans une semaine pour la côte pacifique. Nos ambitions d'automobilistes s'envolent au judicieux rappel, par un confrère et ami basé au Pérou, de l'existence de nombreux barrages des Farc sur les routes colombiennes, dont les activités bénévoles de sécurité routière ne se limitent pas au seul contrôle de la vitesse ou du taux d'alcoolémie des chauffeurs, qui plus est français, dans une voiture aux plaques mexicaines. Par ailleurs, la panaméricaine s'interrompant au droit de la frontière Panama-Colombie, nous devrons poursuivre quelques heures en bateau. Sûrement serons-nous amenés à payer le prix de la voiture pour son transport. Nous remettons notre projet d'indépendance motorisée à notre arrivée en Amérique du Sud.

 


Mardi 28 juin. Comédie dans les cordes.

Rien ne sied mieux au peuple mexicain que la lucha. La lutte, ce combat entre athlètes corpulents et masqués, criant sur le ring en feignant les coups. Ce soir, nous nous mêlons à la petite foule des familles moyennes assises sur les gradins d'un quartier malfamé. Il est 20 heures. L'entrée des athlètes déclenche l'hystérie du public. Les hommes jurent, les femmes rigolent, les gosses trépignent. Les gladiateurs sautent sur le ring, le corps gras et le visage recouvert d'un masque aux couleurs vives. Ils s'insultent, se frappent grossièrement à la tête ou dans le dos, tapent du pied sur le sol pour faire sonner les coups. Ils se lancent les uns sur les autres, se plaignent de l'adversaire, prennent à partie un public ravi de cette interactivité déguisée. Les gamins, en transe dans les tribunes, arborent le masque de leur vedette, hurlent à l'entrée triomphale de leur star sur la scène.

L'arbitre fait semblant d'arbitrer, le lutteur de lutter, le public de s'extasier. La lucha, c'est le Mexique dans toute sa sincérité.



Mercredi 29 juin. Tour à tour.

La tour de Pise peut aller se rhabiller. À Mexico, pas un clocher n'est droit. L'un penché dans un sens, l'autre à sa rencontre, qui semblent vouloir se rejoindre pour se toucher, regarder une tour voisine ou nous souhaiter la bienvenue. Le sol des bâtiments ondule et parfois tous ses murs avec lui. L'ex-église Térésa est une vraie pente, et lorsque nous nous y rendons pour des inaugurations, le vertige nous gagne après deux verres seulement. Mexico fut érigée sur un lac et son sous-sol s'en ressent, confortée dans son aversion pour la verticalité par les derniers tremblements de terre.

 

Nous logeons depuis bientôt un mois à l'hôtel Buenos Aires, dans le centre historique. Un grand immeuble entourant une longue cour intérieure bardée de fleurs et recouverte d’une verrière. Au rez-de-chaussée, dans l’entrée donnant sur la rue, s’est niché un vendeur de quesadillas. Il faut ainsi se faufiler entre ses clients et son installation chaque fois que nous entrons ou sortons de l‘hôtel. Nous y déjeunons régulièrement, assis sur un banc lui-même posé dans cet étroit couloir. Au rez-de-chaussée toujours, un ensemble de canapés dépareillés accueillent quelques clients, mais surtout et le plus souvent, quatre ou cinq policiers en uniformes, somnolant, le regard vaguement perdu sur un téléviseur.

 

Nous sommes également à dix minutes à pieds de la place Garibaldi, repère de mariachis, ces musiciens impeccablement vêtus de vestes noires moulantes et de chemises blanches froufroutant au col. Le soir venu, l'endroit abrite une joyeuse cacophonie de sérénades, jouées par ces musiciens populaires qui, les uns à côté des autres, se produisent devant les touristes pour 50 pesos la chanson. Les guitares, trompettes, violoncelles et voix humaines résonnent partout sur la place où vont et viennent, en tous sens, les musiciens et les visiteurs, dans un savoureux mélange de notes perdues et de sourires.



Jeudi 30 juin. Effet Téquila.

Ils tirent, ils poussent, se frayent un chemin dans la foule, le dos courbé par la charge, les yeux rivés sur le sol cahoteux. Le père en avant, la mère sur le côté, le fils derrière pour prévenir la chute, toute la famille entoure la petite carriole de marchandises qui sursaute sur les pavés du centre historique. Mexico, fin d'après-midi. Comme des milliers d'autres, une équipe d'ambulants vient de plier bagage. La journée de travail est terminée, il faut remiser le trésor jusqu'à demain. Demain encore il faudra crier, attirer le chaland, fuir la police, installer et défaire la marchandise pour quelques pesos mexicains. On les appelle les informels, ces millions de familles qui ont basculé dans le travail au noir au cours des années 80, symbole d'un pays au développement vicié par les programmes des agences internationales.

Car le Mexique a servi de cobaye au FMI. Pris en étau entre la chute du prix du pétrole et la hausse du billet vert, le pays frôle la banqueroute en 1982. Les experts du Fonds débarquent. Ils ont la solution, qui inspirera les futurs et redoutés « plans d'ajustements structurels » : privatisations, baisse des dépenses sociales, réduction de la sphère d'intervention étatique. À peine douze ans plus tard, le bon élève du néo-libéralisme naissant rechute de plus belle, et nécessite une nouvelle intervention du FMI et des États-Unis, en même temps que l'Alena crée une zone de libre-échange en Amérique du Nord. L'actuel président Vicente Fox, ancien responsable de Coca-cola au Mexique, finit aujourd'hui de « vendre le pays aux Américains », les chiffres macro-économiques sont bons, les prêteurs sont rassurés, et quarante millions de Mexicains survivent sous le seuil de pauvreté.



Lundi 4 juillet. Voiture.

Toujours à Mexico. Nous avons quitté l'hôtel pour l'appartement d'un ami de Boris. La grande nouvelle aujourd'hui, c'est que nous avons changé d'avis : nous allons devenir propriétaire d'une voiture. Après négociations, un grand père et son fils nous cèdent pour 7000 pesos (500 euros) un véhicule qui, d'extérieur, a tout d’une épave. Mais le moteur est bon et les freins seront réparés demain. Une autre soudure pour empêcher la roue avant gauche de nous quitter prématurément et nous en serons quittes pour 9000 pesos. La route devrait être sans embûches administratives jusqu'à Panama, pays où nous devrons embarquer le véhicule sur un cargo pour rejoindre la Colombie. Reste l'inconnu équatorien, qui exige un onéreux carnet de passage. Au pire devrons-nous vendre la voiture ou trouver refuge au Venezuela. Avec, cette fois, un autre défi : traverser l'Amazonie.


Mardi 5 juillet. Cash.
 

Nous avons étalé les billets sur la table du vieux. Le fils a recompté avec un sourire non contenu qui nous a peu rassurés. A-t-on fait une bonne affaire ? Trop tard. Nous signons les papiers sur un coin de table et filons chez le garagiste suivre l'avancée des travaux. Les freins sont réparés mais la soudure ne convient pas. Le carrossier a bâclé son travail, nous exigeons qu'il recommence. La discussion est un peu animée et je retiens Boris par la manche lorsque le soudeur enfin cède. Nous sommes bons pour revenir demain.



Mercredi 6 juillet. Mexicano.

Enfin au volant. Il est 16 heures et nous quittons le quartier du garagiste. Aucun des clignotants ne fonctionne, nous nous arrêtons chez un électricien auto. Pas de roue de secours dans le coffre, nous faisons halte chez un vendeur de pneumatiques. Las, nous renonçons face à l'atonie de la jauge d'essence. Mais soudain nous entendons mille bruits étranges. Boris croit reconnaître un problème de cardan, sans pouvoir cependant définir, ni sa place, ni sa fonction. Je soupçonne pour ma part un simple claquement de tôle, mais le tintamarre de la portière avant gauche déglinguée empêche mon ouïe d'isoler le bruit indiqué. Bientôt toute la voiture tremble et nous ne savons plus où donner de l'inquiétude. De retour à la Condesa, notre nouveau quartier d'habitation à Mexico, je glisse une main sous l'une des deux tiges fixant la roue avant droite. « Il y a du jeu dans la barre de direction », dis-je, en retirant mes doigts noirs de crasse de sous la tôle effritée. Nous nous regardons, hésitons quelques instants, puis remontons aussitôt dans la voiture. Direction : le garagiste.

 

Peine perdue, le centre d'alignation, seul compétent aux dires incontestables de notre artisan, est fermé. Nous reviendrons demain à la première heure.



Jeudi 7 juillet. Pesitos. 

Encore 1500 pesos pour la direction, le prix de la survie dans les tournants guatémaltèques. Le pot d'échappement à son tour nous inquiète, qui désormais ronfle comme un vieux Boeing. Mais celui-ci attendra.



Dimanche 10 juillet. Prêt.

Nous parcourons le marché Tuguin à la recherche d'un cric et de quelques outils. Le quartier est pauvre. La chaussée défoncée. Les lignes haute-tension grésillent au-dessus de nos têtes. Les marchands proposent à même le sol les articles les plus hétéroclites. Nous dénichons une paire de pince, une clé de 12 et de 14, un burin en métal et un vieux cric dont nous ignorons tout des réelles capacités d'élévation. Nous sommes désormais parés pour la route, que nous prendrons tôt demain matin, après un dernier détour par le bureau de la delegacion afin d'officialiser notre titre de propriété. Première étape prévue à Oaxaca, à huit heures de tournants de Mexico, avant de rejoindre Chacaoua, en bordure du Pacifique, pour quelques jours de vagues bien mérités.

 

Le reportage est terminé. Nous n'envisageons pas de travailler avant la Bolivie, pays secoué depuis plusieurs mois par une crise sociale qui a manqué de dégénérer en guerre civile ces dernières semaines. Le mouvement est mené par le leader des cultivateurs de coca, les cocaleros, qui a su se hisser au second tour du dernier scrutin présidentiel. Si l'opportunité nous est offerte de visiter ces paysans, nous ferons volontiers cette escale bucolique.



12 juillet. Un an. 

Un an aujourd'hui que nous sommes partis de France. Un an de traversée de l'Europe de l'Est, du Moyen-Orient, de l'Asie, de l'océan Pacifique et de l'Amérique du Nord. Près de 50 000 kilomètres depuis Paris et toujours sans avion. Une demi-douzaine de reportages vendus, des milliers de photos en stock pour Boris, cent cinquante pages de carnet de voyage de mon côté : nous remplissons plus ou moins nos objectifs professionnels.

Un an aujourd'hui et une petite nièce en plus. Inconnue. Un an et le sentiment que la France change en mon absence. Un an de routes, de chemins de fers et de voies maritimes. Un an de rencontres et de séparations, d'arrivées et de départs. Un an de plaines, de déserts, de forêts, de mers, de capitales et de villages, de trains poussifs et de bus fatigués, d'hôtels bon marché et de restaurants populaires.

Un an et le voyage s'installe. Le nomadisme prend racine. Bouger devient une nécessité autant qu'une habitude. Les kilomètres défilent, qui avalent les méridiens, s'égarent sous les parallèles et dévorent les fuseaux horaires. La Terre tourne et nous tournons avec elle. Nous irons dans ce pays que l'on appelle le nôtre. Bientôt, mais pas encore.



13 juillet. Mauvaise pioche.

D'ultimes problèmes administratifs nous ont empêchés de partir lundi. La voiture ayant interdiction de rouler le mardi, nous repoussons notre départ à jeudi. Nous apprenons, par ailleurs, que la traversée des frontières jusqu'à Panama ne sera pas aussi aisée que nous l'espérions. Le Costa-Rica aurait imposé depuis peu un contrôle technique des véhicules à ses frontières et le pays qui le précède sur notre route en interdit la vente sur son territoire. Nous risquons de ne pourvoir aller plus loin qu'au Nicaragua sans pour autant être autorisés à y céder la voiture. Un casse-tête nous attend en Amérique centrale qui nous fait presque regretter notre acquisition. « Go and see » est la formule sur laquelle nous tombons finalement d'accord.


Jeudi 14 juillet. 

Amortisseurs avant. Huit cents pesos. Départ repoussé à samedi. Journée blanche. Pour la troisième fois en quinze jours, je fais mes adieux à Maryell, petite souris mexicaine et francophile.



Samedi 16 juillet. Faux départ.

Arriverons-nous à quitter Mexico ? Lundi, nous devrions être partis, comme depuis deux lundis déjà. Mais nous ne sommes plus sûr de rien. Arriverons-nous seulement à Oaxaca ? Nous nous rassurons comme nous pouvons sur l'état de notre guigne. Car notre mésaventure mécanique, a contrario, met en relief l'absence d'autres soucis depuis notre départ. En un an, excepté le vol de mon téléphone portable et d'une centaine d'euros au Vietnam, et d'une somme équivalente pour Boris au Cambodge, nous n'avons subi aucun autre souci matériel. Nous avons parcouru les trois-quarts de la planète en sac à dos sans connaître d'agression, de perte ou de vol important. Certes, l'Amérique Centrale et du Sud nous attendent, qui peuvent nous réserver quelques désagréments. Mais jusqu'alors, nous avons croisé un monde peu hostile aux voyageurs.


Mardi 19 juillet. 

Demain est un bon jour pour quitter Mexico. La voiture semble d'accord et nous ne voulons pas lui laisser le temps de changer d'avis. Nous prendrons la route aux premières heures du jour. Plus de cinq cents kilomètres sur les routes mexicaines devraient constituer un bon test pour le véhicule.



Mercredi 20 juillet. Sur la route. 

C'est notre hôte qui nous réveille ce matin. Il est 10 heures et nous sommes toujours au lit. Nous sautons sur nos pieds en maudissant le portable resté silencieux, invitons Gabriel à un petit-déjeuner dans le quartier, puis filons sur le périphérique en direction de Oaxaca. Nous quittons enfin la capitale, après un mois et demi de vie chilanga.


Nous conduisons avec prudence sur la nationale qui rapidement serpente dans les montagnes. Nous sommes attentifs à chaque grincement de tôle, mais la voiture semble tenir. À 17 heures, cependant, nous réalisons que nous n’avons parcouru que la moitié du trajet. La pluie arrive, suivie de la nuit. Les essuie-glaces épuisés crissent avec peine sur le pare-brise taché, avant de s'arrêter tout à fait. Les phares éclairent parfaitement les étoiles qui n'en demandaient pas tant. Nous roulons à trente à l'heure, puis plus du tout. A la première station essence, nous sacrifions un essuie-glace pour soulager l'autre et réglons les lumières sur la chaussée.

Nous sommes à nouveau sur la route depuis une heure lorsque deux gros chiens nous escortent en aboyant. La main sur le klaxon pour les faire fuir ne produit qu'un faible bruit. L'avertisseur se meurt. Puis les phares déclinent à leur tour. La voiture ralentit. Quelques kilomètres plus loin, Boris profite des derniers souffles du moteur pour nous parquer sur le bas-côté, au centre d'un hameau providentiel. La clé tournée dans le démarreur ne produit qu'un vague « tac tac ». La fée électricité nous a abandonnés. Après quelques minutes d'impuissance penchée sur le moteur, nous rabattons les sièges avant. Nous dormirons ici, dans ce village inconnu, d'un sommeil plein d'incertitudes sur le lendemain.



Jeudi 21 juillet. Oaxaca. 

Je relève la tête au niveau de la vitre. Une église, quelques baraques, des taxis stationnés en bordure de la route. Boris se réveille, me regarde, puis d'un mouvement sans espoir actionne la clé sous le volant. Sans résultat. Nous nous extrayons courbaturés du véhicule. Dépités.

Un vieux chauffeur de taxi nous accoste, à qui nous faisons part de notre désarroi. L'homme glisse une tête sous le capot, touche quelques fils, puis nous grommelle de remettre le véhicule sur la route. À trois nous poussons la Datsun sur la chaussée, et la première enclenchée, je relève l'embrayage qui réveille le moteur dans un ronronnement salvateur. Nous nous répandons en muchas gracias sur le vieux, puis sautons dans la voiture. La route peut continuer, qui zigzague dans une brume envoûtante sur la crête des montagnes. En trois heures, nous rejoignons Oaxaca, où nous déposons nos affaires chez un hippie allemand censé nous héberger, puis filons au marché nous gaver de quesadillas au fromage et de sauterelles salées. Nous achetons également du Mescal, un alcool fort où baigne un ver régional, et une scie à métaux.



Vendredi 22 juillet. 4x4.

Après une douloureuse nuit sur la dalle en béton de notre hôte germanique, nous reprenons le chemin de la plage. Il est 9 heures et nous disposons de la journée pour parcourir les deux cent cinquante kilomètres de montagnes jusqu'à la côte Pacifique.

Dès les premiers tournants, la carrosserie frotte à nouveau sur la roue avant gauche en déchirant le pneu. Ce problème récurrent nous avait valu de nouveaux amortisseurs à Mexico. Insuffisant. Nous stoppons sur le bas-côté et scions l'aile sur plusieurs centimètres, ajoutant un peu plus à l'allure stop-car du véhicule. Nous poursuivons dans les montagnes verdoyantes au-dessus de Oaxaca, longeons quelques champs labourés par des charrues accrochés à des bœufs, évitons ânes et chiens errants au centre de la chaussée. La route n'est bientôt qu'une courbe épousant la paroi, parsemée de trous que nous esquivons à grands coups de volant. L'après-midi en est à son milieu quand au village de Quijaqa la voie marquée de jaune sur la carte se révèle être un chemin de terre. Nous hésitons, mais renoncer nous obligerait à deux heures de retour en arrière. Nous avançons à 20 km/h, tentant de soulager des amortisseurs déjà fortement sollicités. Après une heure de piste, parcourue sur trois ou quatre kilomètres, le sol humide se dérobe sous les pneumatiques. Le châssis est coincé. Les roues tournent dans le vide. Nous ne pouvons plus avancer, ni reculer. Nous sommes coincés pour de bon.

Par une chance toute mexicaine, un camion surélevé nous colle depuis quelques tournants. Il n'a pas le choix, il doit nous déloger, sous peine de ne pouvoir continuer sa route. Nous creusons la piste, y calons de grosses pierres, attachons l'arrière de la Datsun au camion tout-terrain qui en marche arrière et en quelques secondes délivre notre épave de son piège de boue. Nous reprenons le chemin dans l'autre sens jusqu'au village, puis la route jusqu'au croisement. Deux autres heures nous emmènent jusque sur la côte Pacifique. Mais il fait nuit. Nous ne pourrons atteindre Chacaoua ce soir. Nous garons la voiture épuisée sur une plage. Après de longues minutes et quelques gorgées de Mescal à observer la lune se refléter sur les vagues déchaînées de l'océan, je tends mon hamac entre deux cocotiers. Boris se cale dans la voiture.

 


Le voyage détruit, écrivait Nicolas Bouvier. Le corps tout d'abord, négligé, sous-alimenté, alcoolisé, fatigué, oublié. L'esprit, ensuite. Confus, troublé, à l'épreuve d'incessants changements, stimulé par la rencontre, déchiré par la séparation. Quel masochisme pousse donc le voyageur à parcourir le monde ? Se construire des souvenirs, du passé en concentré ? Une besace d'images où puiser à l'automne de sa vie ? Pour l'heure c'est l'été et le soleil de l'existence cogne durement.



Samedi 23 juillet. Paradis.

Nous longeons la côte depuis une heure lorsque apparaît la lagune de Chacaoua. « Réserve naturelle » s'étirant sur plusieurs kilomètres, rouverte sur la mer par un étroit goulot depuis le dernier ouragan, elle abrite toutes sortes d'oiseaux exotiques et de poissons frétillant à la surface de l'eau. Nous laissons la Datsun au parking de l'embarcadère et montons à bord d'une grosse barque à moteur pour trente minutes de traversée jusqu'au village : Chacaoua, isolé au milieu du sable, coupé du reste du continent.

 

Les hommes ici ont la peau noire. Descendants d'anciens esclaves réfugiés sur la côte Pacifique, ils étaient autrefois pêcheurs, aujourd'hui tenanciers de cabanons pour jeunes vacanciers mexicains. Ils jettent encore le filet dans l'après-midi, mais le cœur n'y est plus. Le tourisme est néanmoins modeste et les installations hôtelières des plus rudimentaires. Le village a été préservé, dont le mode de vie des habitants semble éternel. La lenteur préside à tous les mouvements, le calme à tous les échanges verbaux, avec une voix si faible et si souvent recouverte par le bruit des vagues que leurs auteurs semblent converser en se lisant mutuellement sur les lèvres. Les hommes vivent en harmonie avec les animaux, dont le comportement n'en est pas moins affecté par la douceur du Pacifique. Les chiens se vautrent sur le sable dans les positions les plus saugrenues, les chats se répandent sur le sol, les dindons se dandinent, les poules sont silencieuses, et les coqs plongés dans un étrange mutisme. Le soir venu, les crabes envahissent la plage en menaçant mollement de leurs pinces dressées au ciel quiconque s'approche d'un peu trop près. Seuls les pélicans ont assez d'énergie pour fendre l'océan d'un plongeon sec et précis en direction de leur proie. Mais pour le reste du règne animal, homme compris, la vie tourne au ralenti.

Mille habitants, sept voitures, quelques chemins de terre, un haut-parleur grésillant les messages personnels échouant sur l'unique téléphone: Chacaoua fait dans le minimalisme. Un bonheur pour les quelques touristes en quête de sérénité, un ennui mortel pour les jeunes du village. Une quinzaine d'entre eux ont encore fui cette année aux États-Unis, traversant la frontière clandestinement, délaissant la lagune paradisiaque et la profession de pêcheur. Ceux qui n'ont pu partir vendent de l'herbe aux chilengos, plutôt que de lancer la chaloupe à la mer, condamnant le village entouré de poissons à en importer. Les vieux se lamentent, les jeunes se taisent. Et tous les hamacs de l'île se balancent dans un même mouvement rythmé par le ressac de l'océan.



Mercredi 27 juillet. Mazunte. 

La barque nous dépose sur le continent après cinq jours passés à errer du hamac à la mer et inversement. Sur le parking, une mauvaise surprise nous attend : la vitre avant gauche de la Datsun a été brisée. Nous maudissons quelques instants les sauvageons locaux, puis repartons sur la route côtière, cheveux au vent. À la première pause-épicerie, la voiture refuse de repartir. Nous poussons le véhicule sans succès. Un détenteur de pinces traîne opportunément dans les environs, qui en rechargeant la batterie nous sauve provisoirement. Mais il est déjà tard et nous nous laissons choir après deux heures de route sur la plage de Mazunte où d'heureuses rencontres nous font danser jusque tard dans la nuit sur les rythmes de salsa et de cumbia.



Jeudi 28 juillet. San Mateo del Mar.

Nous reprenons la voiture tôt ce matin. La côte vue de la route surélevée est d’une parfaite trichromie : le bleu de la mer, le blanc du sable et le vert de la végétation. Aucune présence humaine sur ces plages qui, à perte de vue, bordent les derniers kilomètres de l'État de Oaxaca. Ce soir nous choisissons un village isolé entre la lagune et l'océan, accessible par un chemin de terre sans issue : San Mateo del Mar. L'accueil des autochtones est prudent. La mairie peut nous héberger, mais un flic doit venir nous interroger. Nous faussons compagnie au policier qui se fait attendre et optons pour une chambre chez l'habitant.

Frappé par un violent orage le soir, le village est la proie du vent le lendemain. Un souffle incessant s'engouffre dans les rues où, courbés vers le sol, les villageois vont et viennent dans un mutisme imposé. La lagune est de toute beauté, presque irréelle. Le vent déchaîné provoque une multitude de vaguelettes à la surface de l'eau, sur laquelle naviguent avec peine de frêles embarcations. Un radeau flanqué d'une voile de fortune longe la côte. Des pêcheurs sur le rivage replient leurs filets. Et ce vent, encore, d'une force inouïe, qui monopolise l'espace sonore, supplante les autres bruits, claque dans les oreilles et oblige les yeux à se plisser. Nous quittons en fin de matinée ce village du bout du monde pour Puerto Arista, dernière étape côtière avant de bifurquer sur le Chiapas.



Samedi 30 juillet. San Cristobal de las Casas.

« Tiene un vidrio para este coche, un Datsun de dos puertas ? ». Sur la route qui remonte dans les terres, nous visitons toutes les casses de voitures. Mais nul n'a la perle rare. La vitre avant gauche de Datsun, modèle 82, est introuvable. Nous tentons même d'acheter celle d'une épave stationnée dans un jardin, mais sa propriétaire refuse la petite fortune que nous lui proposons. Nous guettons tous les véhicules en bordure de la route, envisageons quelques instants un raid nocturne, puis remontons finalement vers San Cristobal de las Casas, le visage fouetté à chaque tournant par une pluie fine et fraîche.

Capitale historique du Chiapas, la ville a su restaurer, sans en briser le charme, ses maisons basses aux façades multicolores. Des bâtiments au ras du sol, couvés par un ciel si bas qu'il semble en interdire la construction de plus élevés. La région fut aussi le théâtre du soulèvement zapatiste qui, dix ans plus tôt, avait rassemblé les premiers altermondialistes des quatre coins de la planète. Une décennie plus tard, le problème reste entier, et les indigènes persistent dans leur monopole de la pauvreté. Une certaine autonomie de gestion est en place au niveau local, mais qui n'a pas empêché le sous-commandant Marcos de lancer il y a deux semaines une « alerte rouge ». Le gouvernement fédéral a envoyé quelques troupes. Les Zapatistes ont écrit dans les journaux. Statu quo.



Jeudi 4 août. Veillée d'armes. 


Nous dormons cette nuit à la frontière. Le Guatemala nous fait face mais hors de question de rouler de nuit. Les attaques diurnes sont déjà fréquentes. Se déplacer dans l'obscurité confinerait au suicide. Nous nous préparons à quitter le Mexique après plus de deux mois passés sur ses terres. Le Guatemala demain, premier pays d'une Amérique centrale que nous prévoyons de traverser en quelques semaines.

 



Publié le 28/12/2006 à 11:43, dans 96. Mexique, Mexico
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16. Guatemala




Vendredi 5 août. Guatemala.

Nous roulons quatre kilomètres en no man's land avant d'atteindre le poste frontière de la Messilla. Le contraste avec le Mexique est saisissant. Nous retrouvons ici une ambiance déglinguée que nous n'avions plus croisée depuis le Cambodge. La route est encombrée, étroite, bordée de baraques dont l'une ou l'autre doit abriter les fonctionnaires des douanes. Nous procédons aux formalités de passage du véhicule, qui subit une fumigation des roues jusqu'au volant. Nous embarquons au passage Vanessa, Portugaise vivant au Chiapas et en voyage pour quelques jours au Guatemala. Il est encore tôt et nous disposons de la journée pour rejoindre le lac Atitlan, distant d'une centaine de kilomètres de la frontière.

Sur la route parfaitement asphaltée, nous nous laissons doubler par les bus guatémaltèques, anciens bus-écoles américains repeints de mille couleurs et fonçant sur la chaussée en pétaradant dans un nuage de fumée noire. La journée est belle et nous avalons les kilomètres sans conscience de la distance parcourue. En un clin d'œil, nous sommes déjà à l'embranchement en direction d'Atitlan. Le lac apparaît  aux derniers tournants, majestueux, protégé par des volcans endormis flottant sur l'eau. Nous abandonnons la voiture pour une lancha qui, en trente minutes de navigation, nous conduit à San Marco, hameau retranché derrière une intense végétation en bordure du lac. Nous nous faufilons  sur le sentier qui tourne à angles droits entre les propriétés, suivant notre guide Vanessa, habituée des lieux et de ses séances de méditation.

À peine installés, un haut-parleur vient briser le calme lacustre. Un « pasteur » s'égosille dans son micro, débitant sa prose délirante en la faveur exclusive de Jésus. Ici comme au Chiapas, les évangélistes ont fait main basse sur les fidèles du Vatican. Venus des États-Unis, les prêcheurs sillonnent le sous-continent en convertissant à tour de bibles les indigènes. Les chapelles fleurissent au bord des routes, qui promettent avec emphase le bonheur à qui vouera sa vie à Dieu. Plusieurs milliers de Méso-Américains rejoindraient ainsi quotidiennement les rangs des évangélistes. Et les églises catholiques se vident en même temps que se remplissent les temples des sectes protestantes.



Samedi 6 août. Antigua.

La Datsun souffre sur les pavés disjoints du centre ville. Nous garons notre bolide dans une des superbes rues de l'antique cité guatémaltèque et louons pour 35 quetzals une chambre au rez-de-chaussée de la posada Léon. Promise au statut de capitale s'il n'y avait eu tous ces tremblements de terre, Antigua fait aujourd'hui le bonheur des touristes. La ville regorge d'écoles d'espagnol et de gringos hispanophones. Nous passons ici deux jours paisibles à l'ombre des volcans, dont le plus élevé retient en permanence une masse de nuages à son sommet. Nous naviguons le soir entre les Cubas Libre à huit quetzals du bar « Escudilla », et au retour de notre deuxième virée, je m'assoupis sur la terrasse de l'hôtel. Il est peut-être 3 heures du matin lorsque la petite table en plastique tremble sous mes bras soutenant ma tête. Je décolle douloureusement mon crâne de ce mobilier magique. Mais la terrasse elle aussi fait des siennes. Je descends en courant les deux petits étages, dégrisé en quelques secondes par mon premier tremblement de terre.


Dimanche 7 août. Bananes.

Guatemala, porte d'entrée d'un sous-continent meurtri par les guerres civiles, terrain de jeu favori des États-Unis qui inaugurèrent dans cette région du monde la notion de « république bananière ». Les bananes du Guatemala, du Honduras ou du Salvador, exploitées par l' « United Fruit Co », compagnie américaine plus puissante à l'époque que les gouvernements locaux. Des bananes à l'hémoglobine, lorsque d'impertinents démocrates ou partisans d'une meilleure répartition eurent la prétention de gouverner pour le bien de leur population. Guatemala, pays de sang à peine séché, de milliers de morts à peine enfouis, victime comme ses frères d'Amérique centrale des interventions états-uniennes au cours du siècle passé. Le pays de la liberté au service des escadrons de la mort, des coups d'État et de la torture systématique, laisse derrière lui une région minée par la violence et les inégalités.


Lundi 8 août. Monterrico. 

Nous sommes peu rassurés sur la route qui descend dans le Sud. L'Anglaise embarquée sur le siège arrière pour cinq dollars ne perçoit rien de notre anxiété, mais le véhicule aux vitres fumées qui traîne juste devant nous n'augure rien de bon. La route est isolée et les attaques sont fréquentes. Nous gardons nos distances, roulons à quarante à l'heure, la machette planquée sous le siège avant-droit. Puis l'imposant 4x4 freine et s'arrête sur la chaussée. Trois gros types sont entassés sur les sièges avant. Le conducteur, d'un geste par la vitre, nous fait signe de le doubler. Nous ralentissons à peine, un oeil dans le rétroviseur pour guetter leurs réactions. D'autres véhicules nous rejoignent à cet instant et nous continuons soulagés. Nous faisons halte vingt kilomètres plus loin, dans un safari-auto où une lionne agitée et corpulente vient se frotter contre la carrosserie. Nous frémissons de peur, qu'à coup de patte puissante elle brise notre fragile vitre avant-gauche. Nous hésitons quelques secondes sur nos réserves d'essence. Puis la voiture inspectée par le félin, nous poursuivons entre les zèbres, rhinocéros, hippopotames et autres singes-araignées. Un perroquet salue notre départ vers la côte, où nous projetons de passer la nuit. Nous roulons encore deux heures avant d'atteindre Monterrico, village aux rues de sable, perdu entre la lagune et la mer, qui pour s'y rendre nous oblige à placer le véhicule sur une barque juste assez large pour l'accueillir. Un baptême de l'eau pour la Datsun, qui flotte avec nous sur les canaux naturels formés par la végétation, contente comme une citadine pour la première fois à la campagne. Baignade dans de puissantes vagues, récupération sur la plage de sable noir, observation des constellations à la nuit tombée, puis lourd sommeil bercé par l'océan déchaîné.


Violence. « La raison d'être d'un État est de protéger sa population, estime Acislco Valldares, procureur général, dans une interview à la Prensa Libre. Et cette raison-là, le Guatemala semble l'avoir perdue ». Les dix-neuf morts de la veille, assassinés aux quatre coins du pays, ne sont pas étrangers aux propos du représentant du ministère Public. Ils ne font d'ailleurs que précéder les trente-deux cadavres de la mutinerie qui suivra quinze jours plus tard. Des mareros (délinquants ultra violents), dans leur majorité, dont tout le monde se félicitera, en secret, de leur disparition. Il n'empêche, bientôt dix ans après les accords de paix mettant fin à trente-six ans de guerre civile, le Guatemala n'a rien à envier à ses petits voisins ultra violents d'Amérique centrale.


Publié le 23/12/2006 à 12:01, dans 97. Guatemala, Antigua Guatemala
Mots clefs : antigua
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17. Salvador




Mardi 9 août. El Salavador.

Nous franchissons ce matin la frontière salvadorienne. Nous découvrons à l'occasion que la plaque d'identité du véhicule est à moitié arrachée. Seule la première partie des numéros est lisible. Les douaniers salvadoriens ne s'en formalisent pas mais quid des autres frontières ? Nous payons cinq dollars pour la Datsun, laissons l'Anglaise à un arrêt de bus et fonçons en direction du lac Coatépèque. La route est des plus belles, qui se faufile entre les volcans, encadrée par une végétation tropicale que des centaines d'hommes au bord de la chaussée se cassent le dos à défricher. Nous bifurquons au village El Congo, et après cinq kilomètres, descendons tous deux admirer l'un des plus beaux spectacles du voyage : le lac, niché dans l'immense cratère du volcan, brille sous le soleil de fin d'après-midi. D'une eau bleu-noire et parfaitement circulaire, comptant cent vingt mètres de profondeur en son centre, il tolère quelques habitations sur son rivage. Nous dormirons cette nuit dans l'une d'entre elles, sur pilotis au-dessus de l'eau, après une baignade fraîche interrompue par un orage diluvien.


Mercredi 10 août. Maras. 

Salvador, cent mille morts en une décennie, occis pour la plupart par des militaires entraînés par les États-Unis. Cent mille morts sur cinq millions d'habitants, pris en tenaille entre l'armée régulière et la guérilla marxiste. Le sous-sol de cette région est riche, plein de cadavres illégitimement inhumés et dont les parents proches ne retrouveront jamais la trace. El Salvador, petits pays en ruine, dollarisé en 2001 et toujours sous pression américaine. Plusieurs sénateurs à Washington menacent de boycott ce confetti d'État en cas de victoire électorale des anciens guérilleros, au moment même où Condoleezza Rice, secrétaire d'État américaine, donne des leçons de démocratie au Venezuela.



Salvador, cent mille morts en une décennie, occis pour la plupart par des militaires entraînés par les États-Unis. Cent mille morts sur cinq millions d'habitants, pris en tenaille entre l'armée régulière et la guérilla marxiste. Le sous-sol de cette région est riche, plein de cadavres illégitimement inhumés et dont les parents proches ne retrouveront jamais la trace. El Salvador, petits pays en ruine, dollarisé en 2001 et toujours sous pression américaine. Plusieurs sénateurs à Washington menacent de boycott ce confetti d'État en cas de victoire électorale des anciens guérilleros, au moment même où Condoleezza Rice, secrétaire d'État américaine, donne des leçons de démocratie au Venezuela.

Nous entrons dans la capitale assez tôt dans la journée. Les affaires déposées dans une posada édifiée en château fort, je repars sur le champ pour le centre-ville. Je suis à nouveau le seul Blanc. Les plaques d'égouts manquent ici ou là et à l'instar du Pakistan, je surveille le sol avant chacun de mes pas. Un hélico tourbillonne au-dessus de la ville. Les bus foncent sur la chaussée défoncée, le klaxon hurlant au milieu d’une traînée de gaz âcres et noirs. Devant chaque commerce stationne un homme puissamment armé, d'une mitraillette ou d'un fusil à pompe. Des barbelés en double rangée ornent tous les bâtiments. Une patrouille de police officielle passe en trombe dans la rue, composée de six ou sept hommes entassés à l'arrière d'un pick-up, le canon de mitraillette dirigé vers l'extérieur. J'abandonne l'avenue centrale pour une ruelle bordée de commerces exploités dans des cahutes en bois. Des ados courent en surveillant leurs arrières, comme dans une fuite aux raisons incertaines. L'ambiance est électrique. Je sens soudain la présence d'un jeune dans mon dos. J'accélère et repars vers l'avenue. Je continue vers le centre. Des gosses dorment sur le sol, une femme est écroulée sur un perron, le bras pendant et la main inerte. Plus loin, un homme mange dans les poubelles, un tee-shirt noir de crasse collé sur le torse. Ma mission initiale était de retirer de l'argent. J'ai oublié ma carte bleue. Je repars vers l'hôtel, presque soulagé par cette étourderie.

Je retourne dans le centre-ville l’après-midi, accompagné cette fois-ci de Boris. Il fait chaud et un calme relatif s'est emparé de la ville. L'hélicoptère a disparu et l'ambiance tendue du matin s'est dissipée. Nous apprendrons dans le journal du lendemain qu'une émeute avait éclaté quelques rues plus loin dans la matinée. Nous restons cependant sur nos gardes, tentant de percer les intentions de chaque regard s'écrasant lourdement sur nos silhouettes de blancs. Nous errons dans les rues cabossées, passons aux pieds des pompes funèbres « La résurrection », croisons le magasin de photocopies « La divine providence » et frôlons l'épicerie « Le jour de Dieu ». L'amour du seigneur qui guide chacun des bus se retrouve jusque sur Internet, où une version locale du célèbre moteur de recherche ne s'appelle pas autrement que « Saint Google », dont le logo multicolore est entouré de deux ailes d'anges sur la page d'accueil du site. Nous échouons dans un vague entrepôt surmonté de l'écriteau « café » et prenons possession de l'une des deux tables longeant un mur verdâtre et sale. Notre voisin est d'abord guitariste qui à notre arrivée se met à chanter en anglais, roulant de grands yeux pleins de complicité à notre égard. Puis le musicien est rapidement remplacé par deux vendeurs d'eau avec qui nous discutons gentiment. Les types abattent de grosses et harassantes journées pour 10 dollars qui les font passer pour presque riches dans le quartier. Nous opinons du chef à chacune de leurs informations et prenons note des endroits les plus risqués de la ville. Ceux tenus par les redoutées maras.


La mara, ou « Bande » en français, est une spécialité méso-américaine à côté de laquelle les plus dangereux loulous du 9-3 parisien font figure d'enfants de chœur. Née précisément au Salvador, elle regroupe les mareros en bande criminelle, organisée à l'échelle du sous-continent. Ses origines la font remonter à Los Angeles, lorsque les gamins perdus des guerres civiles centro-américaines se retrouvèrent nez à nez avec les Noirs dans les prisons californiennes. Le besoin d'unité les fit se regrouper, et à leur retour dans leur pays d'origine, leur expérience dans les geôles US leurs conféra le statut de caïd des quartiers. Jusqu'alors limitée géographiquement, la clika ou pandilla, aidée par le téléphone portable et le laxisme des autorités, se transforma en mara, créant des liens et des réseaux du Sud du Mexique jusqu’à la Colombie. Un monstre était né qu'aucune politique, jusqu'alors, n'a réussi à endiguer.

Les deux plus importantes, la Mara Salvatrucha et la M18 regrouperaient ainsi plusieurs milliers de membres, dont la violence n'a d'égal que leur imagination sadique. Les étapes d'intégration à la bande sont simples : violer une femme, se couper les veines, se battre avec un confrère, tuer un homme et rester coucher 13 secondes sur une route à fort trafic. La carrière peut ensuite commencer, faite de meurtres, rackets et tortures en tout genre. Ces derniers jours, six chauffeurs de bus de la « routa 6 » sont morts pour ne pas avoir payé la « taxe ». Il y a quelques années, le président hondurien, dont la fille avait été enlevée, violée et tuée par les mareros, fut le destinataire privilégié de messages menaçants laissés dans les parcs publics, accompagnés d'une tête humaine enveloppée d’un sac plastique. Les différents gouvernements manient aujourd'hui le bâton, rédigent des accords inter-étatiques sans résultat probant, et délaissent toute politique de réinsertion, seule à même de sauver les gamins perdus des rues.



Vendredi 12 août. Vers le Honduras. 

Nous quittons la capitale pour Suchitoto, village aux façades coloniales que nous rejoignons en longeant les volcans du Nord de San Salvador. À trente kilomètres seulement de la ville bruyante et dangereuse repose ici un petit bourg calme et charmant. Nous y flânons la journée et parvenons le soir à San Minguel, à une heure de la frontière hondurienne. 



Publié le 18/12/2006 à 08:24, dans 98. Salvador, Salvador
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18. Nicaragua / Costa Rica




13 août. Nicaragua.

Nous roulons trois heures et cent cinquante kilomètres en territoire hondurien, juste assez pour y perdre 40 dollars à la frontière et, de peu, quelques autres billets dans les poches d'une flicaille corrompue.

Milieu d'après-midi. Nous n'allons guère à plus soixante-dix à l'heure lorsqu'un vague officiel nous indique le bas-côté d'un bras insistant à fendre l'air. « Excès de vitesse », marmonne sans conviction le grassouillet en uniforme, une fois parvenu à notre hauteur. Nous descendons de la Datsun et l'invitons, d'un geste désinvolte, à la contempler une seconde fois avec nous. Boris fait les sous-titres en espagnol, du genre : « Comment pouvons-nous dépasser la vitesse autorisée avec ce char ? » Le Hondurien transpirant examine les papiers du bolide, puis nos passeports, et à nouveau ceux du véhicule. Mais rien à en tirer. Le type sent la partie de corruption lui échapper. Abattu, il nous invite à remonter et au moment où le moteur ronronne, glisse sa main entre la porte et son encadrement. « Vous n'auriez pas quelques dollars ? », lâche-t-il soudain, sur un ton plus proche de la mendicité que de la légitime autorité. Nous sourions de surprise. « Si peu », répond Boris tout en faisant le forcing pour refermer la portière. Le bedonnant retire sa main et s'en retourne penaud sur son bord de Panaméricaine. Nous filons en douceur vers le Nicaragua, presque émus par la misère policière.

Deuxième frontière de la journée, une heure plus tard. Nous pénétrons au Nicaragua. Chinandega, grosse bourgade à une centaine de kilomètres du dernier douanier, nous servira d'étape pour la nuit. Nous courons vers le premier restaurant nous gaver de bananes frites et de frijoles, puis partons sans attendre tester la bière locale. Nous poussons la porte d'un bar proche de l'hôtel où trépignent sur leur siège tous les clients présents, l'œil rivé sur trois téléviseurs diffusant en direct un match de boxe survolté. « El loco », champion nicaraguayen, est sur le ring contre un Italien aux allures de looser. Nous soutenons secrètement la participation européenne, mais prenons garde de n'en rien montrer, tant l'hystérie de nos voisins de comptoir paraît démesurée. Pauvre Italien, défait et en sale état, à l'issue du douzième round.

Nous en ressortons, pour notre part, indemne, avant de suivre deux autochtones goûter le rhum de canne dans un dernier bar. Nous finissons KO vers les 4 heures du matin. Bienvenue au Nicaragua.



Dimanche 14 août. Errements.

Tant pis pour la côte Pacifique. La plage de Puerto Sandino est introuvable, fermée le soir et gardée par deux hommes armés, comme celle d'El Velero. En cherchant désespérément un accès à la mer, nous bloquons la voiture sur un terre-plein trop plein, démontons les pavés à grande peine pour libérer le véhicule, puis échouons, poussés par un violent orage, sur la terrasse d'un restaurant du coin. Rapidement, Goa, indien Miskito fortement alcoolisé, vient nous parler. Il a vingt-quatre ans, a été exclu il y a six ans de son village natal dans le Nord du pays pour s'être battu à coup de machette avec l'un de ses voisins. Je trouve la sentence un peu lourde. « Est-il mort ? » demandé-je à notre maestro du coupe-coupe. Il nous assure que non. Même pas blessé. Nous doutons de sa version des faits. Lui est couvert de blessures, dont un morceau de doigt en moins, ôté par la machette de son camarade de jeu. Nous compatissons, attristés par son exil sur cette côte désolée. Renié par ses proches, sa famille, son village indigène. Ici Goa boit. Il rit de tristesse. L'orage se calme. Nous repartons en direction de Managua.

Il fait nuit lorsque nous pénétrons dans la capitale. « El centro ? », demandons-nous à chacune des  ombres que nous apercevons. Regards médusés. « Le centre commercial ? », « Non, le centre de la ville, el corazon de la cuidad ». Silence. Nul ne sait vraiment. Quelques renseignements erronés nous conduisent d'un rond-point géant à un autre, d'un feu rouge à un feu vert. Nous errons sur de grandes artères désertes, avalons des carrefours circulaires. Une femme enfin nous indique le chemin de la cathédrale, « mais vous vous ferez arracher la tête ». Allons bon. Nous dénichons le monument, plongé dans une totale obscurité, poursuivons une rue plus loin, sur un macadam meurtri où s'agitent quelques ados dont plusieurs frappent la tôle de la voiture à notre passage. La vieille avait raison. Nous gardons notre vitesse. Surtout ne pas s'arrêter. Puis filons par la première rue un peu plus éclairée. Nous laissons derrière nous quelques ronds-points avant de garer la Datsun près du seul lieu animé de la ville : une succession de bars crasseux alignés le long d'une rue illuminée et crachant de puissants décibels. Il est 22 heures, nous avons passé la journée à chercher une plage introuvable entre deux usines, bloqué la voiture sur des pavés défoncés, subi un violent orage, échappé aux malfrats des bas-fonds de Managua, et nous voici dans une capitale sans visage, à mâchouiller une mauvaise pizza avec comme seul spectacle une bagarre entre deux hommes qu'une femme saoule, tenant son bébé dans les bras, essaye désespérément de séparer. La bière a également un goût amer, lorsque nous réalisons que les gamines de douze ou treize ans qui se dandinent sur la piste ne sont pas là pour s'amuser. Des enfants-prostituées, carburant à la cerveza en attendant le client. Dure journée, que nous achevons dans un auto-hôtel, enveloppés d'une chaleur moite et dévorés par les moustiques.

Demain matin à l'aube, nous quitterons Managua.



Lundi 15 août. Rêve contré.

Que reste-il de la révolution sandiniste ? Certes les Américains ne les avaient pas vraiment aidés, finançant et entraînant les « Contras », jetant l'huile de la guerre civile sur le feu du sous-développement. L'embargo commercial en avait remis une couche pour écraser cette révolution « marxiste », au cœur d'une Amérique latine aux ordres de l'oncle Sam. Vingt ans après, que reste-t-il de cette tentative socialiste ? Un pays aussi miséreux que les précédents, un Daniel Ortega corrompu et défait à chacune des dernières présidentielles et quelques anciens sandinistes désabusés, traînant leur amertume dans la vie civile retrouvée.


Mardi 16 août. Grenada. 

Nous respirons un peu mieux dans cette ancienne cité coloniale. La ville est belle et fait face au plus grand lac d'Amérique centrale. Nous profitons de ce havre de paix pour repeindre la voiture. Deux jours à gratter et poncer une carrosserie veille de vingt-cinq ans, avant d'y appliquer du noir, du jaune et du gris. Une nouvelle peau pour la Datsun mais de nouvelles fuites aussi, tant nous avons arraché une partie de l'isolant dans notre enthousiasme. Le volcan Masaya,  à proximité de la ville, nous livre son cratère fumant que nous explorons le dernier jour, en route pour le lac Nicaragua.



Vendredi 19 août. Volcan double.

Le chargement n'en finit plus. Des caisses de bières, des sacs de riz, des paquets, des bagages, disposés sur le pont faute de place dans la cale. Le rafiot est plein à craquer, et peut-être même à couler. Nous sommes sur le lac Nicaragua, en direction de l’île Omotepe. Nous nous calons comme nous pouvons sur les marchandises, prêts à plonger au premier signe de faiblesse du radeau. Un tuyau de poêle crache une fumée noire, le petit navire s'ébranle péniblement hors du port. C'est à peine si nous devinons son sillage dans l'eau troublée du lac tant sa vitesse est faible. Les passagers sont des locaux, hormis les deux Américaines qui ont pris place à nos côtés. Nous entretenons quelques minutes une conversation cordiale que nous avons la nette impression d'avoir déjà tenue mille fois depuis notre départ. Puis sous un soleil liquéfiant, nous cuisons une heure durant avant de rejoindre l'autre rive, pourtant nettement visible à l'œil nu.

 

La partie habitable de l'île se résume à une mince bande de terre entourant le volcan Conception et son frère Madera. Nous louons des vélos et nous perdons dans les bananeraies, plongeons dans un trou d'eau naturel, flânons sur la place centrale d'Altagracia. La vie est lente et douce, mais sous la menace permanente de ces deux grands cônes montagneux, dont l'un a grondé quelques jours avant notre arrivée.



Dimanche 21 août. Costa Rica.

Nos informations sur le contrôle technique étaient – heureusement – erronées et nous traversons sans aucun problème la frontière costaricienne. Changement immédiat de décor : la végétation est ici déchaînée. La jungle, la vraie, faite de grands arbres abritant un épais parterre de plantes constitue un bloc infranchissable. De grandes lianes dégoulinent sur la chaussée. Un vacarme incessant s'échappe de la nature, fait de tous les cris d'animaux aussi invisibles que bruyants. Nous poussons notre carrosse jusque sur la côte Pacifique, à la station balnéaire El Coco.  Nous trouvons la nuitée soudainement chère dans cette Suisse de l'Amérique centrale, pays épargné au cours de son histoire par les coups d'État et les marionnettistes Nord-Américains.

Drôle de petit pays que le Costa-Rica, qui ne connut presque aucun trouble dans son passé, et surtout abolit son armée en 1948, sut valoriser son patrimoine écologique et maintenir vivante une vraie démocratie. Revers de la médaille, nous y croisons une nuée de touristes, louant à prix fort des 4x4 flambant neufs qui nous snobent sur la chaussée. Nous quittons le lendemain cette côte de sable gris pour le centre du pays.



Lundi 22 août. La Fortuna.

La route est emmurée par la végétation. Nous embarquons à chaque croisement l'homme ou la femme à qui nous demandons notre chemin. Les bus sont rares et les quidams trop heureux de se faire convoyer. Cinquante kilomètres avant le village de La Fortuna, nous apercevons le volcan Arenal, le plus réveillé de toute l'Amérique centrale. Il fume la journée, expulse quelques roches, mais c'est la nuit qu'il se révèle le plus impressionnant. Nous dégotons une petite chambre dans cette bourgade sans âme et vers minuit remontons dans la Datsun en direction du cratère B.

Le spectacle est presque irréel. La montagne, rouge à son sommet, crache des coulées de lave qui dévalent puis explosent le long de la paroi. Le choc de la roche en fusion sur la pente nous parvient dans un bruit sourd et caverneux, presque couvert par les piaillements des habitants de la forêt. Deux heures durant nous observons, fascinés, le sang de la Terre jaillir de cette plaie rouverte après trois mille ans de cicatrisation.



Mardi 23 août. San José. 

Rapide passage dans la capitale costaricienne. Nous repartons dès le lendemain pour la côte Pacifique. La saison des pluies s'invite jusque dans la voiture et malgré le charme des forêts couvertes de brume, nous avons hâte de rejoindre le Panama. Nuitée dans un cabanon au village d'Ojucha, à proximité d'une rivière et de la faune, puis départ pour la dernière frontière avec la Datsun.



Publié le 16/12/2006 à 09:30, dans 99. Nicaragua Costa Rica, Managua
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19. Panama





Vendredi 26 août. Panama.

Portail entre l'Atlantique et le Pacifique, charnière entre l'Amérique du Nord et celle du Sud, ce pays est à la croisée des routes terrestres et maritimes. Nous traversons en fin de matinée le pont « des Américains » qui enjambe le canal. Nous pénétrons enfin dans cette ville mythique, repère de contrebandiers et de trafics en tout genre. Mexico-Panama en un peu plus d'un mois et quelque cinq mille kilomètres, détours compris : nous voici au terme de notre périple automobile.

Nous choisissons le quartier historique et déshérité pour nous établir à la « Casa grande ». Le reste de la ville n'est que buildings vulgaires dragués par d'insipides avenues. San Felipe, au contraire, est un village en soi, où se côtoient, à quelques rues de distance, le palais présidentiel et les immeubles insalubres. Nous collons en trois exemplaires un écriteau « se vende » sur la voiture avant d'en faire réparer la roue avant gauche. Reste à trouver un acquéreur, puis un bateau pour la Colombie ou l'Équateur, tâche semble-t-il aussi ardue que de rejoindre l'Antarctique à dos de chameau. À cent kilomètres d'ici, la route n'existe plus. Un mur de jungle sépare le Panama de son voisin colombien. Seule la mer, côté Atlantique ou Pacifique, permet d'atteindre le Sud du continent.



Dimanche 28 août. Canal d'eau douce.

Quels ignorants! Dix ans après la découverte du nouveau Monde par Christophe Colomb, ce dernier et les Européens pensaient encore qu'il s'agissait de l'Asie. Amerigo Vespucci décrocha le pompon, au tout début du 16e siècle quand, à force de retourner la carte asiatique dans tous les sens pour la comparer aux côtes américaines, il comprit l'ampleur de la découverte. Le nouveau continent porterait son nom, et tant pis pour Colomb. L'enjeu fut alors de trouver un passage entre les blocs du Nord et du Sud, et Balboa le premier rejoignit les deux océans par le plus court chemin terrestre. L'isthme de Panama, une soixantaine de kilomètres, constituait la bande de terre la plus étroite, mais quatre siècles devaient encore séparer cette découverte du premier coup de pioche. Entre temps, on transborda les marchandises à dos de mules puis par chemin de fer, avant qu'un Français, de Lesseps, ne se lance en 1880 dans vingt ans de travaux couronnés d'échecs. Le plus gros cependant était fait lorsque les Américains prirent le relais de ce chantier pharaonique. Le canal vit le jour quinze ans plus tard, inauguré au moment où tonnaient les premiers canons de la grande guerre.

Vingt-cinq mille morts, trente-cinq ans de travaux, l'ouvrage fut aussi un défi lancé aux moustiques et à l'hydrographie. Car si les deux océans sont à peu près de même hauteur, le canal, lui, culmine à vingt-six mètres en son centre, au niveau du lac Gatun. Les navires sont ainsi hissés puis redescendus, par un jeu d'écluses, d'un océan à l'autre. Une prouesse technique et commerciale sur laquelle les Nord-Américains établirent un droit de propriété jusqu'en 1999, entretenant un État dans l'État, un bout d'États-Unis au milieu du Panama, prétexte au maintien de forces armées dans la région pour la protection des différentes dictatures mises sur pied par la CIA.



Lundi 29 août. Panamoindri.

Nous sommes presque du quartier. Beaucoup savent, en tout cas, que nous vendons une voiture. On nous dit que Machin est intéressé et nous traversons la ville en trombe, brûlons de l'essence pour tomber sur un Panaméen atone jetant un vague regard compatissant sur notre voiture préférée. On nous assure que Truc va l'acheter mais nous ne verrons jamais la couleur de ses yeux désinvoltes. Nous filons à la douane nous renseigner sur les formalités et rencontrons des fonctionnaires amorphes dépourvus d'informations.

Panama, c'est aussi cela : une nonchalance absolue dans les rapports sociaux, un homme ou une femme qui regarde ailleurs lorsqu'on lui adresse la parole, qui ne dit mot quand on lui pose une question, qui répond à son voisin quand on entame la conversation. La ville est un melting-pot d'Afro-Jamaïcains, de métis descendant des Espagnols, de Blancs et d'indigènes, et de Chinois traités comme la lie de l'humanité. Chacun vit plus ou moins dans sa communauté et considère l'autre comme la dernière des sous-races. Nous, nous sommes pris pour des gringos, c’est-à-dire des Nord-Américains, et l'objet, parfois, du plus vil mépris. Nous avons cependant quelques bons voisins dans le quartier, avec qui nous entretenons de cordiales relations. Mais comme à tout bon Panaméen, ne leurs demandez jamais un renseignement ou une adresse exacte. Ils vous fourvoieront aussi sûrement que le scandaleux plan de la ville.



Jeudi 1e septembre. Stop-car ou encore?

Nous sommes convaincus, désormais, de ne pouvoir vendre la voiture. Deux solutions s'offrent à nous : l'abandonner ici en priant fort pour que le douanier de sortie ne repère pas le tampon-auto sur le passeport de Boris, ou la hisser pour 400 dollars sur un cargo en direction de Carthagène. Il nous faudra, de notre côté, embarquer sur un voilier pour quatre jours de mer vers la côte colombienne. Sur l'autre rive, un autre casse-tête nous attend : rejoindre le Pérou sans traverser l'Équateur, dont les formalités de passage en douane nous interdisent l'entrée. La solution, en elle-même, est un autre problème : corrompre, sans droit à l'erreur, les douaniers équatoriens, ou se rendre au Venezuela avant de parcourir trois mille kilomètres d'Amazonie brésilienne. La Datsun tiendra-t-elle le coup ? Pourrons-nous passer sur ce qui risque de n'être, par endroits, que de vagues pistes défoncées ?


Vendredi 2 septembre. Corps à pierre.

Nous remontons doucement la rue Sosa lorsque des piétons paniqués nous font signe de rebrousser chemin. Nous comprenons rapidement leur effroi : une cinquantaine de collégiens, en uniformes et armés de pierre, dévalent la rue en hurlant. Boris au volant fait crisser les pneus de la Datsun dans un demi-tour bien senti, manquant de percuter les autres véhicules au premier croisement. Les gosses approchent, déchaînés et hargneux. Nous déboulons dans l'avenue à contre sens, affolés à l'idée de devoir revitrer l'ensemble de notre bien. Bientôt toutes les voitures ronflent de panique, cherchant à fuir la pluie de cailloux. Nous parvenons jusqu'au commissariat voisin où nous garons le véhicule et ressortons en piéton apprécier l'émeute estudiantine. Mais bientôt le repère policier est lui-même l'objet des assaillants et c'est dans la confusion la plus totale que les fonctionnaires fuient une rue plus loin. Des hommes armés de fusils à pompes débarquent, tirent des balles en plastique dans la foule de gamins. Les collégiens répondent par de nouveaux assauts, réussissent à gagner une rue stratégique, prenant en otage un automobiliste et son véhicule comme bouclier. Les renforts tardent à venir. Les voisins se barricadent. La guérilla urbaine durera encore deux heures avant que nous ne reprenions la route. Les vitres de la Datsun intactes.


Samedi 3 septembre. Crasse.

Les deux battants s'ouvrent, puis s'entrechoquent à notre passage. Nous pénétrons dans la taverne, à quelques mètres seulement du port de pêche qui la journée abrite les pires épaves humaines. Il est tard. Nous sommes dans les bas-fonds de Panama et ce bar en est l'illustration la plus appropriée. Des néons roses jettent une lumière sucrée dans la salle, quelques ampoules colorées emplissent le lieu d'un air festif de mauvais bal. Nous nous posons au comptoir, assis sur des sièges usés par des générations de fessiers à louer. Car il s'y fait ici un commerce des corps, pas de premier choix, mais qui semble satisfaire la clientèle locale, bloquée au sous-sol de la hiérarchie sociale. Les filles sont afros ou métisses, qui frôlent les clients mâles, passent des mains sur les épaules, glissent un mot dans l'oreille, jettent un regard incendiaire. Nous ne sommes pas de bons clients, seulement des gringos, pleins de dollars mais pour la bière seulement. Les putains se lassent, retournent à leurs habitués. Nous assurons la réplique au barman, les coudes posés sur le comptoir où se faufilent des cafards affolés. Le juke-box hurle, les hommes passent et repassent, les filles de joie sont tristes. Le Panama vibre ici.


Dimanche 4 septembre. 

Chaleur humide. Nous devrons nous y habituer. Mais est-ce seulement possible ? L'immobilité la plus totale suffit à générer des flots de sueur. Le corps exsude, le linge colle à la peau. Les mains glissent sur chaque objet. Nous ne sommes plus que deux fontaines de restaurant chinois bon marché. Il nous faut pourtant agir, décider, sortir de ce trou panaméen, de ce cul-de-sac continental. Avec ou sans la voiture. Continuer la route qui ici passe par la mer.



Lundi 5 septembre. Pan-Pan.

Un coup, puis une rafale, puis le silence. Une arme automatique ? Sûrement. Où çà ? Juste à côté, à un ou deux numéros d'ici. Les flics débarquent, mitraillettes au poing, questionnent le chaland, pénètrent dans les allées avant de repartir bredouilles. « Le quartier est sensible », prévient Hector qui, à mot couvert, nous confesse son ancienne passion pour la gâchette. Des passages en prison, des activités pas très claires, « mais avec moi, pas de problèmes », nous rassure ce jeune qui escorte Boris jusqu'aux toilettes. À la « Marena », bar plutôt branché, nous sommes pourtant loin de nos bas-fonds du port. Mais toujours peligrosso,  insistent nos « amis ». Eux habitent trois rues plus loin, le « pire endroit », celui où nous  frayons la journée en voiture. Mais qui voit notre Datsun ? Qui pense « argent » face à nos barbes mal rasées et nos tee-shirts usés ? Nous entendons le danger sans le voir, nous le sentons sans le subir.


Mardi 6 septembre. 

Décision est prise, nous passerons la voiture en Amérique du Sud. Quatre cents dollars le cargo, pour un véhicule qui n'en vaut guère plus, le choix n'est pas rationnel. Mais nous y sommes désormais attachés et nous voyons mal renoncer à notre liberté automobile. En piétons, nous appareillerons sur un voilier une semaine plus tôt, pour quatre jours de mer jusqu'en Colombie. Continuer motorisés nous oblige également à suivre la route vénézuélienne puis brésilienne. C'est-à-dire l'Amazonie du Nord au Sud, de Caracas à La Paz. Nous achetons en prévision une pelle, un gros bidon et une longue corde.



Vendredi 9 septembre. Vers la Colombie.

Nous laissons la Datsun sur le parking portuaire de Colon. Reste deux jours avant notre départ,  que nous mettons à profit pour descendre le canal de Panama. Chaque voilier pour l'emprunter est contraint d'embarquer avec lui cinq membres d'équipage, chargés de retenir le navire dans les écluses agitées. Nous servons ainsi de mousses sur un catamaran en route vers l'Australie, occasion unique de parcourir gracieusement les quatre-vingts kilomètres entre l'Atlantique et le Pacifique. Retour en bus le lendemain vers Portobello où nous attend Claudio, propriétaire d'un voilier assurant à titre privé la liaison avec la Colombie. La ligne de ferry ayant fait faillite, plusieurs capitaines de voiliers occidentaux, en situation d'oligopole, se sont entendus sur des prix exorbitants pour convoyer les voyageurs.

Nous embarquons donc, avec deux Américains et un Espagnol, sur le onze mètres de ce Français, pour un voyage qui, de peu, manqua d'être le dernier.




Publié le 15/12/2006 à 09:32, dans 991. Panama, Panamá
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20. Colombie




Dimanche 11 septembre. En danger.

Huit heures du matin, cap sur les San Blas. Cet archipel au ras de la mer a tout d'une carte postale de fantasme occidental. Les cocotiers ploient au-dessus des plages de sable blanc que lèche une eau verte et transparente. Les barrières de corail agissent comme des remparts contre les mouvements de la mer, assurant le calme à la surface de l'océan et une protection naturelle contre les requins. Le coin est habité par les Kunas, des Indiens au sourire fixe qui arrachèrent à Panama une large autonomie dans la gestion de leurs affaires. Le tourisme y est proscrit et seuls les voiliers sont tolérés. Survivants grâce à la pêche et au commerce de noix de coco, ils se déplacent d'île en île sur des embarcations taillées d'un seul tenant dans des troncs d'arbres. Nous les croisons sur l'eau et parfois sur les îles, vivant dans des cabanes rudimentaires, isolés les uns des autres et coupés du reste du monde. Deux jours durant, nous pataugeons ainsi dans le bonheur, grillons quelques poissons sur une plage déserte de Robinson, et oublions le rafiot de notre compatriote.

Car rapidement, le voilier de Claudio se révèle être une épave. Les deux cabines arrière, voisines du moteur, reçoivent en continu les émanations de gasoil, imprégnant les vêtements comme le cerveau du dormeur. La salle de bains abrite les plus étranges effluves, mélange d'eau usagée moisie et de particules fécales. L'eau de la douche ne s'écoule pas et il faut écoper le sol après chaque passage dans cet antre diabolique. Le papier toilette se coince dans les canalisations et l'évier est un témoignage vivant d'au moins trois traversées. La cuisine est un musée dédié aux stratifications organiques et le garde-manger une réserve protégée de blattes et de cafards. Les draps cultivent une race peu amène de polgas, de féroces puces exotiques dont Eduardo l'Espagnol sera le premier à se plaindre. Les exploits culinaires de notre capitaine, enfin, pour qui ressentirait un minimum d'appétit dans ce festival d'odeurs, n'ont rien à envier à ceux des pires cuistots pakistanais. Nous vivons sur le pont et  ignorons notre hôte, contre qui nous nourrissons le plus vil mépris. Mais après deux jours de cabotage permettant une certaine émancipation de ce marin d'eau douce, nous quittons l'archipel pour trente-cinq heures de traversée en haute mer. L'équipage doit de resserrer autour de son capitaine, isolés désormais que nous sommes sur ce vingt mètres carrés perdu sur les flots agités.

Dès les premiers heures, le navire subit la houle de l'océan, de grosses vagues peu élevées mais épaisses comme un tsunami. Nous ne savons plus où donner de la main, tantôt sur le cœur, tantôt sur l'estomac, cherchant dans les rares moments de position verticale un appui poisseux pour éviter la chute. Je cogne violemment chaque partie de mon corps contre la boiserie intérieure et mon crâne manque de peu la baume capricieuse sur le pont. Je reste la plupart du temps alité, forçant mon imagination à me télé-porter sur la terre ferme pour laquelle je ressens soudain la plus profonde nostalgie.

Ma carrière de marin est scellée : je suis un terrien et rien d'autre.


Le matin du dernier jour marque le début des vrais ennuis. La réserve d'eau douce lâche la première, suivie de peu par le frigo. Plus de vaisselle ni de douche, même si cette dernière ne concerne plus, à cette heure, que les seuls courageux se risquant encore dans le réduit puant. Le GPS principal nous abandonne en début d'après-midi, forçant notre capitaine à manier le compas avec fébrilité. Les vagues grossissent progressivement, jusqu'à devenir violentes au moment où jaillissent les premiers éclairs. Nous sommes encore à quinze miles des côtes et la nuit tombe doucement sur la mer bientôt déchaînée. Nous rentrons les voiles et Claudio fait partir le moteur. Le bateau est violemment ballotté et un bruit sourd fait jurer notre capitaine. Le second GPS vient de chuter de son irresponsable emplacement et nous voici sans repère fiable au pire moment de la tempête. Claudio affiche cependant un optimisme confondant, nous mitraillant de formules aussi peu rassurantes que « tout va bien » ou « rien de grave ». Boris et moi sommes prêts à le croire, mais les deux Américains qui n'entendent rien à la langue de Kersauson commencent à pâlir dans la cale. Le moteur donne tout ce qu'il peut contre les vagues, ronflant à n'en plus pouvoir dans la nuit légèrement éclairée par la lune. Nous sommes maintenant tous rassemblés près de la barre, assis en deux rangées se faisant face, les yeux rivés sur l'océan. Les éclairs illuminent la mer démontée. Soudain j'aperçois une fumée dans la faible lueur provenant de l'intérieur du bateau. J'en informe le capitaine, hurlant pour me faire entendre dans la tempête. Mais Claudio ne réagit pas, persuadé qu'une cigarette mal éteinte finit de se consumer. Qui donc, depuis deux heures que nous manquons tous de rendre à chaque instant par-dessus bord, aurait-il eu l'envie d'allumer le moindre clope ? J'insiste furieusement, rejoint dans ma protestation par mes compagnons d'équipage. Claudio réalise son erreur et crie à l'instant où la fumée s'affirme comme un nuage d'incendie. Le moteur s'arrête subitement. Nous nous précipitons en toussant vers l'escalier brûlant qui abrite la machinerie. Pas de flamme, mais le moteur est hors d'usage. Nous devons ressortir les voiles malgré la tempête. Le bateau bouge plus que jamais. Les Américains affolés fouillent le navire à la recherche d'introuvables gilets de sauvetage. Nous ne sommes plus qu'à cinq miles des côtes. Eduardo engage une violente polémique avec le capitaine sur l'opportunité d'appeler les secours. Ce dernier s'y refuse et nous nous interrogeons sur l'état de marche de la radio. Je pars m'allonger à l'intérieur, épuisé et malade. L'Américain me suit, mais ne peut atteindre la banquette. Il vomit brutalement en chemin. Je reste sans force, incapable d'esquisser le moindre mouvement. Un bruit de vagues me parvient de la salle de bain. Je prie Peter de jeter un oeil et son visage se décompose lorsqu'il découvre la masse d'eau remontant par l'évier. Il faut écoper. Eduardo et lui se passent les seaux. À la barre, Claudio maintient le navire comme il peut.

Une heure plus tard, à nouveau rassemblés sur le pont, nous scrutons, silencieux, les lumières de la côte. Et après un long moment, interminable, nous exultons tous de joie à la vue de la Baie de Carthagène. Les deux premières bouées sont franchies. Nous sommes sauvés.



Jeudi 15 septembre. Réveil.

Il est presque 7 heures lorsque j'entrouvre un oeil vaseux sur mon environnement direct. Boris est allongé sur ma gauche, Eduardo un peu plus loin. Nous sommes sur le pont du bateau qui mouille à quelques mètres seulement de la marina de Carthagène. L'eau est calme dans le port. La tempête est passée.

Des joggers courent sur le quai, dissipant avec force leur cellulite matinale. Des klaxons, de la musique, le bruit des voitures. Des ménagères au loin chargées de provisions : la vie terrestre est devant moi, comme une réalité encore inaccessible. Je descends avec précaution dans l'habitacle. L'intérieur du bateau n'est qu'un champ de bataille navale que nous aurions perdue. La vaisselle sale est renversée sur le sol, des paquets de nourriture gisent à terre, des objets ont été projetés ici ou là, tout comme les deux Américains, vautrés sur la banquette centrale. La puanteur des lieux m'est rapidement insupportable et je remonte en apnée sur le  pont.

Je secoue Boris et Eduardo encore endormis. Il faut partir, trouver ce capitaine de mes deux et mettre les voiles. Surtout ne plus le voir, ni lui ni son radeau. Ne plus sentir ces effluves sordides qui nous soulèvent le cœur plus fortement encore que la pire des tempêtes. Mes deux compagnons émergent difficilement, à l'instant où Claudio, sortant d'une des cabines saturées de gasoil, nous salue d'un air jovial. Nous l'ignorons superbement, exigeant seulement un dépôt à terre des plus rapides. L'homme se départit de son sourire bon marché, conscient de l'effort inutile. Quinze minutes plus tard, nous sommes sur le quai. Le cauchemar de série B est terminé.

 

Le sol semble bouger lorsque nous accomplissons nos premiers pas. Notre oreille interne s'est adaptée aux mouvements du bateau et quelques minutes lui sont nécessaires  pour retrouver le sens de l'équilibre. Nous n'avons également dormi que trois heures, trop peu pour récupérer physiquement et psychologiquement de la veille. Nos corps sont épuisés, mais nous sommes en Amérique du Sud, dans les rues de la plus belle cité coloniale de Colombie. Le bitume retrouvé suffit à nous tenir éveillés. Une farouche envie de marcher nous fait oublier notre fatigue.


Depuis l'Irak, nous n'avions plus croisé autant de militaires. Par petits groupes, ils arpentent les rues et les places, mitraillette au poing, contrôlant passants et automobilistes. Les soldats évoluent au milieu des nombreux touristes locaux et des quelques étrangers occidentaux, dans cette région pourtant épargnée par la guérilla. Une présence armée et visible, comme pour rappeler, contre toute évidence, l'appartenance de cette ville à l'un des pays les plus violents du monde.

Armée régulière, paramilitaires d'extrême droite, Farc d'obédience pseudo-marxistes, ELN, EZL, narcotrafiquants : les acteurs du bain de sang colombien ne manquent pas. L'exercice du pouvoir alterne depuis toujours entre conservateurs et libéraux, dans une parodie de démocratie. À la violence des factions illégales est venue s'ajouter celle de l'État qui, en dix ans, a éliminé physiquement les membres socialisants de l'Union patriotique, émanation politique de guérilleros qui au milieu des années 80 avaient tenté un retour dans la vie civile. Quatre mille militants, députés ou élus locaux de l'UP, sont ainsi morts sous les balles de paramilitaires restés impunis. Un génocide politique qui n'a pas refroidi les Nord-Américains dans leur soutien inconditionnel au régime, finançant armes et conseillers auprès de l'armée colombienne.

Bilan plutôt honnête pour ce pays : trois cents mille morts en un demi-siècle. Mais bilan provisoire seulement, car la plus ancienne guerre civile d'Amérique latine a de l'avenir, relancée à la fin des années 90 par les mêmes USA et leur « plan Colombie ». Le pays reste aujourd'hui le premier exportateur de cocaïne, malgré le plan « zéro coca » et l'appui militaire des États-Unis, dont les fosses nasales de ses citoyens constituent le plus grand réceptacle mondial de poudre blanche.



Vendredi 16 septembre. Gosses.

Ancien port d'importance pour les Espagnols, Carthagène se protégea des pirates en érigeant de massives fortifications. Des remparts encerclent la vieille ville qui abritent de grandes maisons aux façades colorées flanquées de longs balcons boisés. Nous logeons dans l'une d'elles en compagnie d'Eduardo, devenu notre ami depuis Panama. Nous voyons également le soir Brandie et Peter, les deux Américains rencontrés sur le voilier de Claudio. Nous passons une semaine dans cette cité douce et agréable, si ce n'est le harcèlement presque violent d'adolescents-clochards livrés à eux-mêmes dans les rues de la ville. Les enfants sans ressources sont ici délaissés, vivant dans un dénuement total qui les rend presque fous. Nous ratons de peu, avec Eduardo, un tesson de bouteille qu'une jeune fille proche de la folie brandit comme une arme au-dessus de nos têtes. Nous payons quotidiennement notre dû en cigarettes ou en nourriture, seul moyen de se débarrasser de ces jeunes devenus incontrôlables.


Mardi 20 septembre. Bomba.

La voiture est enfin arrivée. Mais une journée entière de formalités nous est imposée avant de pouvoir, à nouveau, honorer ses sièges râpés et son volant fissuré. Quand enfin, vers les 21 heures, les tatillons fonctionnaires du port commercial nous laissent reprendre possession de notre limousine, il est trop tard pour quitter la ville. Nous la garons sur une placette éclairée et lorsque nous revenons le lendemain, un clochard habitué des lieux nous apprend que la police l'a fouillée tôt dans la matinée, suspectant notre voiture d'abriter des explosifs. La Datsun, voiture piégée ? Nous rigolons, un peu moins lorsque nous constatons le fouillis à l'intérieur et surtout la porte avant droite voilée parce que forcée par les démineurs.

Nous prenons aussitôt la route pour Santa Marta, petite ville côtière en direction du Venezuela. La chaussée est en bon état mais nous n’avançons pas. Chaque demi-heure, une mitraillette nous indique le bas-côté d'un geste menaçant. Passeports, permis de conduire, papiers de la voiture, puis une demande que nous faisons répéter deux fois au jeune soldat lors de notre premier contrôle : « Seguro! » « Assurance ? Quelle assurance ? » Aucun douanier au port, durant les dix heures que nous avons passées en leur compagnie, ne nous a informés de ce détail devenu pour nous bureaucratique. Je sors fébrilement mon contrat français santé-rapatriement et sous les yeux du militaire souligne de mon doigt la rubrique accident, donnant au mot une intonation espagnole et au texte qui suit une compétence imaginaire pour tous les types d'accidents automobiles. L'appelé à peine pubère nous laisse reprendre la route et nous devons inventer à chaque barrage suivant une nouvelle fable lorsque jaillit des bouches disciplinées le mot « seguro ». Nous finissons, en fin de journée, par atteindre Santa-Marta, plus épuisés par les contrôles stressants de l'armée que par une éventuelle embuscade de la guérilla.



Jeudi 22 septembre. Santa Marta.

Bourgade assez laide au bord de l'océan, Santa Marta a l'extrême désavantage de se situer en dessous du niveau de la mer. Le soir de notre arrivée, un orage inonde la ville, transformant les rues en mini-torrents, emportant avec eux les égouts débordants. Nous devons patauger dans cette eau immonde et puante, sautillant autant que possible d'un lieu moins immergé à un autre. Nous passons la journée du lendemain cinq kilomètres plus au nord, où un ensemble de criques ravissantes ne se donnent qu'au marcheur. Les montagnes plongent à cet endroit dans la mer, et c'est par un chemin escarpé que nous atteignons l'une des plages, occupée la journée par des pêcheurs côtiers.

Je termine ici Pour qui sonne le glas. « La mort de tout homme me diminue, parce que je suis solidaire du genre humain. Ainsi donc, n'envoie jamais demander : pour qui sonne le glas ? Il sonne pour toi ». Hemingway est allé chercher son titre dans ce sermon du poète anglais John Donne. Combien de glas avons-nous entendus depuis notre départ de France ? Combien d'hommes sont-ils morts en Irak durant notre séjour, combien de Pakistanais ont explosé dans les mosquées de Silkot et de Lahore, combien de Chinois ont-ils péri dans le Henan, combien de Centro-Américains furent assassinés durant notre passage, combien de Colombiens ont-ils disparu aujourd'hui ? La proximité des évènements nous rend-t-elle plus solidaire ? Plus forts ? Pour l'instant seulement plus calmes.



Vendredi 23 septembre. Papiers. 

Nous approchons de la frontière vénézuélienne. Les contrôles se multiplient dans cette région soupçonnée par Bogota d'abriter des guérilleros assurant la navette entre le pays de Chavez et la Colombie. Les militaires également se lâchent, qui à la fin de chaque inspection tentent de nous soutirer quelques pesos. Nous jouons les imbéciles face à ces jeunes appelés qui nous réclament un refresco. De l'argent pour un soda ? « En voici un », faisons-nous en extirpant notre bouteille d’eau de sous le siège crasseux de la Datsun. L'un d'eux, au dernier barrage, se montre plus coriace. Il tient dans sa main, comme un jeu de cartes, l'ensemble de nos papiers et tourne autour du véhicule depuis plus d'un quart d'heure. Nous nous jetons avec Boris un regard par dessus son épaule. Le signal de la dernière cartouche : la carte de presse. « Nous travaillons sur le tourisme en Colombie, revenons de Bogota où nous avons croisé maintes éminences... » Le type se fige et Boris et moi, situés de part et d’autre du bonhomme, effeuillons, l'un après l'autre, son éventail de carte grise, passeports et autres permis de conduire.  La scène est comique et je réprime un fou rire qui risque de tout remettre en cause. Nous remontons aussitôt en voiture et quittons la Colombie, regrettant de ne pouvoir nous enfoncer plus au sud du pays.

La faute à l'Équateur.





Publié le 14/12/2006 à 01:46, dans 992. Colombie, Carthagène
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21. Venezuela




Samedi 24 septembre. Las.

Corro hier soir nous a fait souffrir. Deux heures durant, nous avons cherché un hôtel dans cette ville où toutes les pensions affichaient complet. Arrivés exténués vers minuit, après une nouvelle série de barrages vénézueliens, une heure d'errance dans Maracaibo à la recherche de la sortie et de longues heures de routes éclairées par des phares aussi puissants qu'une lampe de poche, nous avons échoué à 2 heures du matin sur une literie sordide dans une pièce sans fenêtre. Rares, chères et pouilleuses, telles seront les chambres durant notre séjour dans ce pays.

Corro est une jolie bourgade coloniale, mais vaut-elle, dans le style espagnol du même genre, San Cristobal au Mexique ou Antigua au Guatemala ? Ses maisons basses aux façades colorées affichent un air de déjà-vu. En moins bien. Les Vénézuéliens, de leur côté, ne débordent pas d'amabilité. Avons-nous, après presque quinze mois d'errance, rassasié notre curiosité de voyageurs ? Que nous faut-il pour relancer l'intérêt du voyage ? L'Amazonie ?



Vendredi 25 septembre. Caca-racas.

Une odeur de brûlé, indéniablement. Et qui, cette fois-ci, ne vient pas du dehors. L'habitacle empeste. La fumée sort du vide-poche. Nous sommes dans la capitale depuis quelques minutes et Boris est parti faire la tournée des hôtels. J'ouvre le capot et libère un nuage inquiétant. Un petit homme, genre Roland Magdane en fin de carrière, me rejoint aussitôt. Il est là, semi-clochard, qui travaille un peu pour le restaurant d'en face, mendie ici quelques bolivares. Je suis ses conseils et nous inspectons ensemble l'huile et le radiateur. Chacun des réservoirs affiche un niveau dramatiquement bas. Nous avons poussé trop fort la Datsun aujourd'hui et celle-ci manque de rendre l'âme. Il faut remettre de l'eau, acheter de l'huile et faire la vidange. Encore quelques kilomètres et la voiture nous lâchait, assure mon conseiller-mécanique dans une gestuelle de pantin désarticulé. Je le paie en cigarettes et Boris revenu, nous investissons l'hôtel Capri, accueillis, antennes dressées, par des dizaines de cafards surexcités.

La joie exagérée et surfaite de nos hôtes nous pousse rapidement dans les rues de la ville. Le pétrole a fait bien des victimes dans ce pays et en premier lieu sa capitale. Bétonnée à souhait dans les années cinquante, lors du boom pétrolier national, Caracas est aujourd'hui un monstre urbain. Des immeubles aux façades gris-sale, la plupart ornés de publicités géantes, trônent d'est en ouest sur une vingtaine de kilomètres. La pollution noircit chaque jour le ciel urbain, que les embouteillages interminables donnent le loisir d'apprécier au plus près des pots d'échappement. Les voitures sont démesurées, de grosses cylindrées américaines déglinguées consommant du quinze litres au cent. Qu'importe, l'essence vaut ici vingt fois moins cher que l'eau minérale, et nous remplissons le ventre de la Datsun pour deux dollars. Le cinquième producteur mondial de pétrole offre son essence à ses habitants, qui s'en gavent à en suffoquer.

 

Le Venezuela est aussi la patrie du président Hugo Chavez, animal politique unique au monde. Nous revenons à l'hôtel à l'heure de son talk-show hebdomadaire, « Alo presidente », devant lequel nous finissons par nous endormir. Des heures durant, face à une assemblée triée sur le volet, Hugo fait son cinéma à la télé, poussant la chansonnette, vilipendant ce « brave con » de George Bush, détaillant tel plan de développement rural, sautant d'un sujet à un autre dans un monologue seulement interrompu par les mimiques bienveillantes du public. Où veut-il en venir ? Le sait-il lui-même ? Depuis bientôt sept ans qu'il occupe le pouvoir, ses réalisations paraissent modestes. Son alliance avec Castro lui a permis d'échanger du pétrole contre vingt mille médecins cubains qui sillonnent la campagne. Quelques expropriations de grands propriétaires terriens, fortement médiatisées, peinent à aboutir, et la criminalité – douze mille homicides en 2003 – bat des records dans le pays.

La pauvreté est pourtant tenace au Venezuela. Sur plusieurs kilomètres, au bord de la route qui mène à la capitale, nous avons longé ce matin des baraques insalubres, les pieds dans l'eau croupie, où des familles entières s’entassent au milieu des ordures. La misère comme nous ne l'avions plus vue depuis longtemps. L'or noir coule à flot au Venezuela, mais la redistribution de ses dividendes, à la fin du deuxième mandat chavézien, paraît plus que discutable.

La personnalisation du pouvoir prend également une tournure inquiétante. Le Venezuela est une démocratie que le militaire Chavez habille comme une dictature. Au-delà de son show télé hebdomadaire et interminable, le président est omniprésent dans les journaux comme sur les murs de la ville. Telle réalisation a pu se faire grâce à Chavez et un écriteau ne manque jamais de le souligner.



Vendredi 30 septembre. Oeufs brouillés.

Nous fuyons ce matin avec peine la capitale saturée de voitures. Vers Barcelona, nous quittons la côte pour le centre du pays. J'ignore encore, à cet instant, mon destin d'assassin de volaille. La route est droite. Quelques maisons de chaque côté. La Datsun va vite. En face, un 4x4 tout-terrain roule sagement sur sa voie. Nous allons nous croiser dans quelques instants, dans la plus commune des conventions automobiles.

Soudain une rousse, plutôt jeune, la patte alerte, le cou flexible, heureuse de vivre au bord de cette nationale bucolique, excitée en cette matinée qui s'annonce comme un jour sans nuage, soudain donc, cette poule promise à briller lors des prochains comices agricoles, livrant à coup sûr des oeufs de première qualité, soudain cette poule quitte le bord de la chaussée pour jouer à saute-voiture (1). Elle traverse la voie de droite, court vers le 4x4 lancé à toute allure et, mue par un instinct de survie, freine subitement avant de rebrousser chemin. Sauvée. Mais sur la voie du retour, il y a nous. La Datsun, elle aussi heureuse en cette matinée ensoleillée, libérée de Caracas polluée, tentée par une accélération sur cette ligne droite sans embûche, va être l'exécutante mécanique d'un homicide involontaire. Le bruit est sec. Un petit bruit de petits os qui se brisent, broyés sur le bitume par le pneumatique. Le véhicule subit une légère turbulence. Je jette un oeil dans le rétroviseur. Une masse rousse est plaquée sur le macadam. Quelques plumes s'envolent. La poule n'est plus. Je ressens un léger pincement au cœur. Nous ralentissons à peine, trop angoissés à l'idée de croiser, au mieux le regard, au pire la machette, de son propriétaire indigène.

 

Est-ce l'esprit de la poule qui nous poursuit ? Le soir venu, la batterie donne des signes de fatigue bien connus. Les phares déclinent, puis le moteur s'arrête. Nous nettoyons les fils, astiquons les bornes et poussons la Datsun sur le bord de la chaussée. Je me jette sur le siège avant, enclenche la seconde et tourne la clé d'un geste vif. Le moteur repart. Mais quinze kilomètres plus avant, l'asphalte disparaît à nouveau sous les phares épuisés. La voiture cale. Aucun espace pour se ranger sur cette route très fréquentée. Les camions nous frôlent à toute vitesse, invisibles que nous sommes dans la nuit noire. Nous manquons de nous faire écraser à chaque seconde. Je pense à la poule. Puis, dans une ultime poussée, nous parvenons à réveiller le moteur qui tiendra jusqu'à notre point d'arrivée.

 

(1) « saute-voiture » : expression empruntée à Paul Auster dans son roman Tombouctu.



Samedi 1e octobre. Nature. 

Ciudad Bolivar, dans le centre du pays, marque le début du désert vert : plus de mille kilomètres de savane et de forêt avant la première ville moyenne de Boa-Vista au Brésil. Nous parvenons à Santa-Elena deux jours plus tard, bourgade logée à proximité du poste frontière. Une heure avant l'entrée du village, nous nous arrêtons, en pleine nuit, sur le bord de la route. Épuisés, les jambes tremblantes, le corps endolori par la journée entière passée dans la Datsun, nous nous extirpons groggy du véhicule. Le ciel est clair, rempli d'étoiles inconnues qui brillent sur la savane vénézuélienne. Des milliers de lucioles scintillent de part et d'autre de la route. L'air est chaud mais supportable. Nous restons là un moment, à écouter la nature dans la nuit.



Publié le 13/12/2006 à 01:49, dans 993. Venezuela, Caracas
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22a. Brésil-Amazonie




Dimanche 2 octobre. Tudo bem. Brésil.

La frontière brésilienne est la plus décontractée que nous ayons jamais traversée. Je remplis avec une précipitation naturelle le formulaire d'immigration lorsque la fonctionnaire observatrice me lance un « tranquillou » qui paralyse ma main. Je lève les yeux sur un sourire qui aussitôt m'en arrache un. Plus loin le préposé aux véhicules est embarrassé. Les papiers existent. Où sont-ils ? L'ordinateur ne fonctionne plus. Quelle est la procédure ? Il faut consulter les archives. D'une écriture enfantine, il remplit la liasse de documents, sans même jeter un oeil sur la Datsun. Il connaît quelques mots de français et s'empresse de nous les faire partager. Entre deux rudiments de l'idiome de Molière, à peine compréhensibles, il reprend son stylo. La procédure n'en finit plus. Mais nous sommes bien. Pas d'inquisition ici, pas de suspicion, nous sommes les bienvenus. Bienvenus au Brésil. « Tranquillou ».

 

C'est ensuite la savane. Deux cents kilomètres désertiques jusqu'à Boa-Vista. Nous crevons de soif, oublieux que nous sommes d'avoir acheté de l'eau à la frontière. Une baraque sur le bord de la route, une heure plus tard, nous sauve de la déshydratation. Nous y rencontrons nos premiers Indiens, « civilisés par l'alcool ». Chaque voiture qui passe est un spectacle que le regard vitreux des indigènes suit scrupuleusement jusqu'à sa disparition. L'ennui est ici total, mortel. La plupart traînent dans les hamacs, terrassés comme nous par la chaleur.

 

Boa-Vista nous héberge le soir dans un déprimant hôtel cerné par les églises évangélistes. La ville est minuscule, mais regorge de temples où se donnent à « Dieu » des fidèles enthousiastes, sous l'œil attentif d'un vigile suspicieux. Pas d'autres lieux ouverts en ville ce dimanche soir, nous partons nous coucher de bonne heure.



Lundi 3 octobre. Rorainopolis. 

Mes yeux sont lourds, très lourds. Mes paupières luttent. Fixer un point. Non, regarder partout. Penser. Penser à quelque chose, à quelqu'un. Ouvrir les yeux. Secouer le cou. Secouer la tête. Changer de vitesse, même si c'est inutile. La route est droite et nous sommes seuls. Boris est à ma droite, silencieux. C'est mon tour de conduite. Début d'après-midi. Je ne tiens plus. Nous allons droit à l'accident. Arrêt au premier village : Rorainopolis. Seulement deux cents kilomètres parcourus aujourd'hui. Serons-nous à temps en Bolivie pour le reportage ?



Mardi 4 octobre. Au feu.

La forêt, enfin. Depuis le Sud du Venezuela nous l'attendions. Mais seule la réserve indienne nous permet de la voir de près. Sur plus de cent kilomètres, interdiction de s'arrêter, et plus encore de sortir de voiture. Nous sommes en « zone humaine protégée », celle des Waimiri-Atroari, qui comptent parmi les derniers groupes indigènes du Brésil. Étrange sentiment que de se voir interdit de contact avec un autre groupe humain. Interdit en raison de notre faute, de notre obsession à détruire la faiblesse et la diversité. Nous en longeons rapidement quelques-uns, des hommes équipés de machettes, des femmes aux seins nus et des enfants au milieu. Je ralentis et nos regards se croisent, comme deux étrangers qui se jaugent, comme deux mondes coupés l'un de l'autre pour que l'un d'eux survive. La voiture continue sa mauvaise route, fuyant ces silhouettes qui déjà disparaissent dans le rétroviseur, laissant là ces hommes et ces femmes au plus loin de notre civilisation prédatrice.

Car s'il nous a fallu attendre la réserve pour côtoyer la forêt, c'est parce que celle-ci disparaît. Le drame de l'Amazonie. Un peu partout elle brûle, sous la main incendiaire de l'homme, laissant derrière elle un paysage désolé, des champs d'herbe disparate parsemés de souches calcinées. Régulièrement et sur des centaines de mètres, la ligne de feu grignote les arbres, dégageant un rideau de fumée jaunâtre qui s'élève dans le ciel comme la plainte silencieuse de la forêt assassinée. Près de 25 000 kilomètres carrés sont détruits chaque année. L'Amazonie, déjà, a perdu 20% de sa superficie d'origine.

 

Nous traversons également, ce jour-là, la ligne de l'équateur. « Zéro-virgule-zéro degré de latitude », peut-on lire sur le monument qui, au bord de la route, marque la séparation du globe terrestre en deux. Nous sommes à équidistance des pôles Nord et Sud, posés sur cette ligne imaginaire que survole à cet instant un couple de perroquets. Un reste de rhum traînant sous le siège passager nous accompagne dans cet évènement, dans la chaleur écrasante de la mi-journée, puis nous basculons, pour la première fois du voyage, dans l'hémisphère Sud.



5 octobre. Manaus. 

Arrivés. Nous le sommes. Nous l'ignorons encore mais c'est ici un tournant du voyage. Le dernier. Aucune réponse positive des rédactions en France sur le sujet de la coca bolivienne, nous ne travaillerons pas. Nous ne travaillerons plus. Convaincre Paris par Internet interposé est une épreuve insurmontable que je ne surmonterai plus. Nous n'avons rien publié depuis Mexico et les finances connaissent une baisse qui compromet la poursuite du projet. Nous sommes également dans un cul-de-sac routier et seuls les fleuves, vers l'Est ou le Sud du pays, permettent de continuer. Le coût du passage du véhicule est plus élevé que la voiture elle-même. Il nous faut vendre la Datsun et changer d’itinéraire.



Jeudi 6 octobre. Oasis.

Nous sommes à l'hôtel Kimar les seuls clients réguliers. Les seuls à passer plus d'une heure dans la chambre. Les filles sont jeunes et vieilles à la fois, belles sous leurs rides prématurées, ravagées par la bière qu'elles s’envoient dès 8 heures du matin. C'est ici le quartier rouge de Manaus où pullulent les hôtels bons marchés. Plus loin, la rue Bocaiuva se termine par un pont qui dessert une curieuse partie de la ville. Les maisons pauvres, construites sur pilotis, bordent le lit sec et large d'une rivière fuyant vers le Rio Negro. La terre est fendue, craquelée, déshydratée par la sécheresse. Des silhouettes errent sur le sol déchiré, un sac plastique à la main, les yeux à l'affût d'un trésor abandonné par le retrait des eaux. Le reste du quartier, en hauteur, surplombe le cours marron du fleuve, affluent de l'Amazone et déjà large comme plusieurs fois le Rhône. Les bateaux en contrebas ont été tirés sur le sable. Des hommes s'affairent autour des embarcations. Une musique rythmée remonte de la plage. Le ciel chargé de pluie menace. À l’horizon s'enfuit la forêt infinie.

Tout dans cette cité arrive et repart par bateau. Les marchandises comme les êtres humains. Les containers sont stockés jusqu'au cœur de la ville, tel un mur de métal le long du boulevard côtier. Les cargos mouillent un peu plus loin, sous les grues de déchargement érigées en bordure du fleuve. Manaus est un port international, à mille cinq cents kilomètres de la mer, relié par la route au seul Venezuela. Ancienne capitale mondiale du caoutchouc, concurrencée au début du siècle par la Malaisie, la ville doit sa renaissance au statut de zone franche accordé dans les années 60. Elle compte désormais un million d'habitants, encerclés par des millions d'hectares de jungle.

Nous vendons la Datsun pour une bouchée de pain au propriétaire d'une agence de voyage. Fini la voiture qui, depuis Mexico, nous a conduits sur près de 10 000 kilomètres, d'Amérique du Nord au cœur du Brésil. Nous redevenons piétons, tributaires des bus et des taxis. Et, pour l'instant, d'un bateau, sur le Rio Madeira pour Boris et sur l'Amazone pour moi. Il s'en va vers le sud, peut-être en Bolivie, je rejoins la côte, sûrement jusqu'à Sao-Paulo.

Après un an et quatre mois de voyage en commun, nous nous séparons définitivement.



Mercredi 12 octobre. Abordage.

Il faut traverser la plage et ses détritus, éviter le petit égout qui serpente dans le sable, suivre les porteurs qui, à dos d'homme, déchargent les marchandises. L'embarcadère est au bout, sur ce ponton métallique où une petite foule attend déjà. Le navire doit arriver, dans une heure ou deux. Peut-être plus. Les marchands ambulants font des affaires, les amoureux jouent les prolongations, les mères calment les plus petits. Chacun tue le temps et la chaleur comme il peut.

Puis la foule subitement se rassemble. Un navire va accoster : le « Nilho Correa », deux étages de fer surmontés d'une terrasse protégée. Une sorte de bateau à vapeur du Mississipi, en plus petit et sans la roue. Soudain, c'est l'assaut. L'abordage. Le chacun pour soi. La passerelle métallique est envahie de toutes parts. J'attaque de mon côté le flanc est, repoussant l'avancée, au sud, d'un gamin placé en première ligne par sa mère. Le gosse est coriace, surentraîné. Je vacille et m'appuie, pour éviter la chute, sur l'épaule d'un vieux qui manque de tomber dans le rio. Je capitule face à la famille, préférant lui emboîter le pas et profiter de sa percée. Au plus vite il faut monter, accéder aux meilleures places pour fixer le hamac.

Peine perdue. Le type à l'entrée réclame mon passeport, simple formalité qui fait fondre mon avance. Je rejoins le pont supérieur parmi les derniers et échoue entre deux hamacs déjà collés l'un à l'autre, tendant ma toile au maximum pour me placer au-dessus d'eux. C'est le début de cinq jours de navigation. Cinq jours magiques sur l'Amazone.

À la nuit tombée, le navire quitte le port. Les lumières de Manaus meurent doucement à l'arrière du bateau, une mélodie joyeuse se perd dans l'obscurité, relayée à l'étage supérieur par la stéréo de la buvette-restaurant. La vie commence sur le pont, où chacun s'affaire pour passer au mieux la première nuit sur le fleuve.



Jeudi 13 octobre. Sur l'eau.

La matinée commence par un sourire. Celui de la petite vieille sur ma gauche qui, toute la nuit, n'a pas cessé de me  flanquer des coups de pieds. Je lui rends son rictus, que je prolonge à l'attention de mon voisin de gauche. Son corps doit conserver le souvenir de mon coude, impossible à placer ailleurs qu'entre deux de ses côtes. Chacun s'étire douloureusement. Il faudra ce soir régler les hamacs, même si la marge de manœuvre est des plus limitées.

Je fais rapidement la connaissance de ma voisine de droite, jeune journaliste brésilienne parlant  couramment l'espagnol. Nous rejoignons ensemble, vers 11 heures, la file d'attente du déjeuner. Une table de vingt couverts, longue d'une dizaine de mètres, est déjà occupée par plus prévoyants que nous. Des places se libèrent mais interdiction de s'asseoir avant que tous aient terminé. Je ressens alors, une fois attablé, la pression de ceux qui désormais patientent debout, le regard dans nos assiettes, espérant que nous terminions au plus vite. Il faut engloutir la nourriture, invariablement composée de riz, haricots rouges et d'un morceau de poulet, puis quitter la place au plus vite pour ne pas être le dernier, celui que le regard des affamés fusillera pour sa lenteur.

La journée s'étire doucement. Sur les hamacs, le pont supérieur, à l'avant du pont, à l'arrière, puis à nouveau sur les hamacs. J'adresse la parole au petit vieux, blanc et courbé, qui se déplace si voûté qu'il semble s'écrouler à chacun de ses pas. Il est américain, soixante-dix ans, une barbichette filasse sous le menton, voyage depuis dix mois en Amérique latine et s'exprime dans un accent texan de bouche si édentée que je renonce à poursuivre plus avant la discussion.

À deux emplacements sur ma droite, une mère ravissante et délaissée – comme tant d'autres au Brésil – par son mari, a tendu une toile au-dessus d'elle pour son fils de deux ans. L'enfant fait un cauchemar. Il pleure. « Mamâââ », soupire-t-il au milieu des sanglots, lorsque la jeune femme, dans un geste saturé de tendresse, le saisit sous les aisselles pour le lover contre son corps. L'enfant se calme, il s'endort, petit bout d'homme au bout du monde, qui débute sa vie, seul avec sa mère, dans l'impitoyable Brésil.

Plus loin débattent trois jeunes sourds très bavards, dont l'un d'eux est mon voisin. Je n'entends rien au portugais, et encore moins à celui des signes, mais réponds poliment, par un hochement de tête, aux propos enjoués qu'il me tient plusieurs fois par jour. Je contribuerai plus tard, à la fin du voyage, à la mini quête organisée au bénéfice du cercle des malentendants brésiliens.

« Vito, Vito, venga! »  Il y a aussi Vito, six ou sept ans, à qui sa mère interdit de s'éloigner de plus d'un mètre du hamac maternel. L'enfant est sage, trop sage, condamné à errer autour de sa génitrice, scrutant avec envie les autres gosses qui jouent avec ferveur sur le pont du bateau. À l’heure du repas, elle lui donne la becquée, trois cuillerées pour elle, une demi pour lui, et Vito et ses grands yeux souriants mais plein de tristesse, dépassant à peine de la table, se perdent dans les regards vitreux des adultes affamés.



Vendredi 14 octobre. SuperNature. 

Deux rangées d'arbres escortent le fleuve depuis notre départ. Deux murs de verdure, de chaque côté, qui enferment le regard. Sous la coque du navire, les eaux marron s'écartent, si sombres et denses qu'elles en paraissent crémeuses. Le ciel est d'un bleu pâle, que des nuages dodus et irréels traversent nonchalamment. La nature ne possède ici que trois couleurs, mariées à l'infini sur des centaines de kilomètres. Le soir venu, la cime des arbres se dessine dans la pâleur de la lune, la surface de l'eau devenue noire scintille, quelques cris d'oiseaux retentissent en bordure du fleuve, la forêt s'éveille tandis que le bateau s'endort. 



Samedi 15 octobre. Préchi-précha.

Le Lévitique me fatigue. Yahvé est d'une violence inouïe et ses listes répétitives des différentes interdictions trahissent une rédaction bien trop humaine de la parole divine. Lire la bible est le plus sûr moyen, pour qui l'a, de perdre la foi. C'est pourtant le seul ouvrage francophone qu'il me reste, et ses 2200 pages doivent durer jusqu'à ma prochaine rencontre avec un compatriote. C'est un hasard pour moi de lire ici ce livre, au milieu d'une dizaine d'autres passagers chargés du même ouvrage. Tous doivent m'imaginer d'une piété exemplaire, penché sur le texte sacré plusieurs heures par jour. Je souffre pourtant depuis la Genèse et attends avec impatience le Nouveau Testament. Je peste, par ailleurs, à l'encontre d'une veille bourgeoise, logeant dans l'une des dix cabines, et venant jusqu'à tard le soir prêcher auprès des pauvres dans les hamacs. Son prosélytisme nocturne m'est insupportable et dans un « portugnol » hésitant, je libère chaque nuit mes compagnons d'insomnie de cette empêcheuse de somnoler en groupe.



Dimanche 16 octobre. Fausse arrivée. 

Nous ne serons pas ce soir à Bélem. Un moteur a cassé et le bateau se traîne. Tant mieux, car les abords du fleuve sont aujourd'hui merveilleux. La forêt débute dans l'eau, les arbres plantés dans l'Amazone, entourant ça et là une maison isolée bâtie sur pilotis. Une femme lave son linge, une gamine saute d'un ponton, une barque emmenée par le chef de famille dérive un peu plus loin. Le soleil bientôt couchant brille sur les eaux sombres du fleuve. Des dauphins roses font les intéressants. Le paysage est un film qui défile sous nos regards.

Nous faisons rapidement une halte imprévue au bord de trois maisons. L'Amazone est trop basse, il faut attendre la marée. Nous trépignons tous sur le pont, trop heureux de pouvoir mettre un pied à terre. Mais le bateau est appuyé contre un autre navire qu'il faut traverser dans sa largeur pour atteindre le quai. La grosse barque transporte plusieurs centaines de troncs d'arbres, petite montagne de bois bientôt assaillie par la foule des passagers. Nous escaladons les rondins, puis basculons de l'autre côté.

Les trois baraques sont reliées les unes aux autres par un ponton en bois. L'une d'elles abrite un débit de boisson, vide à notre arrivée et désormais plein à craquer. La bière coule à flot. Les verres s'entrechoquent. Une excitation collective règne dans ce cabanon planté en bordure du fleuve. Au milieu de nulle part. Nous savons l'arrivée proche. Sûrement au petit matin. Et après quatre jours d'un voyage éprouvant, la perspective de mettre fin à cette promiscuité ravit chacun de nous.



Lundi 17 octobre. Bélem.

Cinq heures du matin. Les fermetures-éclair grincent autour de moi. Les sacs se referment, les passagers font leurs bagages. La plupart des hamacs ont disparu, laissant au pont son allure métallique, vide, triste. Les gosses errent autour de leur mère, les yeux embués, pleins d'un sommeil trop vite interrompu. Je suis le mouvement général et saute sur le quai. Quelques adieux rapides à ceux encore présents. Mais déjà les passagers s'éparpillent. Je remonte l'avenue qui longe le port. Bélem est plongée dans le noir. Après cinq jours de vie communautaire, comprimé entre 140 personnes, me voilà seul, le long de cette rocade triste à se rendormir. Un taxi freine. Je négocie à peine. Hôtel Fortaleza. Il est trop tôt. Gilda me fait patienter sur le canapé. Je m'endors.

Bélem, ancien point de départ des missionnaires portugais, est pour moi un point d'arrivée. L'Amazonie est derrière moi. Je suis sur la côte brésilienne, face à l'Atlantique, d'où je quitterai d'ici un mois et demi le continent sud-américain. Aucun cargo direct pour l'Afrique noire, plus de travail en vue, je choisis de rentrer directement en Europe. L'Afrique, sûrement une autre fois, un voyage en soi, le prochain peut-être. Pour l'heure je découvre le Brésil côtier, dont Bélem constitue la plus septentrionale des villes. Je tente de m'y reposer, de récupérer un peu de ces cinq jours de navigation fluviale, merveilleux mais éprouvants.




Publié le 12/12/2006 à 01:52, dans 994. Brésil, Manaus
Mots clefs : Amazonie
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22b. Brésil côtier

 


Mardi 18 octobre. Blême Bélem.

 

Nous sommes cinq. Cinq Français. Il y a Nicolas et Yoan, routards dans la vingtaine, Laurent et Gwenaëlle, mariés dans la trentaine. Nous nous sommes rencontrés la veille à l'hôtel et ce soir nous rentrons d'une soirée arrosée. L'avenue Vargas est calme, presque déserte. Nous marchons sans autre souci que de rire sans tomber.

Tout va très vite. Je ne vois d'abord pas les trois jeunes qui arrivent de côté. Le temps de me retourner, Laurent est fermement serré par un bras, un couteau sous la gorge. Yoan est dans la même position, tandis que le troisième agresseur fouille nerveusement ses poches. Gwenaëlle pousse un cri. Nicolas recule. Je sors mon portefeuille, en extirpe les trente derniers reals. Un des types se rue sur moi, arrache les billets et repart en courant. C'est terminé. Trente secondes seulement. Nicolas et Laurent sont saufs. Nous rentrons dégrisés à l'hôtel.

 


Mercredi 19 octobre. La rua.

 

De vieux immeubles, certains délabrés, d'autres restaurés, que l'on observe le soir, lorsque les marchands ambulants qui masquent les façades ont plié bagages. Bélem a un passé, une histoire, liée au fleuve et à la mer, à la forêt. C'est une ville, à la vie diurne surexcitée. C'est un port, un grand et un petit, avec ses bateaux de pêche, ses marins noirs qui se lavent dans l'eau sombre et sale où mouillent leurs embarcations. C'est un marché, le « Ver o peso », dont les stands défilent le long du quai fluvial, avec ses odeurs de fruits, de comidas sur place, de poissons fraîchement retirés à la mer. C'est aussi le début du Brésil injuste, des hommes et des femmes qui ont faim, des gosses qui mendient, de ce type, sûrement sous crack, qui se jette sur un autre, le couteau à la main, avant de préférer lui assener tous les coups de poing que la vie lui a déjà donnés.

 


Samedi 22 ocobre. Sao-Luis.

 

Une mauvaise nuit de bus et nous voici à Sao-Luis. Je suis avec Nicolas et Yoan, dans cette ville au décor de théâtre abandonné. Les pavés du centre cuisent sous un soleil silencieux. Les fenêtres sont closes, les maisons inhabitées. Un pas résonne quelque part, invisible, qui s'enfuit déjà dans une ruelle ombragée. Les façades sont belles, mortes, certaines flanquées d'azuleros, abritant un jardin sauvage au milieu des décombres.

Parfois la ville se réveille, à la nuit tombée. C'est alors de la musique, des tambours, et des filles qui arrivent, vêtues de jupes tombant sur les chevilles, des jupes multicolores qu'elles font voler au-dessus de leurs cuisses, au rythme lancinant d'une peau de bête frappée dans les coulisses. Et trois mots, quatre, répétés à l'infini, par une rangée d'hommes tenus à l'écart, comme les gardiens de ces filles noires qui tournent, piétinent le sol, regardent la foule et sortent du cercle, épuisées, rassasiées. Heureuses.

 


Mardi 25 octobre. Alcantara.

 

À une heure de bateau somnole Alcantara. Six mille autochtones, une dizaine de ruines, autant de voitures : ce village aux habitants discrets est une énigme. Nous partons sur la barque d'un pêcheur au milieu de la mangrove, accompagnés tout le long du trajet par des poissons sauteurs. Quelques singes au-dessus de nos têtes, des ibis rouges dans les airs, des crabes d'un rouge écarlate qui nous fixent du regard : le petit monde de la lagune se laisse observer sans broncher. Nous ramons dans ces eaux saumâtres deux heures durant, guidés par notre pêcheur édenté et noir de peau.

 


Dimanche 30 octobre. Comacim.

 

La guigne des transports nous colle aux tongs. Nous arrivons à Comacim, par des chemins détournés, quarante-huit heures après notre départ de Sao-Luis. Nous sommes à cinquante kilomètres de Jerrycoacoara, notre objectif depuis deux jours, mais la route traverse des dunes de sable et seul un « buggy » au tarif prohibitif permet de rejoindre le village paradisiaque. Je laisse Nicolas et Yoan à la buvette de la gare routière, et pars en quête d'un transporteur moins cher.

La rue qui conduit vers le fleuve est lourde de pavés mal joints. J'avance sans en voir le bout, marchant à l'inconnu dans cette bourgade sans âme. Il fait chaud. Nous avons (mal) dormi cette nuit dans l'autocar et le sommeil me manque. Je me traîne sous le soleil brûlant. Épuisé. Que fais-je ici ? Où est le paradis que nous convoitons ? J'ai soif et je transpire. Un chauffeur de taxi s'arrête. Je le reconnais, celui qui tout à l'heure me promettait un Buggy moins cher. Je cède et glisse dans sa pogne calleuse quelques billets contre la promesse d'un chauffeur au tarif raisonnable. Je rencontre l'homme. Marché conclu. Dans un quart d'heure à la gare routière.


Début d'après-midi. Le soleil est encore haut dans le ciel. Je rejoins Nicolas et Yoan dans cette gare désolée, sur cette place triste d'un dimanche brésilien. Quinze, puis trente minutes s'écoulent. Je ne vois rien venir. La petite télé de la buvette, pleine de parasites, diffuse en saccadé un match de la ligue brésilienne. Nous mangeons de mauvais salgados, accompagnés d'un café réchauffé. Je m'assieds sur la place. Le soleil décline. Je guette. Je sais qu'il ne viendra pas, que nous attendons pour rien. Mais je reste. Je veux croire que nous pourrons fuir ce village aujourd'hui. Le banc face à moi est occupé par trois jeunes filles, la main sur la bible et les yeux ahuris, fredonnant en état de quasi-transe un chant religieux. Deux autres jeunes au tee-shirt « J'aime Jésus » me tendent un prospectus. Une voiture traverse la place, crachant une musique rythmée à plein volume. Ma voisine de gauche déborde de son soutien-gorge, un gosse affamé traîne de banc en banc. J'ai le sentiment d'avoir sous les yeux un résumé du Brésil. Le soleil se meurt. Aucun buggy à l'horizon. Nicolas et Yoan ne ratent rien du match de première division. Il fait bientôt nuit lorsque nous investissons la triste posada face à la gare routière. Journée perdue, au bout du Brésil, au bout du voyage. Au fond de moi-même.

 


Lundi 31 octobre. Jericoacoara.

 

Nous découvrons ce matin l'existence d'un pick-up traversant les dunes pour 20 reals. Seize entassés sous la bâche, cinq accrochés debout à l'arrière, un sur le toit avec les bagages et quatre à l'avant : nous sommes vingt-cinq dans ce Toyota qui parcourt la route entre Camocim et « Jeri ».

C'est d'abord un chemin de terre rouge, défoncé, entre les vaches à bosse et les cochons, au milieu de hameaux isolés aux habitants impassibles. Puis la route se poursuit à travers les dunes de sables, désertiques, blanches, qui annoncent la mer toute proche, la mer qui se découvre au sommet de l'une d'elles, d'un bleu sombre et lacérée d'écume, à l'instant où le soleil entame sa descente finale pour embrasser l'océan. Nous sommes heureux, tous, dans cet inconfort absolu, sur ce pick-up surchargé, heureux d'atteindre « Jeri » après trois jours d'un voyage qui s'achève comme un rêve.


Un village aux rues de sable. Des chevaux, des ânes, des poules, qui traînent entre deux maisons. La mer sur la gauche, dans laquelle vient s'effondrer une dune plus haute que le coucher du soleil. Des habitants chaleureux, malgré les touristes de plus en plus nombreux, venus investir au fil des ans ce qui n'était à l'origine qu'un village de pêcheurs. La route pour y parvenir fut rude, mais la récompense est devant nous, autour de nous.

Nous faisons, dès le premier soir, la connaissance d'un autre Français. Damien, opticien bas-normand, partage sa vie entre Alençon la semaine et le foyer parental le week-end, en banlieue parisienne. Avec la même régularité, il semble organiser son existence entre son activité professionnelle et sa passion de wind-surfeur. Il est seul ici, comme toujours lors de ses vacances sportives. Il connaît tous les « spots » de surf de la planète, en parle, comme de chaque chose, avec un engouement contenu. Il m'explique la scission entre wind-surfeur et kite-surfeur, il y a quelques années, dont j'ignorais tout jusqu'alors. Il passe deux semaines au Brésil, dans ce village uniquement, sur sa planche tout l'après-midi. Il a les cheveux courts, le tee-shirt impeccable. Il est un peu de droite, gentil, ennuyeux. Il a bientôt quarante ans et une vie millimétrée.

 


Samedi 12 novembre. Olinda

 

Nous poursuivons, les deux semaines suivantes, notre inspection méticuleuse de la côte Nord-Est du Brésil : Fortaleza, riche métropole entourée de la plus grande favela du pays, Canoa-Quebrada et ses plages surmontées de falaises de terre rouge, Olinda et ses façades coloniales intactes et colorées. Je sais, d'ores et déjà, que je ne n'irai pas à Rio. Ma route sur ce continent s'arrêtera à Salvador, avant de rebrousser chemin en direction de Fortaleza, mon port d'embarcation début décembre vers l'Espagne. Je préfère prendre le temps pour ces dernières semaines, quitte à sacrifier cette ville mythique, à mille sept cents kilomètres encore de Bahia.

 


Lundi 14 novembre. Recife.

 

Que se passe-t-il dans ce pays ? Comment ce sous-continent lusophone, qui a su conserver son unité géographique, peut-il être à ce point divisé socialement ? Comment la corruption et le libéralisme ont-ils réussi à générer une telle horreur sociale ? Car une fois de plus, les grands argentiers de ce monde n'y sont pas pour rien. Le dernier plan du FMI, en 1999, a permis de juguler la crise. Il a également accru, un peu plus encore, le terrible fossé social. Aux 10% des plus riches, la moitié des revenus, aux 20% des plus pauvres, 2% du total.

Il y a d’abord l'Histoire, celle de la conquête, lorsque la Couronne du Portugal accordait des terres aux puissants du royaume. Une colonisation par les grands propriétaires dont les héritiers d'aujourd'hui, les fazendeiros (1% de la population), détiennent 50% des terres, et dont 40% restent inexploitées. À l'autre bout, des millions de Brésiliens sans terre, parfois chassés illégalement de leurs champs, s'entassent dans les favelas des grandes villes. Trente millions d'entre eux mangent mal, pour ne pas dire qu'ils ont faim. Sept cent mille enfants de sept à quatorze ans travaillent, et plus de la moitié ne termine pas l'école primaire. Mais que fait Lula ? « Il rame, il est coincé, entre le Fonds monétaire et les grands propriétaires. Il ne peut rien faire », me répondent les Brésiliens progressistes.

À Bélem, Sao-Luis, Fortaleza ou Recife, la misère est pourtant accessible. Elle est sale et odorante. Elle est faite de ces gosses qui ont faim, de ces hommes cassés, de ces femmes hystériques, titubant de folie, parfois enceintes et souvent saoules. Elle est grise, noire de crasse. Elle est pieds nus, elle pue et elle dérange. Elle côtoie la richesse avec peu d'élégance. Ou l'inverse. Alors ils boivent, les habitants de ce pays, ils dansent, font du bruit, beaucoup de bruit, et sourient, énormément, tout le temps, ils répondent à un regard, se mettent en quatre pour vous aider, ils débordent de gentillesse quand la vie les tord dans tous les sens. Ils vivent tout ce qu'ils peuvent, tout ce qu'ils ont, au jour le jour, à cent à l'heure. Ils font tourner ce Brésil qui a déjà perdu la tête.

 


Mercredi 16 novembre. Bruit.

 

Le Brésil, c'est aussi la télé. Partout chez les gens, dans la rue et dans les bars, sur l'étagère du moindre boui-boui, elle bourdonne, du petit matin jusqu'à tard le soir. Les Brésiliens la regardent sans la voir, un peu plus peut-être à l'heure des telenovelas, ces sitcoms atrocement niais et surjoués. Ça s'aime comme dans une pub pour assurance, se sépare comme dans Dallas et pleure comme dans un film Hollywoodien. Les vedettes en moins.

Mais le plus souvent, personne n'entend, car le niveau sonore moyen au Brésil empêche de percevoir, à peu près où que ce soit, autre chose que du bruit. Généralement de la musique, à très haut volume, toujours plus forte que celle du voisin, rendant impossible, même si chacun tente de faire sauter l'ampli, la distinction entre les différents groupes ou morceaux. Comment font-ils pour se parler ? Nous nous hurlons souvent la question.

 


Vendredi 18 novembre. Moins chers les bus.

 

Recife vit aujourd'hui son deuxième jour d'émeutes. Selon un rituel vieux de quarante-huit heures seulement, la manifestation débute pacifiquement dans le quartier de Boa Vista, à cent mètres à peine de notre hôtel, arpente la ville jusqu'en milieu d'après-midi, puis se fait soudainement violente à la vue du premier bus. Les passagers en sont évacués, parfois non, avant qu'une pluie de pierres ne vienne s'abattre sur le véhicule. Les pneus sont dégonflés, les parois taguées, et le bus immobilisé pour bloquer la circulation. La cible privilégiée reste les transports urbains, dont la baisse des tarifs constitue la revendication d'origine.

Le premier jour fut bon enfant et les autorités dépassées par les évènements. Les forces de l'ordre observèrent la pagaille urbaine sans broncher, si ce n'est quelques timides interventions lancées en début de soirée. Aujourd'hui fut par contre celui de la répression, celle de la policia militar, des « choque » (l'équivalent de nos CRS) et de la police montée. Une trentaine d'arrestations, des charges violentes, plusieurs étudiants en sang, la poursuite du mouvement s'annonce compromise.

 


Dimanche 20 novembre. Gosses perdus.

 

Ils ne sniffent pas, ils aspirent. Ils sont là, face à nous qui buvons notre bière devant l'hôtel Brasil, une vieille bâtisse où nous louons pour 30 reals une chambre aux murs lépreux. Le plus âgé a peut-être quinze ans, le plus jeune six ou sept ans. Ils ont la bouteille plastique coincée entre les dents, comme un biberon permanent. Une petite fiole qui ne quitte jamais leur mâchoire. À l'intérieur une pâte, de la colle sûrement, qu'ils respirent par la bouche. Il est 2 heures du matin et aucun d'entre eux ne dort. Ils se couchent quelques instants sur le bitume, se relèvent puis se recouchent, partent soudainement en courant. Puis reviennent. Ils sont pieds nus, vêtus d'un tee-shirt déchiré. L'un d'eux, huit ans à peine, nous réclame une cigarette, puis du feu. Nous nous exécutons. Il repart, faisant alterner entre ses lèvres la colle et le tabac. Ils ont les yeux mi-clos, le visage bouffi. Ils restent en groupe de sept ou huit. Par sécurité. Ils craignent la police, les autres bandes. Ce sont les gosses abandonnés du Brésil.

 


Nous sommes heureux ici à Recife. Les habitants de l'hôtel nous ont adoptés et nous menons depuis quelques jours une vraie vie de quartier. Le trottoir de la rue Hospicio, large de trois ou quatre mètres, accueille sur son sol plusieurs baraques faisant office de bar, restaurant ou épicerie. Nous sommes constamment fourrés dans l'une ou l'autre, généralement avec l'un de nos co-résidents.

Car l'hôtel Brasil héberge, essentiellement sur le moyen terme, plusieurs semaines ou mois, une population qui semble sélectionnée, en secret, sur le critère de l'anormalité. Excepté nous bien entendu.

Il y a le premier jour Claudie, quarante ans, jolie brune usée par la vie, enceinte à en éclater, qui déboule dans notre chambre à la recherche d'une cigarette. Elle parle allemand, un peu français, s'en va utiliser nos toilettes, commençant devant nous à se déshabiller. Elle revient fumer, s'installe sur l'un des lits, raconte sa vie, son retour d'Allemagne, il y a quelques mois, avec son mari invalide. Elle part chercher ce qu'il reste de son « man », un être cassé, épais comme une feuille à cigarette, à la démarche hasardeuse et à la diction inaudible. Le lendemain apparaît Fernanda, vingt-six ans, ravissante Brésilienne aux cheveux clairs et jeune mère d'un petit bout de chou qui passe dans tous les bras valides que compte l'hôtel. Elle vient de Sao Paulo, habite ici avec son mari, un grand gaillard musicien et chaleureux. Fernanda se situe, au choix, entre l'état d'hyperactivité et la douce folie. Ses amis, Ulysse, jeune homosexuel sans le sou, Flavia, petite brune voisine de l'hôtel, et un jeune couple, forment une joyeuse bande avec qui nous sortons le week-end. Il y a aussi un être étrange, avec qui nous n'échangeons que de strictes politesses. Vêtu chaque jour de la même manière une panoplie crasseuse de chasse à cour britannique, passablement usée, la cravate de travers il traîne un attaché-case dans la main gauche et sillonne les couloirs de l'hôtel en affichant une dignité exagérée. Il y a également Tadéo, la cinquantaine, presque normal, qui exhibe sans retenue les photos de ses filles, et que sa femme, taillée comme une paysanne normande, vient chercher avec une fureur non feinte, les bras croisés et le regard noir, à chaque fois que celui-ci s'attarde avec nous en terrasse. L'établissement est tenu par Maria, vieille noire bedonnante et alcoolique, et dont la fille, treize ans et demi, chaude comme le soleil de Recife, se morfond de ne pouvoir sortir en ville chaque soir où nous quittons les lieux. La comptabilité, enfin, est assurée par un cul-de-jatte respectable et l'ensemble du bâtiment envahi par une dizaine de chats, dont deux aux yeux crevés. Tout ce petit monde s'aime, se dispute, boit, rit et pleure, dans la chaleur de Recife, devant cet hôtel déglingué de la rue Hospicio.

 


Lundi 21 novembre. Salvador de Bahia.


Je suis venu à Bahia comme l'on va vers un fruit, plein d'un désir sucré et de rafraîchissement. Je la quitterai soulagé et blessé. Rarement dans ce voyage, je n'ai senti deux pôles, deux mondes aussi éloignés, l'un salivant devant l'autre dans une tension extrême. Le centre de Salvador est beau, il est aussi insupportable. La misère, retenue à bout de bras par des policiers omniprésents, explose ici à la face de l'Occident. Les vendeurs de tout et de rien harcèlent l'Allemand ou le Français. Les ados réclament à manger, se tortillent devant vous et finissent par s'énerver. Les plus aisés veulent des cigarettes, les gosses un peu d'argent et les plus entreprenants votre portefeuille dans la rue isolée. La tension est parfois électrique, qu'un sourire hypocrite parvient tout juste à apaiser. Il n'y a pas assez de place ici pour le riche et le pauvre, pas assez d'espace pour appréhender la misère. Elle guette, observe et se faufile, crasseuse et en guenilles, entre les shorts immaculés des touristes occidentaux, qui feignent de ne rien voir, trop déçus qu'ils seraient de ne point reconnaître le poster alléchant de l'agence de voyage.

Mais on ne voit jamais les pauvres sur les cartes postales.

 

Si je trouve le monde beau, me demande Nicolas de retour à l'hôtel ? Je réfléchis. Il n'est ni beau, ni laid. Il est. Il est sale, pauvre, puant, laborieux, joyeux, aimable, chaleureux, injuste. Il est fait de cette humanité qui souffre sans toujours le savoir, de ces hommes et femmes qui triment du matin au soir, de ces Chinoises qui refont les routes, de ces Vietnamiennes qui se cassent le dos, de ces Pakistanais désœuvrés et de ces Cambodgiens mutilés, de ces gamins qui poussent dix fois leur poids dans les rues de Lahore, de Mexico ou de Bélem, et qui n'iront jamais à l'école. Il est fait de ces riches qui les côtoient, de cette élite peu partageuse qui vit dans des camps retranchés. Le monde est-il beau ? Je n'en ai aucune idée. Aucune prétention. Il est autour de moi et je ne fais que le traverser. Partout je suis un étranger. Je suis là mais je suis ailleurs. Je suis présent et pourtant si loin. Qu'ai-je en commun avec un Kurde, un Chinois ou un Salvadorien ? Je suis un Européen. Je suis unique sur cette planète. Je fais partie d'un peuple immensément riche, qui sait encore un tant soit peu partager, mais uniquement à l'intérieur de ses frontières. Et pour combien de temps encore ?

Qui va mourir demain ? La femme pakistanaise ? Mes amis kurdes-irakiens, mon étudiant iranien, mon syndicaliste chinois, mes Homless californiens, mes gamins shootés brésiliens ? Qui veut gagner des millions ? Qui veut souffrir en silence ? Qui veut voir la misère de ce monde ? Qui veut partager ? Qui veut continuer à vivre ? Moi je retourne dans ma forteresse. Mais à tous les tenants du libéralisme comme horizon indépassable de la politique économique, à tous les partisans du détricotage des filets sociaux, à tous les militants de la privatisation des services publics sous l'étendard de la modernité, à tous les promoteurs d'une fiscalité injuste sous prétexte de stimuler une croissance qui ne profite qu'à vous, faites le tour de la planète, à distance des hôtels quatre étoiles et des aéroports. Traînez loin de vos délégations officielles. Venez respirer les bas-fonds de ce monde. Ça pue.

 

 


Mardi 22 novembre. Partir.

 

Nous sommes tous les trois écœurés par Bahia et ne songeons plus qu'à fuir au plus vite cette cité interdite. Impossible de s'écarter des sentiers touristiques, de se faufiler dans les rues un peu moins restaurées. Au risque de finir dépouillés. Nous regrettons Recife et nos amis, où la misère, si présente soit-elle, n'est pas encore excitée par l'industrie touristique. Que devient la liberté du voyage lorsque celui-ci doit se faire sous escorte ? Que reste-t-il à voir lorsque l'on ne peut regarder ailleurs ?

 


Jeudi 24 novembre. Vers Fortaleza.

 

Nous rejoignons ensemble la gare routière de Salvador. Nicolas et Yoan partent se réfugier à l'intérieur des terres, je retourne à Fortaleza prendre mon bateau pour l'Espagne. Nous nous quittons après un mois passé ensemble, sur la route de Bélem à Bahia.

 

Une malédiction, depuis mon arrivée sur la côte et mon assujettissement aux bus brésiliens, me plaçait systématiquement, dans les cars de nuit, à proximité immédiate des toilettes. Un emplacement où les odeurs chimiques et humaines, la climatisation poussée au maximum, et le va-et-vient permanent des passagers constituent le cocktail le plus efficace pour qui redouterait de s'endormir. Mais cette fois-ci, j'avais été attentif, lors de ma réservation, à l'écran du vendeur sur lequel s'affichait le plan intérieur du bus. D'un doigt autoritaire, j'avais pointé le siège numéro 20, forcément éloigné des sanitaires.

 

L'heure d'embarquer arrive. Nous attendons tous devant la porte lorsque j'aperçois un passeport français dans les mains du colosse qui me précède. J'engage la discussion, sans me douter, à cet instant, que je commets une terrible erreur qui me coûtera ma nuit de sommeil. C'est une masse, plutôt sympathique, arborant un gros tatouage sur l'épaule gauche et deux à la naissance du cou. Nous échangeons quelques mots convenus sur le Brésil, qu'il honore de sa présence pour la quinzième année consécutive, puis nous montons à bord. Je m'assieds avec une joie à peine contenue à la place numéro 20, respirant un air sain, tout juste troublé par le parfum de ma voisine, dont le seul défaut est d'avoir sur ses genoux sa petite fille déjà grande et d'occuper ainsi une place presque et demi à deux. J'ai en effet, à cet instant, les petites baskets enfantines calées sur ma cuisse droite, et sûrement dois-je m'attendre à récupérer une partie de la gosse durant la nuit. Mais que représente cette gêne en comparaison de la guerre chimique à laquelle je viens d'échapper ? Les vingt-et-une heures de trajet s'annoncent comme un vrai bonheur et j'offre, en consécration de ma victoire sur le complot des compagnies de bus brésiliennes, un biscuit à la gamine surnuméraire mais calme. J'entends alors une voix m'interpeller en français. C'est mon forçat qui arrive du fond du bus. Il a installé ses affaires et revient faire la causette, campé dans la rangée du milieu, la main appuyée sur le dossier qui me fait face. Une crainte m'envahit. Je le vois embrasser du regard l'entassement de nos trois corps, cherchant sûrement, et malgré moi, à me délivrer de cette mêlée humaine. Le malheur tant redouté arrive. Il me propose de le rejoindre, le siège jumeau du sien étant inoccupé. Je tremble, bafouille un refus poli mais ferme. Il insiste. « Et l’on pourra causer », conclut-il de façon péremptoire. Je sens la malédiction revenir au galop. Je cherche une excuse, mais le géant est plus rapide. À ma voisine, il annonce déjà en portugais que je vais libérer ma place, qu'avec sa fille elle sera plus à l'aise. La mère se tourne vers moi, me sourit, pleine d'un infini remerciement dans le regard, auquel, piégé, je finis par répondre. Je me lève. J'ai perdu. Je m'en vais rejoindre la place numéro 32. En face des toilettes.

 

La nuit fut aussi blanche que mon visage au lever du jour et je consacre la journée du lendemain à végéter aux côtés de mon forçat. Nous arrivons le soir à Fortaleza où nous sommes accueillis, la main tremblante et l'œil vitreux, par un ami brésilien d'Hercule. L'homme est ivre mort, mais la gare routière est loin du centre et j'accepte sans trop de manières qu'ils me déposent à l'hôtel. Je monte à l'arrière du pick-up, couché sur mon sac pour tromper la police. Pendant près d'une heure, je suis ballotté sur la plate-forme, le chauffeur alcoolisé conduisant sa machine avec autant de douceur qu'un pilote iranien. Après un ultime arrêt dans une rue sombre, où les deux hommes font le plein de cocaïne, la voiture freine brutalement devant l'hôtel. Je serre la main de mon forçat, soulagé, et durant quelques instants, suis du regard le bolide-cercueil qui emmène ces deux pieds nickelés vers une nuit des plus risquées.

 


Samedi 26 novembre. Fortaleza.

 

C'est ici le début de la fin. Ma dernière ville non-européenne. Je me réveille consterné par l'acharnement des moustiques, les aboiements des deux chiens de l'hôtel et le fou qu'héberge gracieusement l'établissement et qui hurle « baby » du matin au soir en sillonnant les couloirs. Je n'ai encore pas dormi cette nuit. Mais je fais ce matin la connaissance de Michel, sympathique musicien belge en voyage d'étude au Brésil, en compagnie d'une troupe de danse contemporaine. Nous partons tous ensemble l'après-midi même sur la plage d'Iguape, et le soir assister à une démonstration de danse « Coco ». J'avais vu le Forro, la Samba et la Salsa, mais rien, jusqu'alors, d'aussi impressionnant. Nous sommes regroupés en cercle, assis sur de mauvais sièges d'écoliers, dans une salle de plain-pied avec la rue et éclairée par des néons blafards. Un vieux Brésilien édenté, clope au bec, retient entre ses tibias une grosse caisse recouverte d'une peau tendue. Il se penche, fait claquer ses paumes contre l'objet. Le rythme est lancé. Les danseurs, essentiellement des hommes, sautent sur leurs talons, entremêlent leurs jambes dans un curieux mouvement des reins, tournent sur eux-mêmes, reviennent, frappent des pieds sur le sol, en maintenant les jambes inclinées vers l'intérieur, comme deux baguettes de tambour s'abattant sur une caisse claire. Ils se tordent les chevilles, qui à elles seules soutiennent leur corps, virevoltent avec légèreté, se cassent les pieds avec enthousiasme. Ils dansent sur le carrelage de cette petite salle municipale, dans ce village de pêcheurs, entraînant rapidement avec eux la petite troupe de danseurs bruxellois.

Nous terminons la journée dans un restaurant japonais de Fortaleza, puis la nuit sur la plage jusqu'au lever du jour, sirotant la Cachaça en admirant le soleil crever les nuages s'élevant au-dessus de la barrière de buildings.



Publié le 11/12/2006 à 03:03, dans 994. Brésil, Recife
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5 ème partie : Traversée de l'Atlantique





Publié le 10/12/2006 à 04:03,
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23. Atlantique



Mardi 29 novembre. Départ.

Aujourd'hui est une journée d'attente. Il est 9 heures et je suis prêt à monter dans le bus me conduisant au bateau, à soixante kilomètres de Fortaleza, lorsque j'apprends de l'agent maritime brésilien que le départ est repoussé de cinq heures. Tant pis. Je pars pour Pécem, petit village à proximité du port maritime, où je passe la journée à fixer l'unique rue désespérément vide. À 17 heures, enfin, je suis sur le quai face au « Cala Pintada », douze heures après mon départ de l'hôtel. Déception. Le navire est minuscule. Deux mille containers au maximum. Je remarque également le mauvais entretien du bateau : la coque mal repeinte est rafistolée par endroits. « Est-ce bien mon navire ? » demandé-je à l'agent maritime brésilien. Mais je n'attends pas sa réponse. Je gravis la passerelle. Sur le pont, un Asiatique se rue sur moi, un détecteur de métaux à la main. Surexcité, il me fait signe de vider mon sac, pendant qu'il caresse mon corps de sa machine qui couine. Un autre groupe d'Asiatiques arrive, hurlant entre eux dans une langue que je ne reconnais pas. L'un d'eux s'approche, broie ma main en croyant la serrer, et d'un ton peu aimable me dit : « I'm the Cap'tain ». Le préposé aux détections de métaux l'interroge du regard, puis, satisfait de sa réponse, reprend sa fouille de plus belle. Le « Cap'tain » descend du bateau sans attendre, suivi du groupe. Que se passe-t-il ? Où vont-ils ?

Je croyais le pavillon et les officiers allemands ? « Ils vont au bordel », lâche tout sourire mon garde chiourme. Dans l’habitacle, une seconde inspection m'attend, plus rigoureuse encore que celle du pont. « Security! Security! », hurle un nouvel Asiatique. Où suis-je ? Quel est cet équipage ? Me serais-je réellement trompé de bateau ? La seconde fouille terminée – sans que, par ailleurs, personne n'ait repéré ma machette que je traîne depuis le Guatemala – un type un peu en retrait me sourit. Je m'accroche à son regard. Les deux autres contrôlent mes papiers, réclament toujours plus de justificatifs, dans une excitation brouillonne. Qu'ils m'eussent pointé un revolver sur la tempe ne m’eut pas plus surpris. J'extirpe ma carte de journaliste, explique mon voyage. L'atmosphère progressivement se détend. Puis le souriant steward me conduit à ma modeste cabine. Je le presse de questions et apprends que la seule chose d'allemand sur ce bateau est le propriétaire, bien loin d'ici en Europe. Le « Cala Pintada » bat pavillon libérien et l'équipage est philippin...

 

Je m'installe dans ma décevante cabine, puis observe les derniers mouvements sur le quai. L'opération est artisanale. Le bateau a ses propres grues qui se résument à un câble et un crochet. Pour chaque chargement, une équipe de cinq manœuvres montent sur le toit du camion attacher le container avant que, hissé laborieusement sur le bateau, d'autres dockers s'occupent de le redresser pour le loger sur le pont. Je suis loin des grues ultra-sophistiquées qui nourrissaient le « Punjab Senator ». C'est ici la vieille école, sur ce rafiot qui fleure bon le pavillon de complaisance. Je résiste à Morphée jusqu'aux premières minutes de notre départ en mer, regardant dans un demi sommeil s'éloigner les côtes brésiliennes. Fini l'Amérique, sept mois après mon arrivée à Los Angeles. Je pars me coucher pour quatorze heures d'une nuit ininterrompue.



Mercredi 30 novembre. Safety first.

À nouveau la mer. Pour la dernière fois du voyage. Cette immensité, cette masse d'eau infinie qui me sépare encore de l'Europe. Cette fois-ci c'est l'Atlantique, plus bleue, plus petite, moins grise que le Pacifique. Le second officier m'emmène faire la tournée de sécurité. Obligatoire. Je trouve le bateau d'évacuation d'urgence en sale état. Les ballots pneumatiques, plus loin, me semblent rouillés et je fais celui qui n'a pas vu lorsque à plusieurs reprises il ouvre les petits coffres à incendie sans qu'aucun tuyau ne s'y trouve. Je m'en fiche. J'écoute à peine les consignes que je connais déjà. Je veux voir l'océan qui nous entoure. Profiter une dernière fois de ce voyage. Neuf jours avant mon retour. Neuf petits jours qui s'ajouteront aux 508 depuis Paris, depuis ce 12 juillet 2004 où j'ai claqué la porte de l'appartement, où j'ai pris le métro d'Alexandre Dumas jusqu'à la Gare de l'Est. Où j'ai quitté cette ville que je n'habitais déjà plus. « And you have to come here, immediatly, when you hear the emergency alarm... ». Oui, oui, je t'écoute. La sirène fonctionne-t-elle seulement ? Mon Philippin est tout à sa visite. Et moi je rêve. Je refais mon voyage sur ces vagues. Je tente de retrouver les visages des premiers mois, il y a un an et demi. Les premières rencontres et les premiers sourires. Istanbul. Erbil. Téhéran. « And here, there are the dangerous conteneirs... » Oui, les chimiques, les radioactifs, je sais. Te casse pas Billy, on coule et moi je saute, je vous laisse sur votre cercueil flottant. J'irai voir les poissons. J'irai en Afrique dont on va longer les côtes. « Take care when you walk on the deck... ». D'accord, taking care, tout le temps je take care, depuis des mois. Ici aussi, je takerai care. Oui. Allez, rentrons, allons manger la mauvaise bouffe dans la malodorante salle à manger. Mais oui je t'écoute. Il n'y a que toi et la mer. Il y a la mer. Seulement la mer qui recouvre la Terre, la Terre qui est ronde et dont je viens de faire le tour. La Terre. Puis la salle des machines. Je me coiffe du casque de protection auditif. Nous descendons dans cette cathédrale, où les piliers sont des pistons, six, immenses, qui ronronnent dans la chaleur. C'est beau. Du bruit, beaucoup. Et cette machine qui me ramène à la maison. J'ai faim Billy. Je veux rentrer chez moi. « And here... » Mais j'ai le casque sur les oreilles, comment veux-tu que je t'entende ? Je regarde bouger ses lèvres. Je souris. Peut-être vient-il de faire une blague. Je le regarde. Je repense à la Chine. Aux Hutongs de Pékin, à la poussière du Taklamakan. Au Vietnam aussi. On remonte. Il m'indique des panneaux sur le mur. Je regarde. Il y a un pingouin qui sourit et qui dit de toujours faire très attention, « safety first ». C'est fini. Je pars languir dans ma cabine. Merci Billy. Je te promets de ne pas mourir aujourd'hui. 


Jeudi 1e décembre. Les serfs de la mer.

Alan est adorable. Il est bien sûr Philippin, comme la quasi-totalité de l'équipage. C'est le steward et nous avons un point commun : nous haïssons tous deux le capitaine. Ce Polpot de mes deux semble d'ailleurs méprisé par l'ensemble des matelots qui, eux aussi, font preuve d'une parfaite gentillesse à mon égard. Je n'ai que des amis sur ce bateau hormis son responsable, mais Alan, plus que tous, même si c'est aussi son métier, est d'une attention touchante avec moi. Nous discutons souvent ensemble à la fin des repas, lorsqu'il vient se planter debout devant la table pendant que je termine mon dessert. Alan a vingt-huit ans, il trime sept jours sur sept sur ce navire, quinze mois d'affilée, de 5 heures à 18 heures, pour 400 dollars mensuels. Il me montre les photos de son ex-femme, de son actuelle, de son enfant. Il habite sur une île philippine qu'il ne reverra pas avant dix mois. Alan trouve que 400 dollars, c'est bien. À Manille, il ne peut espérer plus de cent. Je ne sais plus s'il faut que j'approuve, que je proteste, que je lui trouve des faux papiers pour venir gagner le Smic français, que j'organise un syndicat ou que je coule cette galère d'esclaves. Alan me sourit. Il sourit mais il n'est pas dupe. Il a vu mon visage se transformer à l'annonce de son salaire. Je lui dis que sur le précédent bateau, le steward de Kiribati. « From wehre ? » De Kiribati, une île perdue dans le Pacifique. Enfin bon, cet homme gagnait 600 dollars. «Six cents dollars ?! » Alan n'en revient pas. Et son contrat n'était que de douze mois. Pas quinze, oui douze. Alan recule, réajuste le sapin de Noël en plastique qu'il a passé l'après-midi d'hier à installer. Je sais bien qu'il pense à ces 600 dollars. Lui qui se trouvait bien payé. Je lui promets de lui donner le contact de la compagnie. Au plus tôt. Et le capitaine est un gentil nounours allemand, pas un Polpot. Alan sourit encore. Il a fabriqué pendant ses heures de repos de petites décorations, en découpant des photos dans les magazines, qu'il a ensuite collées sur le mur de la salle. C'est adorable. Maintenant il veut me faire un thé. J’examine sa montagne de vaisselle. Je refuse. Je préfère d'ailleurs le café et je le ferai moi-même. Nous poursuivons la discussion dans l'office, lui à ses assiettes, moi à ma cafetière.


Vendredi 2 décembre. Moitié Nord.

Nous avons passé l'équateur avant-hier, me revoici dans l'hémisphère Nord. Le navire est actuellement à 12,5 degrés de latitude Nord. Demain vers 13 heures nous devrions voir les îles du Cap-Vert à l'œil nu, et lundi à 11 heures nous atteindrons les îles Canaries. Ce sera déjà l'Europe, un bout d'Espagne, avant Valencia prévu pour le 8 décembre. Nous avançons à 18 nœuds et le temps est pour l'instant au beau fixe. Je fais un point sur la carte depuis mon départ jusqu'à l'arrivée : 67 000 kilomètres entre Paris et Lyon... en passant par Pékin. Le plus long trajet entre ces deux villes, que j'ai pourtant si souvent parcouru en voiture ou en TGV. Dix-sept mois au lieu de deux heures. Mais j'y serai à temps pour Noël.

 

Jukic est l'un des rares non philippins sur ce bateau. Vieux croate aux yeux roublards, il est chef ingénieur sur le « Cala Pintada », à 6 000 euros mensuels, net d'impôts payés au Libéria. Je l'ai craint les deux premiers jours, et voici que ce soir il m'invite « to have a drink ». Nous buvons du rouge argentin. Il me raconte un peu sa vie. Je lui faire part du salaire d'Alan, il me dit que ce dernier ment, qu'il gagne bien plus que ce qu'il me dit. Je ne sais plus qui croire sur ce bateau. J'ai, sur lui-même, des doutes quant à ses appointements. Je connaissais les salaires des officiers allemands sur le « Punjab Senator » et ils étaient bien inférieurs. Essaie-t-il de m'impressionner ? Qu'importe. Cet homme maîtrise quatre ou cinq langues, il a parcouru la planète en tous sens. Nous parlons de voyage, de la Croatie, de la France et de l'Europe. Mais soudain un Philippin déboule dans la cabine. Il y a un problème. Je ne comprends pas. Il est minuit passé. Bientôt tout l'équipage est réveillé, qui se rue en pyjama dans les couloirs. Je crois que quelqu'un a disparu. Allons bon. « Aucun problème », me dit Jukic. Je pars me coucher.



Samedi 3 décembre. Party. 

Ce samedi soir, c'est la fête. Dans la day room de l'équipage. Je m'y rends vers 19 heures et n'ai aucun mal à trouver : jusqu'à trois étages au-dessous de ma cabine, les coups de batterie résonnent comme un bombardement. Je suis encore dans le couloir, face à l’entrée, lorsqu'un homme lève les bras en me voyant. J'entre, un peu timide, prends place dans cette pièce minuscule où s'entassent une quinzaine de marins. Dans un coin, un Philippin tout sourire s'acharne sur ses timbales. Un autre, plus près de moi, hurle dans un micro en déchirant les cordes de sa guitare électrique. L'exiguïté de la pièce et la surpopulation renforcent, s'il le fallait, le sentiment d'étouffement sonore. Il y a bien sûr Alan, qui est encore à faire le service, et qui me place d'autorité un verre de whisky dans les mains. Mon voisin de gauche entame avec moi une conversation de sourd-muet. Impossible d'entendre ou de parler, mais l'homme persiste, s'agite, articule, répète des mots et des phrases dont je n'ai aucune idée du sens. Je lui fais signe que je n'entends rien. L'homme poursuit. Alors je le regarde, essaie de suivre les expressions de son visage, de deviner la bonne réponse, oui ou non, en hochant de la tête. Les musiciens font une pause et je perçois soudain la voix de mon interlocuteur. Je ne suis pas plus avancé. Son anglais imbibé est incompréhensible. Je suis désespéré. Autour de moi, je reconnais le cuisinier, le deuxième officier, le capitaine un peu plus loin qui joue aux cartes. En face, Jukic observe la partie d'échec qui oppose deux marins que je vois pour la première fois. La bouteille de whisky est rapidement remplacée par une autre, puis encore une autre. Il est bientôt 21 heures et l'équipage est passablement éméché. Les musiciens fous furieux ont fait place au karaoké. Les hommes se lèvent, se relaient au micro, hurlent des tubes anglophones sur fond de synthétiseur. Il y en a souvent deux, qui se tiennent bras dessus, bras dessous, presque à s'embrasser. Il y a de la camaraderie dans cette pièce. Ça se tape sur l'épaule, se serre la main longtemps, s'appuie l'un sur l'autre. Les hommes ont besoin de contacts physiques. L'absence de femme est patente. L'ambiance est pathétique. Je fixe des yeux le sapin de Noël trop grand, dont la cime est tordue par le plafond. Une guirlande électrique clignote sous le panneau « Happy new year ». Les marins bientôt sont saouls, capitaine inclus, et je tente de repérer l'officier absent chargé de conduire le navire. Jukic au micro s'égosille sur Besame mucho. Ses yeux sont humides. Sa voix chargée d'émotion. Lui s'enivre au vin argentin, dont il a apporté deux bouteilles. Maintenant plusieurs marins cuvent dans leur fauteuil, les paupières abattues. Alan fait un peu de ménage. Il y a de la joie et de la tristesse dans ces quinze mètres carrés. Il y a de l'amitié presque homosexuelle. Au cinquième whisky, je refuse énergiquement le goulot de la bouteille que le plus enivré de tous tente de glisser dans mon verre. J'ai mon compte. Je salue mes camarades désespérés par mon départ. Je rentre m'écrouler dans ma cabine.



Lundi 5 décembre. Canaries. 

La montagne est pelée, aride, marron, sur laquelle se détachent des maisons blanches, par grappes entières, sur le flanc de la colline qui nous fait face. Las Palmas, début de matinée, je revois la terre après six jours d’une traversée plutôt calme. Je débarque en début d’après-midi sur cet échantillon d’Europe, où je dispose de trois heures d’escale pour remplir un objectif : m’acheter un blouson. Mes premiers pas dans les rues de la ville sont hésitants. Mon corps vacille, cherche son équilibre comme à chaque retour sur terre. Je suis également perdu. Plus de bruit assourdissant et permanent autour de moi, plus de musique hurlante, plus de voiture publicitaire déchaînée ni d’odeurs nauséabondes. La ville est policée, les rues sont propres et les gens calmes. J’ai l’étrange impression de flotter sur le bitume. Je pénètre dans la première échoppe. Nul vendeur ne se rue sur moi. Je suis désorienté, le regard perdu, tâte les blousons sagement suspendus sur leur penderie. Je saisis une veste à grosses côtes marron, doublée à l’intérieur d’une épaisseur prometteuse, me place devant le miroir en pied et soudain une vision m’arrache un triste sourire. J’ai sur le dos cette grosse masse de tissu hivernal tandis que l’extrémité basse de mon corps est chaussée de tongs brésiliennes bleu-fluo. La scène est ridicule. Pathétique. Je file à la caisse régler mon dû et repars aussitôt au port. De retour sur le bateau, Alan m’accueille chaleureusement. J’exhibe fièrement mon achat, tentant d’afficher une satisfaction que je vais puiser au plus profond de mon âme chahutée.



Jeudi 8 décembre. Espagne.

Nous avons passé hier le détroit de Gibraltar, à 8 heures le matin, et j’ai contemplé les côtes européennes et africaines qui se faisaient face, dans la lumière du jour naissant, et je crois qu’une boule m’est venue dans la gorge. Il y avait des bateaux autour de nous, plusieurs, dans ce goulot maritime entre l’Atlantique et la Méditerranée, et j’ai compris à cet instant que tout était fini. Ce matin, il y a Valencia devant nous. Le pilote du port vient de monter à bord et conduit en un dernier quart d’heure notre embarcation jusqu’au quai de déchargement. Je salue l’équipage et surtout Alan, saisis mon sac, marchande avec le Philippin de permanence qui veut encore fouiller mes affaires, avant de descendre à terre où un taxi m’attend pour me conduire à la gare. J’achète les premiers journaux français depuis des mois et monte dans le train pour Barcelone.


Samedi 10 décembre. Lyon. 

J’ai erré deux jours dans la capitale catalane, mais je savais qu’il ne servait à rien d’insister. Le train régional ce matin se traîne vers la frontière française. J’ai le cœur en charpie. Il se serre au fil des kilomètres qui bientôt se réduisent à un ultime tunnel débouchant sur la France. Terminus dans cette petite gare frontalière. Je pose mon pied sur le sol hexagonal et glacé de cette journée d’hiver. Le soleil bas et pâle me brûle les yeux. Je chancelle. J’entends soudain un haut-parleur. Je comprends les mots, les phrases. C’est du français. La journée sera longue jusqu’à Lyon où mes parents m’attendent. Mes grands-parents aussi bientôt sont là. Nous nous asseyons dans le chaleureux salon de cette maison familiale, sur le canapé moelleux.

Mon grand-père se penche vers moi :

« Alors, ce voyage…C’était bien ? »

 

 

Lyon,

lundi 12 décembre 2005.



Publié le 8/12/2006 à 11:59, dans 995. Traversée Atlantique, Las Palmas de Gran Canaria
Mots clefs : atlantique
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Remerciements

 

Merci, thank-you, danke-shön, spass, choukria, xié-xié, cam-on, Aw-khon, Khop-kun-Krap, Terima-kasih, Gracias, obrigado, à tous ceux croisés sur la route et, en particulier, par ordre d'apparition, à :


Gaby Konrad, compagne autrichienne de bouteilles sur les rails; Archi-turc, Stambouliote dévoué et imbibé; Murat Sarayli, entrepreneur turc volubile; Ameht Insel, économiste posé et savant; Jean-Antoine Giansily, chiraquien tibériste bourru et paternaliste, mais disponible et turcophile; Seda Domaniç, Européenne Turque convaincue; Daria, Kurde-Irakien attentionné et gai; Monseigneur Raban Qas, passionnant et généreux évêque chaldéen, mais dangereux conducteur; Abdul Wahid, humanitaire plein d'humanisme; Mariwan et ses amis, kurdes taciturnes et joyeux; Général Fakhadeen, militaire serviable et dévoué; Sheak Majik Esmail al hafeed, imam souriant et philanthrope; Chalak Jalal, entremetteur de ministres kurdes; Hassan Salim, hébergeur téhéranais d'un soir; Farhan, chauffeur de taxi déprimé; Madame Azanouch et sa fille, Françaises adoptées par l'Iran et réciproquement; Amahad Sharonizade, vertueux number two d'une grande entreprise française qui l'est un peu moins; Babak, Iranien engagé, ex-exilé en France; Françoise Mohammadi, Française non-engagée, exilée en Iran; Franck Wolf, drôle et modeste directeur de Legrand en Iran; Arnaud Chevalier, Franco-Iranien patient; Nahid Rezahi, réalisatrice perse pleine de courage; Jacques Pellet, diplomate français à bons tuyaux; Md Eqbali, fonctionnaire iranienne spécialiste de la diplomatie policière perse; Étienne et Anne, globe-trotteurs rêveurs et généreux; Sonia Lioret, Française aventureuse d'Islamabad; Fransisco D'sa, Pakistanais pas macho; Asma Jahangir, militante courageuse engagée contre les crimes d'honneur au péril de sa vie; Claire Mignot, vétérinaire stéphanoise, exerce aussi sur les humains; Guillaume de Vaudrey, voyagiste de l'extrême et preneur d'auto-stoppeurs en plein désert; Valentine Grangeon, efficace et charmante doctoresse pékinoise; Benwamin, voyageur hollandais, fêtard et drôle; Qian, jeune Chinoise de Shanghai, pour son hébergement; Karim, chômeur parisien venu tenter sa chance en Chine; FFB, conseiller grippé et sinophile; Bruno C, économiste savant; Han Dongfang, unique syndicaliste chinois; Leung Pak Nang, engagé contre le travail des enfants; Marta, Franco-Anglaise et humanitaire, Treeh, Vietnamien à la parole libre; Soren Seelow, journaliste français à Cambodge Soir, généreux de ses informations; L'équipe des artistes contemporains du palais de Tokyo (promo 2004-05), attachants et drôles; Anne-Laure M., pour les mêmes raisons et plus... Cum, chauffeur thaïlandais prudent et dévoué, et adepte prometteur de karaoké; Bertrand, artiste rhônalpin phobique des fantômes; Emilia, Enzo, Sasa, Italiens pleins de vie; Miss Anah, octogénaire australienne et globe-trotter surprenante; Gabby et Sun, couple helvético-malais, tenanciers de la plus belle pension de Malaisie; Van Ho, jeune Vietnamienne francophile; Yvan, Singapourien de cœur; Christina, Espagnole fofolle; Klaus Bieg, Allemand épuisant sa retraite sur les cargos; Heinrich, 3e ingénieur fatigué des vagues; Constantin, vieux Roumain volubile réfugié aux USA; Lion, manager haïtien de cleaners à San francisco; Tania, ravissante serveuse allemande à l'angle de Taylor et Sutter street; Stephany, Californienne francophone et Bushophobe; Tobby et Mario, compagnons germaniques de chambrée à SF; Fabio, Brésilien chaud à l'humour froid; Maryell, petite souris mexicaine; Fido, El Negro, Molette, Pinkie, Exa, bande de jeunes; Sergio, rescapé de la mort plein de vie; Gabriel, Chilengo accueillant; Sivan et Gili, Israéliennes tout en sourire; Vanessa, Portugaise placide; les mécaniciens autos entre Mexico et Manaus (Brésil); Johanna, australienne aventureuse; Eduardo, Espagnol adorable et adoré; Sophie, Anglaise perdue dans son voyage; Aghata et Nouria, Espagnoles mûres pleines de rires et de vie; Benoit Jean, amoureux de l'Amazonie; Eva Helena, Brésilienne aimant(e); Nicolas et Yoan, Pictaviens fêtards; Les pensionnaires de l'hôtel « Brasil » à Recife, bande de fous; Fernanda, la plus folle; Guy, alias « C'est pas grave », Français bavard et presque brésilien; Thierry, compatriote forçat épris du Brésil; Les danseurs contemporains de Bruxelles, sensibles et accueillants (1e représentation à Liège le 27 janvier); Ana Cristina V., Colombienne et ça suffit; Michel, Belge et drôle; Alan, steward philippin et souriant.



Également merci, en Europe, pour leur aide petite ou grande :


À mes parents, Nina Bitoun, André et Jeannine Naudin, Isabelle Zizerman, Corinne Grincourt, Didier Blain, CFDT-magazine, Cécile Daumas (Libération), Natacha de la CISL, Catalina de Cargo conseils, Eric Pitrat, Baptiste et Damien de top-depart.com, et tous les amis qui nous ont soutenus à distance durant ce voyage.


Une pensée à Renée, qui est partie durant ces mois, une autre à Lilly, qui vient de nous arriver.



Ce carnet et ce voyage sont dédiés à :


Marius,

éternel voyageur



Publié le 7/12/2006 à 10:14,
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Itinéraire



Parcours
(12/07/04-10/12/05)

Paris (France), Istanbul (Turquie), Ankara, Goreme, Avanos, Diarbakyr, Zakoh (Irak), Doruk, Erbil, Souleimaniey, Téhéran (Iran), Ispahan, Yasd, Zehedan, Quetta (Pakistan), Lahore, Islamabad, Gilgit, Karimabad, Sost, Taxtorgan (Chine), Kashgar, Hotan, Minfeg, Qiemo, Korla, Jingouan, Lanzhou, Xiahe, Xian, Pekin, Shanghai, Xiamen, Hongkong, Macao, Canton, Hanoi (Vietnam), Baie d'Along, Nan Thrang, Mui né, Saigon, Vinh Long, Can tho, Chao Doc, Phnom Penh (Cambodge), Bangkok (Thaïlande), Chiang Mai, Pai, Mae hong son, Sukotai, Kho Samui, Hat Yei, Georgetown (Malaisie), Kuala-Lumpur, Malaka, Singapour, traversée  du Pacifique (escales Chine et Japon), Los Angeles (États-Unis), San Francisco, Guayamas (Mexique), Guadalajara, Mexico DF, Oaxaca, Chacaoua, Mazunte, Puerto Arista, San Mateo del Mar, San Cristobal de las casas, Lac Atitlan (Guatemala), Antigua, Monterrico, Coatepeque (El Salvador), San Salvador, Suchitoto, San Miguel, Chinendega (Nicaragua), Managua, Grenada, Lac Omotepe, El coco (Costa Rica), La Fortuna, San José, Ochoja, Santiago (Panama), Panama city, Carthagène (Colombie), Santa Marta, Corro (Venezuela), Caracas, Cuidad Bolivar, Boa vista (Brésil), Rorainapolis, Manaus, Bélem, Sao Luis, Alcantara, Jerrycoacoara, Quenoa Quabrada, Natal, Olinda, Recife, Bahia, Fortaleza, traversée Atlantique, Iles canaries (Espagne), Barcelone, Lyon (France).
-----------------------------------------------------------------------------------------
-1-
France - Balkans - Turquie - Irak - Iran - Pakistan
-2-
Chine - Vietnam - Cambodge - Thaïlande - Malaisie - Singapour
-3-
Traversée du Pacifique
-4-
Etats-Unis - Mexique - Guatemala - Salvador - Nicaragua - Costa Rica - Panama - Colombie - Venezuela - Brésil
-5-
Traversée de l'Atlantique



Publié le 5/12/2006 à 03:32, dans * Itinéraire,
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vidéos box



Publié le 4/11/2006 à 05:34, dans * Vidéos par pays,
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Avant de partir

A ne pas oublier: Hamac (en toile car plus léger), moustiquaire, cartes géographiques, carte bancaire, stylo et papier, scotch, passeport, argent en liquide, photos d'indentité, certificat international de vaccination, permis de conduire international (voir ci dessous), numéro d'opposition à la carte bancaire, affaires personnelles (vêtements, nécessaire de toilette, chaussures), pharmacie, boules Quies (ça change le voyage dans certains pays), lampe frontale, lot de livres francophones à échanger une fois lus, Tongs à épaisses semelles (pour les douches communes), cadenas, opinel. D'une manière générale, évitez de vous charger inutilement. N'emportez avec vous que le strict nécessaire. Si vous faites des achats en voyage, renvoyez-les par la Poste ou confiez les à vos amis ou votre famille qui viennent vous visiter dans un pays.

 

 

Santé.

-La nourriture est globalement sans danger dans la plupart des pays, d'autant que votre estomac s'habitue au fur et à mesure du voyage. Faites attention cependant à l'eau (ne buvez que de l'eau en bouteille) et aux produits réalisés avec de l'eau froide (glaces, jus de fruits en mixeur).

-En cas de problème de santé grave, contactez votre ambassade pour avoir les coordonnées d'un médecin, voire un cabinet médical intégré à l'ambassade.

-Assurance : Il faut le plus souvent être couvert par une assurance spécifique au-de là de trois mois à l'étranger. Veillez donc à bien lire votre contrat d'assurance santé et rapatriement. Au besoin, souscrivez une assurance particulière, notamment pour la complémentaire.

-Pharmacie : Répulsif anti-moustiques (5/5 tropic), antibiotique à large spectre, type Amoxyciline 500 mg, désinfectant, pansements, antiparasitaire type Albendazol, Paracétamol, anti-dyharée. Pour l'anti-palu : dans la plupart des pays impaludés, les risques sont minimes si vous restez dans les grandes villes. Un traitement n’est réellement nécessaire que si vous allez dans la nature. Il est alors souvent plus intéressant d’acheter l’antipalu sur place, moins cher qu’en Europe et plus adapté à la nature du palu local.

-Vaccins: au moins un vaccin est indispensable, ne serait ce que parce qu'il exigé par de nombreux pays : la fièvre jaune. Dans certains endroits, le vaccin contre la rage peut être utile (s'y prendre un mois à l'avance minimum avant le départ). Pensez également à vous mettre à jour pour les basiques (diphtérie, tétanos, polio (DTP) hépatite A, tiphoïde). Renseignez-vous auprès de l'institut Pasteur (211 rue de Vaugirard, 75015 PARIS, métro pasteur, tél : 01.40.61.38.43) . N'oubliez pas d'emporter avec vous votre « certificat international de vaccination ».

 

Ordinateur : Portable ou palm? Les progrès techniques ont donné naissance aujourd'hui à de très petits portables. Mais ils restent souvent très chers, causant de fait un vrai préjudice en cas de perte ou de vol. Le meilleur rapport poids/prix/pratique pour écrire reste le palm (type Tungsten), accompagné d'un clavier dépliable, et d'une carte mémoire (type SD) permettant de télécharger régulièrement les textes dans les cafés internet sur sa messagerie email. Attention cependant, les Palms « boguent » régulièrement et nécessitent à ce titre une ré-initialisation tous les deux ou trois mois, voire plus. Ce qui impose de bien emporter avec soi son CD d'installation pour réinitialiser le Palm dans les cafés internet, quand ceux-ci le permettent.

Téléphone: pensez à prendre un téléphone au moins tri bandes, qui sera utilisable dans à peu près tous les pays. Les abonnements « monde » restant très chers, achetez des cartes prépayés dans les pays où vous arrivez. Seul problème : vous devez changer de numéro à chaque arrivée dans un nouveau pays.

Visas : dans la plupart des pays exigeant un visa, celui-ci est retirable dans le pays précédent auprès de son ambassade. Attention cependant, notamment pour l'Iran et le Pakistan, le mieux est de prendre les visas en France, au risque sinon de se le voir refuser. Pensez aussi à prendre avec vous un stock de photos d'identités. Veillez également, à chaque entrée dans un pays, à rationaliser l'espace du passeport. Demandez ainsi au douanier de « tamponner » à proximité des autres tampons, et non au milieu d'une page vierge qui vous sera utile pour un visa ultérieur.

 

Compte bancaire et argent : de nombreuses banques proposent désormais une gestion du compte bancaire par internet. Cette formule est très pratique pour gérer son compte à distance. Pensez également à donner pouvoir sur votre compte à un proche pour les opérations impossibles à réaliser à distance. Pensez également à « numériser » un RIB à stocker dans votre messagerie électronique. Pour vos paiements, une carte bancaire internationale basique est suffisante, sauf si vous voyagez à grand frais, dans quel cas une carte « premium » est nécessaire. Attention, quelques pays, comme l'Iran ou l'ouest de la Chine, ne premettent pas de retirer de l'argent avec sa carte bancaire, prévoir du cash. Pensez également à emporter avec vous une somme en liquide (400 euros) à conserver en cas de problème.

 

 

Permis de conduire. Vous pouvez être amené à acheter ou louer une véhicule lors de votre voyage. Il est donc indispensable de faire faire un permis de conduire international auprès de votre préfecture. Si vous partez avec votre propre véhicule, veillez à vous renseigner sur les pays qui exigent un « carnet de passage », très cher et retirable auprès de l'automobile club.

Documents : servez-vous de votre messagerie électronique, à ouvrir sur un site gratuit car accessible partout dans le monde (type yahoo, gmail, ou laposte.net) comme d'une armoire où vous pourrez stocker les documents essentiels préalablement numérisés : RIB, passeport, pièces d'identité.

Impôts : essayez de payer votre impôt sur le revenu avant votre départ en vous rendant directement auprès de votre trésorerie. Sinon, choisissez le paiement de vos impôts par internet. N'oubliez pas de faire transférer votre adresse vers celle d'un proche qui pourra s'occuper de vos formalités papier.

 

Sécurité : le monde n'est pas hostile et les habitants qui peuplent cette planète restent plutôt accueillants. Pas de parano, donc. Veillez cependant à respecter un minimum de règles notamment pour les filles qui voyagent seules. D'une manière générale, évitez de vous promener avec un appareil photo en bandoulière, avec des bijoux, un portefeuille qui dépasse de la poche, et globalement avec tout signe extérieur de richesse. Veillez également à respecter les cultures locales, en évitant, par exemple dans les pays musulmans, de déambuler en petite tenue. Evitez aussi les lunettes de soleil quand elles ne sont pas indispensables. Quand vous sortez le soir, ne prenez que l'argent nécessaire à la soirée et prenez une photocopie de votre passeport en laissant l'original à l'hôtel. Certains pays (notamment Vietnam et Cambodge) nécessitent de faire très attention dans les hôtels, où des cambrioleurs peuvent pénétrer, même à un étage élevé. Au Brésil, en cas d'agression, n'hésitez pas à lâcher un peu d'argent. En cas de vol de carte bleue, rendez vous directement sur internet ou appelez votre pays pour faire opposition (emportez avec vous le numéro international d'opposition à la carte bancaire).

 

 

Itinéraire: A vous de décider si vous voulez prévoir un itinéraire précis avant votre départ ou vous « laisser porter » par le voyage. Dans le deuxième cas, attention aux délais pour l'obtention de certains visas, qui vous imposeront de rester dans le pays où vous le sollicitez. Si vous êtes en voiture, faites également très attention aux formalités de passage des frontières et notamment à l'exigence ou non d'un « carnet de passage », ainsi qu'à l'assurance demandée. Enfin, si vous choisissez de ne pas prendre l'avion, vérifiez que les routes sont ouvertes, notamment pour certains postes frontières. Attention, par exemple, à la traversée de l'Himalaya, qui ne peut se faire qu'à trois ou quatre endroits sur les 4000 km que couvre cette chaîne de montagnes. Pour la panaméricaine également, notez que celle-ci s'interrompt sur 300 km entre le Panama et la Colombie (vous devrez prendre un voilier privé ou un bateau de pêcheur, cf. "infos Panama").

Transports: Des forfaits aériens sont proposés par les compagnies, de même que pour le rail (interail) si vous restez en Europe. Sinon, pensez à vous renseigner dans les gares ferroviaire ou routière au minimum la veille de votre départ d'une ville. Pour des infos plus précises, rendez-vous à la rubrique « infos » par pays. Faites-vous confirmer à chaque fois l'heure du départ, notamment pour savoir s'il s'agit bien d'un départ à «huit heures » le matin ou l'après-midi.

Hôtels : Ne pas hésiter à prendre du temps avant de choisir un hôtel. Si vous êtes deux, l’un de vous gardera les sacs tandis que l’autre parcourra la ville. Si vous êtes seul, laissez votre sac à une réception et prétexter un déplacement à la banque pour retirer des sous. Gardez évidemment avec vous vos papiers et votre argent. Si les adresses délivrées par les guides peuvent être intéressantes au moment de leur découverte par les rédacteurs de ces mêmes guides, l’affluence peut vite faire s’envoler les prix. Il existe pourtant de très nombreux hôtels à proximité de ceux qui bénéficient de publicité. Et très souvent à un meilleur rapport qualité/prix. N’hésitez pas à demander à voir la chambre, et même à tester la robinetterie dans certains pays (Pakistan, Chine…). Si vous restez plusieurs jours, il est parfois possible de négocier, surtout si vous sentez que l’hôtel est loin de faire le plein.

 

Restaurants: Aucune règle particulière si ce n'est le feeling. Un aubergiste peu sympa fait rarement de la bonne nourriture. De la même manière, même s'il ne s'agit pas d'une règle générale, un resto vide peu poser question. N'hésitez pas non plus à aller dans les restaurants où se rendent les « locaux », c'est souvent l'endroit où se mijotent les meilleurs plats.



Publié le 4/11/2006 à 04:40, dans * Avant de partir,
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Infos Moyen Orient

 

Turquie
Hts : 70 millions.
Capitale : Ankara.
indicatif tél : 00 90
1 euro= 1,75 millions de lires.

Langue : turc, alphabet latin.

 

 

 

 

 

-Istanbul.

Trajet : Train Paris-Istanbul (trois nuits, deux jours): train Paris-Vienne-Budapest (une nuit), Budapest-Belgrade (une journée), Belgrade-Sofia (une nuit), Sofia-Istanbul (une nuit).

Hébergement :
-Près des mosquées : Hôtel Cordial. 29 rue Peykane, Cemberlitas. Tram çemberlitas. A 10 min de la mosquée bleue. Grande chambre avec sdb: 35 euros, 22 euros après négo. 30 euros la double. Propre.
-Près d’Istikal : Hôtel Star. Ekrem Tur Sokak, n.9. Une des petites perpendiculaires à Tarlabasi Bulvari. Proche d'istiklal caddesi, au coeur des lieux de nuit. Tél : 0212 293 99 02 ou 78 36. Double avec sdb : 15 euros. Très bruyant. Bcp de petit hôtels du même type dans le quartier.

Bars et Restaurants :
-Bar Sawadi. Terrasse dansante au dernier étage, lieu branché, prix raisonnables et entrée gratuite. Située à côté de l'hôtel star, au 9 Ekrem tur sokak.
-Bronx café. Petite ruelle en face du palais de Hollande, Istiklal caddesi. Tourner à droite au fond, puis monter deux étages. Salle de concert de rock turc. Entrée modérée.
-Musique traditionnelle : Bar dans un angle, dans la petite rue parallèle à gauche d'Istiklal, au tout début de la rue en sortant du "tunel". proche de la place Tunel, funiculaire qui mène à Istiklal. Tous les mercredis soir. ambiance dansante.
-Cantines: nombreuses petites cantines dans les petites parallèles au dessus d'Istiklal Caddesi. Moussaka-riz pour trois euros.

-Ankara.

Trajet : Bus Istanbul Ankara (une nuit). Existe aussi un train.

Hébergement :
Hotel ferah. Quartier Ulus, Altindag. Tél : 90 (312) 309 11 74. Au nord du centre ville. Double avec Sdb : 17 millions. Très bon rapport qualité prix, à 5 min à pied du centre ville.

Bars :
Nombreux bars dans le centre ville, notamment dans le centre commercial, aller dans les étages.

-Goreme.

Trajet : Bus Ankara-Goreme (6 heures)

Hébergement : Flinstones guesthouse. Un peu au nord du village. Suivre le canal puis tourner à droite après le tournant. Auberge de jeunesse sympa et bon marché. Piscine, billard. Dortoir troglodyte : 10 millions.

Bars : au centre du village.


Irak (kurdistan)
Hts du Kurdistan : 5 millions.
Capitale : Bagdad.
Capitale du Kudistan : Erbil.
Indicatif : 00 32
1 euro= 1750 dinars.

 

 


Visa: pas besoin de visa, se présenter à la frontière Turquie-Kurdistan irakien, accueil chaleureux. Pas de tampon sur le passeport, feuille volante, valable trois mois. Frontière ouverte tard le soir.

Y aller: train Kayseri-Diarbakyr: une nuit et une journée. Bus Diarbakyr-frontière: une demi journée. A la frontière, prendre un taxi collectif ou individuel. Reprendre un taxi de l'autre côté de la frontière.Transports : bus ou taxi (même entre les villes, négocier), pas de train.

Attention : avoir toujours son passeport sur soi, contrôles très fréquents, beaucoup de militaires et de gens en armes. Eviter de circuler la nuit. Parfois, notamment à Erbil, demande d’enregistrement auprès des services de police.Possibilité de passer en zone « américaine ».

-Dohuk.

Hébergement :
Parleman hotel. Dans la rue principal. Double avec Sdb: double avec Sdb:10 dollars.

Maisons à chichas :
Plusieurs sur la rue principale. Pas d’alcool.

-Erbil.

Hébergement :
Hôtel Burj Al Hayat. Près de la citadelle. Tél: 222 14 01, 222 92 55, 446 1245. Double avec sdb: 20 dollars.

Bars :
Maisons à chichas. Pas d’alcool.




Iran
Capitale : Téhéran.
Hts : 70 millions
Indicatif: 00 98.
DH: + 2h30 (été)
1 euro : 10 800 rials.

 

 

Visa : valable un moins. Parfois refusé. A demander avant de partir de France.

Trajet : En venant d’Irak : Poste frontière proche de Souleimaniey. Attention, poste frontière illégal. Ne pas le prendre. Douaniers et police iraniennes très tatillons.

Attention: impossible de retirer de l'argent avec sa carte bancaire. Prévoir du liquide.



-Téhéran:
Indicatif: 21


Hébergement :

-Hôtel Naderi: 572 rue Jomurie, près de l'angle Jomurie et ferdosi, un peu avant en allant vers l'est. Trottoir de droite. Tél: 670 1871 ou 670 8610. Grande chambre simple à 15 dollars. Central et propre, près de l'ambassade de France. Un des meilleurs rapports qualité prix à Téhéran où il est très difficile de se loger.

Bars (sans alcool):


-Café et restaurant Naderi: Même adresse que l'hôtel. Très bons ice café, petites pâtisseries. serveurs vieux et débonnaires.
-Café 78 (Anglophones): 78 rue Azodi, cafe78@cafe78.com; tel: 891 9862 ou 3. Rare café sympa de jeunes de Téhéran.

Internet café :

1.rue ferdosi, sur la droite en remontant vers le nord, après l'angle avec jomurie.
2. Angle Motahari et Valiesar, sur valiesar, trottoir de gauche, après l'angle, en descendant vers le sud. Iran center.


-Ispahan.

Trajet : train Téhéran-Ispahan: une nuit.


-Yasd.

Trajet : train Ispahan-yasd: une journée.

Hôtel :
Silk road hotel. 5 tal-e khakestray alley, masjed street. Tél : 351 62 52 730. mail: silkroad hotel@yahoo.com. Superbe hôtel au coeur de la vieille ville. 15 euros la double avec sdb. 2 euros le dortoir. 1 euro sur le toit. A voir absolument.

Trajet : Train Yasd-Kerman : une nuit.
Bus Kerman Zahedan : une journée.


Pakistan
Hts : 160 millions.

Capitale : Islambad

Indicatif tel: 00 92
DH: +3h.
1 euro = 73 roupies.

 



-Quetta.

Hébergement : Hôtel new grand. Proche de la gare. Proche du Muslim Hôtel. 300 roupies la double avec sdb.

-Islamabad.

Hébergement : Hôtel Friends in. quartier Aabpara, Block 16, I&T Centre, Aabpara, G6/1-4, Islamabad, tel : 051-2272546. Proche de l'enclave diplomatique. Double correcte avec Sdb : 840 roupies.

-Gilgit.
(sur la KKH)

Hébergement : Amhad hôtel. Dan la rue principale. Double avec Sdb: 500 roupies.

-Karimabad. (sur la KKH)

Hébergement : Karim hôtel and restaurant. Dans la rue principale en montant vers le haut du village. tel: 058-2157091. Demander chambre du haut donnant sur la terrasse, superbe vue sur le Karapashi. Double avec Sdb : 300 roupies. Eau chaude mais pas de chauffage.

-Sost.
(kkh).

Dernier village avant la frontière chinoise.

Hébergement. Tous les petits hôtels sont sales et à 200 roupies. Sans chauffage mais avec petite SDB.



Publié le 4/11/2006 à 04:37, dans * infos Moyen Orient,
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Infos Chine et Asie du sud est

Chine
H: 1,3 milliard.
Indicatif: 00 86
1 euro= 10,68 yuans (RMB).
DH: +6h l'été, +7h l'hiver.

Capitale : Pékin 

Langues : Mandarin, cantonais 

Visa : 90 jours.

 

 

 

 

Y aller: Du Pakistan: par la KKH (karakorum highway). Prendre un 4x4 de Sost au Pakistan. Coté chinois, poste frontière à Taxdorgan. Du Vietnam: prendre un bus de Hanoi jusqu'à Langson, puis taxi (5 dollars pour 4) jusqu'à la frontière. Traverser à pieds. Reprendre un taxi ou motocycle en Chine, puis train à Jinxiang jusqu'à Nanning. Poste frontière également à lao cai, pour aller à kuming.

Transports intérieurs
: Trains: nombreuses lignes de chemins de fer. Quatre classes: Coucher mou (très cher), et coucher dur (hard sleeper, tres bien), et assis mou et assis dur (pour la journée).


Xinjiang:
DH: heure locale (+4h, -2h par rapport à « Bejing time » (heure de Pékin), mais pas toujours appliqué). Attention: Cartes de crédits ne fonctionnent pas dans cette partie de la Chine. Retirer à la banque.

-Kashgar.

Hébergement :
Hôtel Xinjiang kashent Tiannan, sur la grande avenue principale, proche de la place Mao zedoug, 76 yuan la double avec Sdb. Eau chaude.

Bars :
Maison à thé: une des plus anciennes, située sur la placette du marché, dans la vieux kashgar. Monter à l'étage d'une très vieille bâtisse avec balcon en bois.

-Hotan.

Hébergement :
Hôtel sur la rue principale, au début du village quand on vient de Kashgar. Double à 100 yuans.

-Minfeg.

Hébergement :
Hôtel. Sur le trottoir en face de la gare, à deux cent mètres en partant vers le centre. Grand bâtiment faisant l'angle d'une rue, avec fenêtres bleues. Double avec sdb (eau chaude) à 150 yuans.

-Korla.

Hébergement :
Grand hôtel face à la gare. Sur la gauche quand on a la gare dans le dos. Double avec sdb et chauffage pour 120 yuans. Bon restaurant collé à l'hôtel, juste à gauche en sortant, après l'angle.Café internet. Avec la gare dans le dos, sur le trottoir de gauche, à 300 mètres environ.

-Jinguyan.

Hébergement :
Hôtel "guest house" en sortant de la gare, en face sur la droite de l’avenue principale. Double avec SDB pour 140 yuans.

Internet :
Café internet sur la grande avenue qui part vers le centre; sur le trottoir de gauche, à 400 mètres de l'hôtel.

-Xihae.

Trajet : Bus Lanzhou-Xiahe: 5 heures.

Bourgade tibétaine charmante. A voir absolument si l'on ne va pas au Tibet.

Hébergement :
Hôtel. Au bout du village chinois; sur le trottoir de gauche, juste avant les premiers moulins à prière. Double avec SDB et chauffage à 120 yuans. Echange de livres. Internet mais cher.

Restaurant :
Restaurant sur le trottoir de l'Hôtel, à deux cents mètres sur la droite en sortant.

Internet
dans le centre du village, dans la partie chinoise.

-Lanzhou.

Hébergement :
Très grand hôtel face a la gare. Double avec sdb à 98 yuans.


-Pékin.
Indicatif: 10
Trajet : Train Xian-Pékin: Une nuit.


Hébergement :
Hôtel. Far east hotel. Au sud de Tienanmen, dans un des rares derniers quartiers populaires de Pekin. 90 Tie Shu xie Jie, Xuan Wu district Beinjing. Email: courtyard@elong.com, tel : 63 01 88 11. Simple avec Sdb à 200 yuans.

Agence de Voyage pour la Grande muraille (ou autre). en face de Far east hotel. tel: 63 08 32 01.

Bars:

Dans la partie sud de la rue sanlitun, bien moins touristique; Boite chinoise dans les environs: Rock'n roll.

Médecin
français: Service médical franco-germanique, German embassy, 17 Dongzhimenwai Da Jie, Chaoyang District, 100 600 Beijing. Tél: (10) 65 32 35 15.

Centre culturel Français:
Guang Cai Bulding, 18 gongretiyuchang Xilu, Chaoyang istrict, 100 600 beijing. mediatheque@ambafrance-cn.org


-Shanghai
indicatif : 21
Trajet :
Train rapide Pékin-Shanghai: 12 h.

Hébergement :

-"Maggie international Hotel". Youth hostel. Tianshan Road, n. 1825, chang ming district, tel: 627 36 183, bus n. 71, 941, 202, 311. A l'ouest de la ville.Double avec sdb à 160 yuan.
-Captain Hotel: 37 fuzhou Lu, tel : 63 23 50 53; Double à 400 yuans. Dortoir à 60 yuans. Dans le centre, près du Bund.

Bars : les trois bars appelé "windows". Windows Too, 1669 nanjing west road, jingansi plazza, tel: 321 40 351. Windows Roadside, 186 Maoming road (south). tel: 644 57 863. Zapata bar (très cher et bourré d'occidentaux mais bonne musique pour danser)

Consulat:
united plazza, 12F, 1468 nanjing xilu, 200040 Shanghai. tel: 6889 7414 ou 62 79 22 49. urgence: 136 01 60 78 71.


-Xiamen
Trajet : train Shanghai-Xiamen: 27 h, Shanghai-HK: 27 h.

Hébergement :
Bailan Hotel, 90 gugong Road (Près de Xiahe lu), tel: 22 31 024. 160 yuans la double avec sdb.

-Canton.

Trajet : Train Xiamen-Canton : 15 h. Canton-HK: 2h30 (et 200 HKD)

Hébergement :
Youth Hotel. 2, 4e st Shamian, sur l'ile de Shamian. tel: 812 18 298, 8121 8606-222


Hong-kong
indicatif: 00 852
1 euro= 10 hong-kong dollars (HKD).
Trajet : Train Xiamen-Canton : 15 h.

Canton-HK: 2h30 (et 200 HKD)

 

 

 

Visa : Attention, si vous venez de Chine, vous perdez votre visa chinois. Un nouveau est nécessaire pour y retourner.

Consulat de France:
Admiralty center, tower 2, 25F et 26F, 18 harcourt Road, GPO box 13, Hong-kong. métro admiralty. tel : 31 96 61 00,

www.france.com.hk

Maison de la France: 25F, jardin house, room 2502, 1 connaught place, HK. tel: 25 01 95 48.

Hébergement :
Man Hing Lung Hotel, flat 2, 14/F, mirador mansion, 58-62 nathan road, tsim sha tsui, kowloon. Metro tsim sha tsui. tel: 23 11 88 07, 27 22 06 78. Double à 200 HKdollars. proprio chinois. Minuscule chambre avec microscopique sdb, mais propore et gentil.

Macao
H: 500 000.
1 euro= 10 patacas. Le HKD est tout aussi utilisé que le pataca, don la valeur est a peu près la même.
Visa : un mois délivré a l'arrivée. (gratuit).

Y aller: de HK: Traversée HK-Macao en jet foil (1 heure), 130 HKD, "HK-Macao ferry terminal", métro Sheung wan, ile de HK. Liaisons régulières. De Canton: Bus Canton-Macao: trois heures. Traverser ensuite la frontière pied.


Vietnam
H: 74 millions
1 euro= 20 000 dongs
Langue: vietnamien, alphabet latin.
DH: +6H.

 

 

 

 

Visa obligatoire, court a partir de la date inscrite sur le visa.
Y aller: de Chine. Prendre un train de Nanning (4 heures, départ à 8 heures) jusqu'à la frontière (Jinxiang), puis un taxi ou motocycle jusqu'au poste (20 yuans pour trois), passer la frontière a pieds, puis taxi jusqu'à Langson (5 dollars pour 4), puis minibus (4 dollars) pour Hanoi. Possibilité de venir par Lao Cai également.

Attention, circuit très bien huilé pour vous emmener dans un youth hotel cher pour les prestations à Hanoi.


-Hanoi.
indicatif : 04
H:3 millions.

Santé:
International SOS clinic, 31 hai ba trung, hoan kiem district, tel 934 05 55 (urgences), 934 06 66 (rdv).

Hébergement :

Hôtel Family Hotel, 2 rue Hang Buom, dans le centre historique. 8 dollars le triple, 6 la double. avec sdb. Bruyant mais central.

Bars :

-Bar Dragonfly, 18 ta hien street, tel 9262177. dragonfly@hn.vnn.vn. Café sympa, pas mal d'expatriés, possibilité de trouver des livres.
-Bar le maquis. 2A, ta hien street, même rue que le précédent. tel: 928 26 18. thanhtani64@yahoo.com. Bcp de Français, mais bar agréable, la patronne parle français.
-Bar, juste à coté du précédent, sur la droite en sortant, le Redmask, bar billard ouvert très tard.

-Mui né.

Hébergement :
Hotel small garden. Au km 12. Bungalows au bord de la plage. 12 dollars pour deux. Tenu par un suisse allemand. Propre et pratique.

-Ho chi minh ville (saigon)

indicatif: 08
Attention
aux vols dans les hôtels.

Santé : International SOS clinic: 65 Nguyen du, dist 1, urgences : 829 85 20, rdv: 829 84 24.

Paris-saigon: 28 000 km.

Bar
: Lost in saigon.


DELTA du MEKONG:

-Vinh long:


Y aller : Parcours Saigon Vinh long : bus direct le matin, sinon prendre un bus pour My tho de la gare routière de Cholon, puis changer pour un bus jusqu'au pont de My thuan, puis enfin un bus pour Vinh long.Terminer en Motobike pour rejoindre le centre.

Hébergement :
Hotel Phuong Hoang. 2 H rue Hung Vuong. Double à 120 000 dong. Eviter l'hôtel voisin du même nom, situé au 2R: accueil vraiment désagréable.

-Can tho

Y aller : Parcours Ving Long - Can Tho : Bus jusqu'au bac, prendre ensuite le bac, puis un motobike à 5000 dong pour le centre de la ville. (Inutile de prendre un motobike avant le traverser le mekong comme le proposent de façon insistante leurs conducteurs)

Hébergement :
hôtel Xuan Mai mini hotel , 17 rue dien bien phu. tel: 82 35 78


-Chao doc :

Trajet : Parcours Can tho - Chao doc : bus 3 heures.

Hébergement :
Hôtel: My loc, 51 B rue Nguen van thoai, tel : 86 64 55. Chambes doubles basiques à pqrtir de 60 000 dong.


Cambodge
Hts: 13 M.
Indicatif: 00 855.
1 euro = 5000 riels
langue: khmer (alphabet khmer)
Visa: oui. facile. 1 mois.
DH: +6h

 


Y aller: Frontière Vietnam-Cambodge: fluviale a partir de chao doc. Formule 10 dollars dans les hôtels à chao doc. Trajet jusqu'à phnom penh.

-Phnom Penh:
indicatif: 023.
Course
en motobike: entre 1000 et 3000 riels.

Ambassade de France: 1 bd monivong. 023 430 020.
Centre culturel Français (CCF): rue 184. Au début de la rue quand on vient du Bd monivong.

Hébergement :
Hotel. "Narim 2", rue 111. Proche de l'angle avec la rue 198. Double avec sdb a 4 dol. Proche du capitol.

Bars :
-Café du centre: en face du CCF. Café Français. Agréable car ombragé.Librairie française, au même endroit.
-Café Heart of darkness, grosse ambiance à partir de 22h30 le W.End. 26 rue 51. Mélange de locaux et d'occidentaux. Piste de danse.
-Boite de nuit Tonlé sap (dancing): Boite cambodgienne de base, le long du fleuve du même nom. Quai sisowat, en remontant vers le nord du centre. Ambiance locale, garantie sans occidentaux.
-Boite: le spark. Grosse boite cambodgienne pour la jeunesse dorée de Phnom penh. Ferme a deux heures.



Thaïlande

Hts: 62 millions.
Indicatif: 00 66
1 euro = 50 baths
DH: 6 heures


 

 

 

Visa : non . Tampon à la frontière pour trente jours non renouvelables. Mais possibilité illimitée de ressortir (malaisie, cambodge) pour un nouveau tampon de trente jours.
Saison des pluies : de juillet à octobre.

-Bangkok.
indicatif: 02
Trajet
: bus PP-BKK : 13 heures.

Hébergement :

-Hotels. Quartier Backpackers: Khao San road. Nombreuse petites chambres pas cheres. (a éviter)
-Hotel Trang: hotel standing, piscine, 99 Wisutkasat street. 1400 baths. Restaurant très mauvais.

-Kho Samui:

hébergement :
Hotel: Pearl cabana Resort, presque en face de l'hôpital international, sur le bord de mer de Chaweng beach. Bungalow très basique avec SDB, mais plage cracra.

Très belle plage : La silver beach, au sud de chaweng beach. Prendre un taxi collectif qui se rend à Lamai et descendre avant. (40 Baths)

Bar :
Raggae club, sur une route en arrière de chaweng road. Gros bar boite fermant à 2 h.


Malaisie

Indicatif: 00 60 (+ indic de la ville sans le 0)
Hts: 22 Millions.
DH:+ 6h l'été, +7h l'hiver. (+1h avec thaïlande)
1 euro= 5 ringhits

 

 

 


-Georgetown (ile de Penang)

Hébergement :

Hôtel: 75 travellers Lodge, 75 lebuh muntri, 10200 gerogetown, Penang. Double avec SDB: 35 RM. Hotel de routards.


-Kuala Lumpur

Hébergement :
Hotels: Kameleon Traverlers Lodge. 35-37 Jalan Pudu Lama, 50200 KL. Situé dans la rue au dessus du grand boulevard qui abrite la station de bus. tel: 603 2070 7770. email: kameleontravellerslodge@hotmail. com. chambre à 25 RM. dortoire à 10 RM.


-Malaka


Hébergement :
Sama sama guest house, 26 JLN Tukang Besi, 75 200 Malaka. tel: 012 305 1980. sama_sama_guesthouse@hotmail.com. Double à 25 ringhits. Sanitaires (très propres) à l'extérieur. Merveilleuse pension dans une antique maison chinoise, superbe petite cour, vie très douce. Tenue par un couple germano-malais. Située dans le centre de Chinatwon.

Restaurant :
-Restaurant (spécialité Babanonya) et internet: Café 1511, 52 JLN Tun Tan Cheng Lock, 75200 Malaka. tel: 012 670 4883. Immeuble mitoyen au musée babanonya. www.cafe1511.com, email: colin@cafe1511.com
-Restaurant chinois, malais, hindous dans toute la ville.

Singapour
Ind: 00 65
Hts: 4 millions.
1 euro = 2,14 singapour dollars (SD)
Langues : anglais, chinois.

 

 

 

 


Visa: tampon à la frontière. valable 15 jours. Possibilité d'aller-retour avec la malaisie (johur bahru), pour le refaire. Prendre le métro jusqu'à la station Kranji puis bus jusqu'au poste frontière. Aller jusqu'en Malaisie puis revenir.

Prolongation de visa: Singapour immigration office: 10 kallang Road, 1800 391 64 00. Mais le mieux est de se rendre à la frontière.

Ambassade de France: 5 Gallop Road, 880 78 00. ouvert Lundi vendredi.


Alliance Française: 1 sarkies road, M. Newtown. 737 84 22. Journaux français.


Hébergement :
-Hotel Ali's nes, 23 Roberts Lane, Little India, Métro Farer Park. 00 65- 62 91 29 38. Chambres minuscules à 20 SD, sanitaires sur le palier, Petit dej inclu. Ambiance familiale mais famille bruyante, pas de couvre feu.
-Guest house, "Prince of Galles", 101 dunlop street, little india, métro little india. tel: 65 - 62 99 01 30, mob: 65 9828 9829. Dortoir à 16 SD, bar au RDC, repère de routards, ambiance anglo saxone, concerts le W.end.

Restaurants.
-Komlala Vilas: restaurant indien végétarien. Délicieux et peu cher. 76-78 boulevard Sarengoon. Pâtisserie indienne du même nom vers le numéro 72.
-Usman restaurant. restaurant indien typique. Musique forte. Bon bryani. 238 Sarengoon road.

Librairie Kinokuniya, métro Orchad, sur la grande avenue, sur le trottoir de droite quand on vient du métro. 3e étage. Grand rayon de livres en français. www.kinokuniya.com.sg

Internet café: 103 Dunlop street. et alentour (little india).



Publié le 3/11/2006 à 04:53, dans * Infos Asie,
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Infos traversée du Pacifique

Traversée du Pacifique (cargo)

Trajet :
Singapour - Yantian - HK - Osaka - Tokyo - Los Angeles : 19 jours.
(dont Tokyo - Los Angeles : 11 jours.)

Prix:
Compter en moyenne cent euros par jour, comprenant la pension complète, l'hébergement, et la traversée. (Singapour-Los Angeles : 1840 euros, taxes port comprises).

 

Attention : commencer à s'occuper des formalités administratives un mois avant le départ.

 

Conditions :
Assurance rapatriement, certificat médical, (bonne santé physique, pas de médecin à bord). Suivant les compagnies, âge minimum : entre 2 et 5 ans, âge maximum : entre 70 et 85 ans.

 

Visas chinois et américain (Visa US : Indispensable pour une arrivée en Bateau. Visa type B1, entrées multiples et utilisable pendant 10 ans. Aller sur le site web de l'ambassade US du pays ou vous êtes, et suivez les démarches. Il ne sert à rien de s’y rendre physiquement si l’on a pas réuni les pièces et rempli le formulaire uniquement délivré sur le site internet : singapore.usembassy.gov, 6476-9100)

 

Vie à bord: Grande cabine d'officier, avec salon, chambre à coucher et S.d.B privée. TV vidéo (prévoir cassettes vidéo en français) et chaine HIFI. Salle de sport. Repas à 7h30, 11h30 et 17h30. Libre circulation sur le bateau. Magasin duty-free pour alcool et cigarettes. Laudry libre service. Téléphone satellitaire. Pas d'internet. Prévoir de la lecture...

Escales: Permission de descendre à terre. Escales de quelques heures seulement.


Autres Exemple de voyages :

Hambourg - Le Havre - Suez - Colombo - Singapour - Hongkong - Tokyo - Los Angeles : 42 jours (suspendu provisoirement).

Fos sur mer – New York : 14 jours (1 départ par mois).

Los Angeles – Thaiti – Melbourne (18 jours, 1 départ tous les 20 jours)
Le Havre – Malte -Canal de Suez – EAU- HK - Shanghai (31 jours, départ 2 fois par mois).

Tours du Monde : Dunkerque, canal de panama, Tahiti, Iles Fidji, Nouvelle-Calédonie, Papouasie Nouvelle-Guinée, canal de Suez…( 100 jours, compter 12500 dollars US, 1 départ par mois)

Contacts:

-C.C.C (Catalina Cargo Conseil), 34 rue Mouffetard, 75 005 Paris (reçoit sur RDV). Tél: 01 45 35 49 88. Email: catalina.da.silva@wanadoo.fr. Site: www.cargo-voyages.com.

Catalina est de très bon conseil et s'occupera de tout à distance. Gestion par internet et fax. Paiement par CB.

-Mer et voyages : 9 rue Notre Dame des victoires, Paris 2e. Tél : 01 49 26 93 33, site : www.mer-et-voyages.com/
Cette agence propose également des voyages en brise-glace et en voiliers.

-Le cargo club : réunion tous les 1e mercredi du mois (sauf en janvier), à partir de 18h30, à la Librairie Ulysse, 26, rue Saint-Louis-en-l'Ile - 75004 Paris - tél : 33 ( 0 ) 1 43 25 17 35 - ulysse@ulysse.fr - www.ulysse.fr). Apporter l'apéritif.

Ouvrages :


-« Le guide des voyages en cargo et small ships », Hugo verlomme, éditions Les équateurs, janvier 2006, 208 pages, 18 euros.
-« Revue : Freighter Travel Review », (en anglais). Sur abonnement : 14, Egremont Way, Stanway, Colchester, Essex CO3 5NJ - Royaume-Uni. Ed : Michael Murphy. E-mail : michaelmurphymedia@hotmail.com



Publié le 2/11/2006 à 05:21, dans * Infos traversée du Pacifique,
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Infos pratiques Amériques

 

Etats-unis
Hts : 300 millions.
1 euro= 1,25 dollars.
Indicatif : 1
Capitale : Washington

 

 

 

 

 

 

-Los Angeles.

Hébergement :
-HI Los Angeles, auberge de jeunesse internationale, Santa Monica, 1436 2nd street, santa monica. Près de la mer. Quartier très agréable. 30 dollars en dortoir.
-USA hotel, Hollywood, 1624 Schrader Boulevard, CA 90028. tel: (323) 462 3777. free: 1 800 524 6783. hollywood@usahostels.com, www.usahostels.com, même principe que USA hotel de SF. Compter environ 20 dol la nuit en dortoir.

-San Fransisco.

Hébergement :
-SF Backpackers, Hostel pacific, tradewinds, SF, USA. 680 sacramento street.
Green Tortoise Backpackers, 494 broadway, SF, USA.
-USA hotel : 749 Taylor Street, angle taylor et bush. Sur la colline, en plein centre, pas très loin d'Union Square. Métro le plus proche (15 minutes de montée à pied): Civic center ou Powel. 20 dol en dortoir, 50 en chambre. Possibilité de travailler pour payer sa chambre, plus internet et laundry gratuit. bonne adresse.

Bars :
-Bar Top Tunel, angle Bush street et Stockton. Bon bar, bonne ambiance le Week-end. Possibilité de fumer à l'étage.


Mexique
indicatif: 00 52
Hts: 100 millions.
langue: espagnol
1 euro = 13 pesos
 

 


-Guadalajara
indicatif: 33

Hébergement :
-Hostel Guadalajara centro, maestranza 147, croisement avec lopez cotilla. tel: 33 - 3562 7520. dortoir a 120 pesos, bonne ambiance.
-Hotel Posada Regis. Avenue corona 171. angle corona et lopez cotilla. Très bel hôtel. Chambre triple a 450 pesos avec SDB. tel: 01 (33) 36 13 30 26. http://posadaregis.tripod.com


-Mexico
indicatif: 55

Hébergement :
-Hotel Buenos Aires. Rue Motolinia 21, centro, metro Allende, a 5 minutes a pied du Zocalo. tél: 5518 21 04. Chambre a 125 pesos, double a 180, avec sdb. Très chouette.

Alliance française:
Socrates 156, Polanco, 11510 Mexico. Metro Polenco; ligne orange; ouest de la ville. Directeur culturel : Gérard Saurin, 10 84 42 00 ou 01 ou 05. email: cultura@alianzafrancesa.org.mx

Chambre de commerce franco mexicaine.
protasio tagle, n 104, col sa miguel, chapultepec, tel 52 72 09 60. DG: jean luc ferrand.

Consulat de France: lafontaine 32, col Polenco, 11560 mexico, tel : 91 71 98 40, consulat.mexico-fslt@diplomatie.gouv.fr
consul: Jean luc Martinez.

Ambassade de France:
Campos eliseos 339, 11560 mexico, col polenco, tel: 91 71 97 00, www.ambafrance-mx.org, ambassadeur: Richard Duqué.

-Chacaoua. (lagune)

Y aller : se rendre à Rio grande, sur la côte pacifique , à 60 km au nord de puerto escundido, puis demander, c'est à la sortie de la ville sur la gauche. Prendre un chemin sur quelques kilomètres puis prendre une lancha pour 50 pesos. Nombreux hébergements sur la plage.

-Mazunte
Belle plage un peu touristique, nombreux endroits pour dormir sur la plage. Possibilité hamacs.

-San cristobal de las casas.

Hébergement :
La casa di corto maltese,
12 calle ejercito nacional, bario del cerrillo, cortomaltese01@hotmail.com, superbe pension, près du zocalo, tenue par "vivi" une italienne très sympa. Magnifique décoration faite par un travail sur le verre. Très grand jardin. A visiter si ce n'est pour y dormir. 140 pesos la chambre double (sans sdb). Très propre.

Bars :
Bar El Circo, Calle 20 de noviembre, n. 7. Bon bar avec bons concerts dans la première salle et musique pour danser dans la salle derrière. 20 pesos la bière.


Guatemala
1 euro: 10 quetzals
Capitale : Guatemala la cuidad
Visa: non, tampon 90 jours.
Entrée voiture: 30 pesos (3 dol) pour fumigation; 40 pesos pour la voiture.
Entrée pers. Phys: 30 pesos. Sortie: 0

 

 


-Antigua.

Hébergement :

De très nombreuses pensions en centre ville.

Bars :
Bar La Escudilla 4a avenida norte Nr 4, au fond du restaurant; cuba libre à 8 Q. Plus au fond se trouve le bar "paris", tenu par un anglais, à voir également.



Salvador

Capitale : San Salvador.

Monnaie : dollars US. (dolarisé).
Entrée voiture: 5 dollars
Pers. Phys: 0

 

 



-San Salvador.

Hébergement :
Plusieurs possada dans le quartier étudiant, sur la 3e calle poniente, entre la 19e et la 15e avenida sur.

Consulat de France: 1a calle poniente, 3718, col escolar, tel : 503 22 79 40 16, 17 ou 18

Alliance française:

51 avenida norte, 152, colonia escolar. tel: 503 260 58 07

Sortir le soir: calle san antonio Abad.

Houduras
1 dollar: 18 limpieras.
Entrée voiture: 40 dollars.
Entrée Pers. phys: 3 dollars.
Sortie Pers. Phys: 3 dollars.
Sortie voiture: 0


 

Nicaragua
Capitale : Managua
1 euro : 19 cordobas
Entrée voiture: assurance : 12 dollars (1 mois)
Entrée Pers. Phys: 7 dollars.
Sortie Nicaragua: 1 dollar (municipalité)
Sortie voiture: 0
Sortie Pers.phys: 2 dollars.



-Grenada

Hébergement :
Hostal central. Calle La calzada fte. telefono: 552 7044. A deux cuadras derrière l'église. 200 cordobas la double avec sdb. C'est le second "Hostel central" en venant de la place. N'allez pas au premier, appelé "hospedaje central".

Alliance française: Plaza de los tres mundos.

-Ile Omotepe.


Y aller : prendre un bateau de San Jorge, au bord du lac, près de Rivas. Traversée: 24 cordobas. Ville d'altagracia assez centrale pour rayonnée ensuite autour des deux volcans.

Costa Rica
1 dollar: 480 colones
Entrée voiture: 3,5 dollars de fumigation et 10 dollars d'assurance.
Entrée pers.phys : 0
Sortie: 0


Panama
Monnaie : US dollars. (Economie dollarisée).
Entrée pers Phys: 1 dollar
Entrée voiture: 0
Capitale : Panama city

 

 

 


-Panama city:

Hébergement :

Hôtel Casa grande, grand hôtel jaune, avenida principal dans le quartier San Felipe. 7 dollars la double, sans sdb. Quartier historique et populaire agréable. tel : 211 33 16. Sinon très bonne pension en face. Casa de Lyon.

Internet en face de l'hôtel.


Restaurants :
Sur la droite de l'internet, cantine chinoise à très bon rapport qualité-prix.

Bars :
Dans la rue juste derrière, bar et centre culturel "la casonna". Nombreuses activités. Concerts, films, expos. Bière un peu plus chère qu'ailleurs.

 

 

Passage en Colombie.


Il n’existe pas de routes entre le Panama et la Colombie. La panaméricaine s’interrompt en effet sur plusieurs centaines de kilomètres. Seule solution : la mer.

Véhicule: des compagnies de transport proposent un passage en Colombie, Venezuela, Pérou ou Equateur pour près de 1000 dollars pour une voiture. Celle ci est placée dans un conteiner et donc à l'abri des intempéries ou des vols. L'option la moins chère est de la placer sur un Ro-ro (roll in, roll on). La voiture est sur le pont et donc moins en sécurité. Coût: près de 400 dollars négociables, auxquels s'ajoutent une centaine de dollars à l'arrivée (Colombie, Carthagène).
Compagnie Barwil agencies, galeria balboa, avenida balboa, P.O box 3002, balboa, panama. tel: 263 7755. Cristobal : 430 24 55

Personnes physiques (deux solutions):

-La plus courante est de prendre un voilier à Colon pour Carthagène en Colombie. Coût: 250 dollars pour 4 jours de mer, dont deux dans les très belles îles San Blas. Le prix comprend le transport et la pension complète à bord. Dans tous les cas, éviter le voilier du Français Claudio, véritable cercueil à peine flottant (lire récit de voyage).

-L'autre solution consiste en un petit bateau de pêche dont les billets s'achètent en face du petit port de pêche de San Felipe, dans un commerce d'équipement pour bateau, située sur la droite au début d'une petite rue remontant en face du grand édifice abritant le port. En dix-huit heures, un bateau de pêche vous conduit près de la frontière colombienne coté pacifique. Il faut prendre une autre lancha pour passer la frontière et ensuite un autre bateau côté colombien. A vos risques et périls.



Publié le 1/11/2006 à 12:07, dans * Infos Amériques,
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Liens

Sites photos de Boris Naudin:

http://www.diptyquesdumonde.canalblog.com/ 

 

http://www.flickr.com/photos/borichenko/

 


 

Le site uniterre:


Carnets de voyage - Blogs de voyage - Uniterre

 

Les résultats du concours uniterre 2007:

http://blog.uniterre.com/articles/resultat_concours_blogs_de_voyage.php

 

Le site uniterre:

 

 

Le voyage en vidéo sur dailymotion:

 

http://www.dailymotion.com/tdmsansavion

 

 

La traversée du Pacifique, parue dans Libé en décembre 2006

 

http://voyages.liberation.fr/grandes-destinations/cargo-trip

 

 

Le site voyages de Libé:

 

http://voyages.liberation.fr/

 

 

Grands reporters:

 

http://www.grands-reporters.com/

 

 

Aventure du bout du Monde:

http://www.abm.fr/

 

 

I Voyages:

http://www.i-voyages.net/

 

 

 

Absolute travel Mag:

http://www.participez.com/index.php



Publié le 25/10/2006 à 12:42, dans * Liens,
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